Enfants du rock avec une bonne sauce de cuivre et un phrasé frénétique, les membres de Supazero ont accepté de répondre à nos question à l’occasion de la sortie de leur premier album Primachroniques. Rencontre avec un groupe se baladant sans soucis entre tous les styles :

Open Bar : Salut Supazero ! Votre groupe est encore jeune, pouvez-nous raconter comment vous vous connus et ce que faisiez-vous avant ?

Supazero : Tout dépend de quoi nous parlons. Le groupe existe depuis déjà 5 ans : Supazero s’est formé à l’aube de l’été 2009, et actuellement 4 membres d’origine sont encore dans le groupe. Les rôles et instruments ont évolué : par exemple, Drak (le chanteur actuel) en plus d’écrire des paroles était initialement censé appuyer sur des touches d’un clavier sur lequel nous avions collé des gommettes ! Maintenant c’est DJLolo qui s’en occupe et le résultat est d’une autre dimension. La formation actuelle date d’un an seulement, lorsque Math notre ancien sondier a intégré le groupe en tant que guitariste. Si nous parlons de la moyenne d’âge du groupe alors la jeunesse du groupe est tout à fait relative : les plus anciens ont 29 ans et le plus jeune a 23 ans.

Nous ne nous connaissions pas tous initialement. Au début, JB a passé quelques messages sur Facebook pour recruter un batteur (Clem), un bassiste (Thib), et a proposé à des amis proches de participer au projet pour compléter le groupe. La formation de base était exactement la même que la formation actuelle, mais les membres du groupe et même les instruments ont changé avec notre style pendant 5 ans. Nous avons même eu une trompette !

Quelqu’uns d’entre nous ont déjà eu des expériences plus ou moins longues dans des premiers groupes, et d’autres ont commencé la musique avec Supazero. Cette diversité de profils contribue en grande partie à notre style musical et scénique.

Primachronique est votre premier album, plus que cela, il raconte une histoire, les aventures d’un être venu d’ailleurs et visitant la terre. D’où vous est venu l’inspiration des textes ?

Depuis la création du groupe, nous avons toujours eu envie d’en faire un peu plus, de raconter quelque chose à travers la musique. Cela s’exprime aussi bien dans la mise en scène (décors, costumes, etc.) que dans les textes ; les choses ont donc pris naturellement la forme d’un album-concept, où l’ensemble des morceaux raconte une histoire.

Même si nous avons planté un décor – un univers steampunk, un héros arraché à sa planète, relâché sur Terre et livré à lui-même –, nous n’avons pas écrit l’histoire d’une traite puis rempli les cases. Nous avions les grandes lignes, mais les choses sont venues au fil de la composition et de l’écriture. Nous avons parfois créé sans y penser, sans barrière, puis tout se reliait naturellement et devenait logique. En fait nous avons découvert et vécu les choses au même rythme que notre héros.

Comment organisez-vous vos séances créatives ? Avez-vous vos propres rituels pour trouver l’inspiration ?

Au niveau de l’écriture musicale, il n’y a pas réellement de « séances créatives » où le groupe se retrouve pour faire un bœuf et extraire les meilleures idées. La plupart du temps, l’un des musiciens compose une base sur le logiciel guitar pro, ce qui permet à tout le monde d’avoir une idée générale de l’ambiance du morceau et de ce qu’il faut jouer. Ensuite chacun est libre de proposer des modifications sur ce premier jet, notamment sur les parties qu’il a à jouer. Et une fois que tout le monde est à peu près satisfait, chacun apprend ses parties, puis le morceau est joué en répèt’ pour voir si ça marche. A partir de ce moment-là, il peut parfois se passer jusqu’à 6 mois avant que le morceau définitif ne voie vraiment le jour. Un break mal amené, un couplet trop long, un refrain pas assez entraînant… si le passage ne satisfait pas tout le monde, il est bien souvent remis en question. Et ça arrive parfois, comme pour Big Bang, de changer le refrain un an après que la version « définitive » ne soit validée ! Mais dans des cas comme celui-là, c’est souvent que ce qui avait été trouvé ne convenait pas totalement, mais rien de mieux n’avait été trouvé sur le moment.

Afin de financer votre album, vous avez lancé un appel au financement participatif nommé le crowfunding. Pouvez-vous nous décrire en quelques mots son principe, son fonctionnement et ses contreparties ?

Le crowdfunding est un système qui permet à un projet d’aboutir grâce à la participation du public visé par celui-ci. Le principe est simple : nous avions un projet de concept album. Un album qui va au-delà de la musique : au travers de nos compos, on raconte une histoire qui est complétée par un livret de 24 pages, tout un univers visuel (jaquette, affiches, livret, t-shirts, etc.), ainsi qu’un site internet. Et ça coûte de l’argent. Alors, nous avons proposé aux personnes de participer directement au financement du projet, en l’échange de contreparties. Dans notre cas, ça peut représenter des CDs, t-shirts, places de concert, jusqu’au concert privé ! Le public devient ainsi acteur à part entière du projet, qui n’aura pu voir le jour sans lui.

On en profite d’ailleurs pour les remercier chaleureusement ! 

Vos différents morceaux sont un mélange de rock et de Hip Hop, rappelant par moment et en particulier sur Apes, d’autres groupes comme Ska-P, quelles sont vos principales influences ?  Comment le définissez-vous vous-même ? 

