Vous aussi vous avez kiffé le dernier épisode de Louis la Brocante ? Haaaaa… Quelle extase,  quel génie dans le scénario ! Des personnages profonds et torturés et un suspens hors du commun où se mélangent consternation, dépression et tentative de suicide au paracétamol. C’est lassant, convenu et insultant envers l’espèce humaine.

Mais quel foutu détraqué peut réellement suivre ce genre de série ? Qui peut attendre avec impatience et la larme à l’œil le prochain épisode de Joséphine ange gardien ? Pourquoi les français aiment-ils à ce point se faire latter le cervelet devant ces choses qui remettent en perspective la notion de néant intellectuel ? Certains scénaristes nous prennent pour des bulots messieurs dames. Et ce n’est pas très malin un bulot. C’est même aussi con qu’un discours de Morano.

On dit que les meilleurs partent les premiers, Julie Lescaut vient de passer l’arme à gauche, que peut-on en déduire ? Qu’on est dans le gouda. Sauf que c’est des foutaises. Il existe d’excellentes séries françaises qui remontent agréablement le niveau au milieu de tous ces étrons.

Et pour le prouver, on en a sorti quatre récentes qui font rêver.

Braquo  

Genre : Policier

Le speech : Braquo, c’est l’histoire de quatre flics quasi-ripoux dotés d’une classe sans commune mesure. Des abimés de la vie, qui pour rétablir l’honneur d’un de leur collègue suicidé vont s’embarquer dans toutes les combines imaginables et enchaîner les galères. Faire chanter un avocat ? Pas de soucis. Mener un braquage ? C’est notre quotidien, mec. Abattre un mafieux de sang-froid au milieu des champs après l’avoir fait évader d’un tribunal ? L’ordre et la justice, mon gars. L’ordre et la justice.

Pourquoi regarder cette série ?  C’est vrai, ça a un côté totalement surréaliste. Sauf que tout passe crème avec le charisme de l’équipe. Là où les belles gueules américaines ont l’air de sortir d’un magazine de mode, ceux-là ont la tête de l’emploi. Le lieutenant Roxane Delgado (Karole Rocher) a les cheveux sales et des cernes à faire pâlir d’envie Pete Doherty. Pour un premier rôle féminin, c’est rare mais elle dégage néanmoins un charme certain. Eddy Caplan (Jean-Hugues Anglades) a la caboche d’un mec qui a tout vu, tout vécu et possède une aura, celle d’une volonté implacable que l’acteur retransmet avec un bagou d’enfer. Joseph Malerba campe le personnage de Walter Morlighem, avec sa tête de bouledogue, son addiction au jeu, sa femme en HP, on a envie d’y croire à ce costaud au grand cœur. C’est cliché, mais ça marche. Et enfin Théo Vachewski  (Nicolas Duvauchelle), le beau gosse nageant dans la poudreuse, habitué des nuits parisiennes et se tapant tout ce qui bouge. Surtout si c’est joli et coké à s’en faire péter les sinus. Sinon c’est pas drôle. Le scénario est brillant, chaque cliffhanger (fin d’épisode/film avec un retournement de situation suivi du générique et la suite au prochain épisode) fait plonger le groupe encore plus loin dans leurs embrouilles. C’est une descente en enfer constante, sans rédemption, qui nous fait accrocher à l’histoire et à ses enjeux.

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On a plus l’impression qu’ils vont venir tuer toute ta famille que faire régner la loi.

Bien sûr, si la série est un succès, c’est surtout grâce au talent d’Olivier Marchal dans son écriture et sa réalisation. Un habitué des polars français, notamment avec 36 quai des Orfèvres et Les Lyonnais. Deux films qui valent le détour. On sent la marque du cinéaste à travers la série. Les plans et le rapport musique/scène sont très bien maîtrisés et donnent du cachet. Il a donné une impulsion à la série qui, malgré son remplacement par d’autres réalisateurs, reste dans la droite lignée de son univers.

Quelques défauts : Aucun. On ne touche pas à Braquo. C’est partial, mais c’est comme ça. Et si vous n’êtes pas content vous pouvez toujours partir en Corée du Nord (copyright HDD) regarder les clips de Kim Jong-Un.

On résume : un scénario en béton, une réalisation du feu de dieu, des acteurs crédibles, une atmosphère sombre et tenace. La saison 3 sort en ce moment, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil.

Un village français

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La belle époque de la collaboration. Quel nostalgie.

Genre : Historique

Le speech : Un village français sous l’occupation, des collabos, des résistants communistes à moustache (quelle originalité), un mari qui trompe sa femme, des moutons qui ne veulent pas se mouiller, des enfants qui se font abattre par l’aviation bosch, des nazis, du cul, encore des nazis. Sur le papier, ça sonne bien. A l’écran c’est pas mal non plus.

Pourquoi regarder cette série ?  L’intérêt de cette série, c’est qu’elle évite de justesse les caricatures du gentil héros résistant et du méchant collabo/fasciste/antisémite/quenellier. Les enjeux politiques et moraux sont balayés par des dilemmes personnels, protéger sa famille, ses proches. L’idéologie est bien présente chez les communistes, mais ce qui fait la profondeur du scénario, ce sont les dynamiques sociales qui se mettent en place entre les personnages. Ils sont pris en otage par les événements, certains agissent par réaction après la perte d’un proche, mais peu vont vraiment s’investir dès le début dans un camp ou l’autre. Il n’y a pas de « vrai » méchant, ni de gentil héros qui se sacrifie pour la patrie. On nous brosse les portraits d’hommes pris dans la tourmente de la guerre, de ses conséquences, et le résultat est convainquant.