Ah c’est assez marrant, Il n’y avait jamais encore eu de comparaison avec Ska-P ! En plus, on essaie vraiment de se détacher d’une étiquette « ska » que les gens nous donnent parfois, simplement parce que y’a des guitares électriques et des cuivres, alors que fondamentalement il n’y a rien de ska dans la musique de Supazero. Mis à part sur le couplet d’Apes en effet, où il y a bien une guitare en contre-temps, mais qui est plus pensé dans un esprit « dub » au départ.

En ce qui concerne les influences, elles sont extrêmement variées, même si à la base on écoute des choses assez différentes : Rock, Punk, Electro, Metal, Hip-Hop, Chanson… Et maintenant, tout le monde écoute des choses très variées, du fait de ce brassage. Il y a quand même des groupes qui nous marquent un peu plus, je pense notamment à Kiemsa pour l’aspect gros rock et cuivres, Freedom for King Kong pour les textes et la fusion musicale, Stupeflip pour les textes, System of a Down ou Linkin Park pour certains riffs ou gimmicks. Mais l’inspiration peut venir de n’importe quoi, ça peut venir de n’importe où.

Pour la définition du style, c’est assez compliqué de mettre une étiquette, car les influences sont réellement multiples, et chaque personne qui nous écoute nous compare à un groupe différent, en fonction de son propre univers musical. Et ça peut radicalement passer d’un extrême à l’autre, de Manau à Urban Dance Squad en passant par Ska-P ! « Fusion » est ce qui représente le mieux l’esprit du groupe, car il n’y a pas vraiment de limites musicales. Rajouter un ou plusieurs autres styles, comme « rock », « hip-hop », « electro », ne ferait que caractériser partiellement notre son. Par défaut, l’étiquette « Fusion rock/hip-hop » nous est parfois accolée. Nous l’avons parfois mis en avant de notre propre chef, mais elle est imparfaite, trop réductrice.

Vous vous considérez plus comme un groupe live ou studio ? 

Il y a tout un côté visuel et théâtral dans notre musique qui fait qu’on est plutôt un groupe de live, sans compter l’énergie qu’on aime bien dégager sur scène ! De plus, notre expérience du studio est somme toute assez limitée. Mais le passage studio pour nous est très important, dans le sens où cela nous permet de fixer l’histoire, et donc de développer autour des illustrations, des nouvelles… qui viennent enrichir le propos. Contrairement à d’autres groupes, la musique n’est pas qu’une fin en soi chez nous, elle permet aussi de se plonger dans un univers plus vaste.

Vous mélangez allègrement français et anglais, à l’instar de Bienvenue sur Terre. Est-ce parce que vous vous sentez limités avec une seule langue ou souhaitez-vous juste diversifier les registres ?

Nous revendiquons une écriture en français, mais la musicalité de chaque langue porte un intérêt particulier. Nous ne nous fermons pas, parfois on se dit juste « Hey, ça sonne ! », et ça justifie alors d’essayer autre chose (comme plusieurs de nos refrains en anglais, ou les passages en espagnol sur Gorilla). Si vous faites bien attention, le début de chaque couplet d’Apes est un mélange de consonances latines et anglo-saxonnes, sans sens réel. Ça ne veut rien dire mais ça chatouille les oreilles, ça évoque des choses.

On peut vous sentir engagés au travers de certaines de vos chansons, comme les excès de la science et de la recherche dans Le Laboratoire, est-ce délibéré ?

Chacun des textes exprimés dans nos chansons s’inscrit avant tout dans l’histoire que nous racontons. Nous écrivons pour cela. Malgré tout, chacune des péripéties est un reflet de notre réalité, et il est important pour nous que chacun puisse l’interpréter selon sa sensibilité. Alors si l’excès de la science mis en scène dans le laboratoire a fait vibrer vos cordes, c’est une bonne nouvelle.

Le thème de la liberté semble lui aussi au cœur de votre écriture, quel message souhaitez-vous faire passer à votre public ?

Le héros de notre histoire est initialement un être pur et naïf, une éponge – comme un enfant. C’est plongé dans notre monde, forgé par ses rencontres et sa volonté, qu’il grandit et devient ce qu’il est. Notre conviction est que chaque vie est un entrelacs complexe de choix et de hasards. Nous essayons d’exprimer de manière romancée que tout être vivant naît profondément neutre, peu importe son origine (même extraterrestre), et se forge de ces entrelacs, parfois heureux, parfois malheureux. En comprenant cela, il est aisé de faire des parallèles sur des sujets d’actualités. Mais nous laissons volontairement l’auditeur se faire son propre avis.

Supazero est une page blanche dans laquelle chacun de ses membres exprime une part de lui-même. Un mélange de choix, de concessions et de hasard nourrissant un projet en perpétuelle évolution.

Quels sont vos futurs projets après la parution du disque ?

Nous avons de nombreuses envies à concrétiser avec ce premier album, notamment une lyrics vidéos, un clip et un projet scénique plus poussé sur le visuel et l’ambiance.

Mais au delà de ce premier album, nous sommes déjà en train de réfléchir à la suite de notre histoire, et des compositions qui vont l’illustrer. Bien entendu, le prochain album n’est pas pour demain, mais pour l’instant notre set dure moins d’une heure et nous avons besoin de l’étoffer pour certaines scènes que nous briguons désormais grâce à cet album. Ce qui est certains, c’est que nous désirons creuser les détails de notre univers pour transporter le public dans notre monde le temps d’un concert survolté.

Merci d’avoir répondu à nos questions, et bonne chance pour la suite !