Le format lui-même des épisodes est bien trouvé, une journée des français qui prend le temps de percevoir à chaque fois un jour sous l’occupation en 52 min, et ça fonctionne. On s’accroche aux personnages car on les comprend : aucun d’eux n’est ni un salaud, ni un héros. Ce sont des hommes ordinaires mués par leurs idéaux et leurs obligations. Et c’est en cela que la série touche, ce n’est pas une fresque héroïque de la résistance, c’est l’histoire d’un quotidien, certes pas toujours banal mais auquel on peut croire. L’équipe de tournage a utilisé les services d’historiens et de psychologues pour retranscrire au mieux les situations et aider les comédiens à rentrer dans leur jeu. Une idée qui rend crédible ce à quoi on assiste.

Quand à rapport avec l’histoire, la série commet peu de fautes, et aucune n’est réellement grave. Ce qui pour le coup, est un exploit.

Quelques défauts : Le jeu des acteurs est parfois inégal, les acteurs principaux ont un jeu cohérent mais on ne peut pas en dire autant des rôles secondaires, parfois à la limite de la crédibilité.

Les Borgia 

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Une famille modèle.

Genre : Historique

Le speech : Bienvenue dans la Rome de fin du XVème siècle ! Au programme : des meurtres, des conspirations, des cardinaux qui fricotent avec des jeunes filles nubiles, des nobles qui fricotent avec des religieuses, de la jalousie fraternelle et quelques belles histoires d’amour à base d’inceste. Une petite série où l’on suit les intrigues de Rodrigo Borgia, voulant devenir pape et de son fils illégitime Cesare qui va devoir s’élever dans la hiérarchie romaine. Tout ça à coup de poignards dans le dos et de magouilles. Que du bonheur.

Pourquoi regarder cette série ? On triche un peu en disant que celle-ci est française. Elle a aussi été coproduite par des bosch  nos amis d’outre-Rhin. Et tournée en anglais. Mais si on s’arrête aux détails on est pas sortis. L’univers développé dans cette série a du cachet, les décors et les costumes sont superbes. Le jeu d’acteur est parfois inégal, mais rien de bien choquant.

On nous intéresse à une période bien spécifique, celle des conflits entre cités-Etats italiennes du XVème-XVIème siècle, et à l’une des familles les plus célèbres pour son pouvoir et sa dépravation. Non pas Berlusconi, foutez-lui la paix. C’est toute une société et une époque qui est représentée, celle de la Renaissance et de ses conflits d’intérêt.

Quelques défauts : la série s’est fait bâcher pour ses approximations historiques : les costumes, les événements, même la bouffe (parler de chocolat avant d’avoir découvert l’Amérique ? Bien joué Pedro). On peut aussi y compter les scènes de plaisir charnel qui, bien que plaisantes pour les moins prudes d’entre nous, servent parfois de cache-misère pour un vide scénaristique. Ce manque de précision est une faute grave pour une série qui se prétend historique. Mais ça reste tout de même potable.

Kaboul Kitchen

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Jacky Robert. L’unique.

Genre : Comédie

Le speech : Tenir un débit d’alcool dans l’un des pays les plus musulmans du monde en pleine guerre civile ? Faut pas être serein. Mais Jacky Robert (Gilbert Meki) n’est pas un homme serein. Il a un caractère semblable à un irlandais à qui on aurait subtilisé sa pinte de Guinness. Colérique, rancunier et mesquin. Sauf qu’aujourd’hui Jacky a deux problèmes, son nouveau fournisseur d’alcool est un narcotrafiquant psychotique qui se voit déjà dictateur et il doit gérer sa fille qu’il n’a pas vue depuis 15 ans qui débarque la bouche en cœur. La gamine veut créer une école pour fille. Une idée ridicule et contre-productive pour le bien fondé de l’humanité. Et en pleine Afghanistan qui, comme tout le monde le sait, est un charmant pays très tolérant envers nos congénères féministes. Alors voilà, Jacky n’est pas content, mais alors là, pas du tout. Manquerait plus qu’il soit obliger de bosser pour la CIA sous menace de finir à Guantánamo. Spoiler ? Peut-être.

Pourquoi regarder cette série ? Parce que Simon Abkarian, aka colonel Amanulha. Tout simplement. Ce mec est capable de faire sabrer le champagne pour vous avant de jouer au ping pong avec vos yeux. Limite schizophrénique, mais totalement ahurissant. Déjà remarqué pour Casino Royale et Pigalle la nuit. Cet acteur a du talent et ses répliques sont à elles seules une raison de télécharger visionner la série.

Jackyyyyyyyyyyy! Viens donc que je t’accoles !

Plus sérieusement, les acteurs jouent plutôt bien, l’humour est bien dosé et contraste avec l’aspect violent et froid de certains événements. Les personnages sont assez attachants, avec une mention spécial pour Habib et son « Patron, on a plus de bière ! Là ça craint grave du cul« . Le thème même, la vie des expatriés à Kaboul, la réalité des ONG et de la présence d’occidentaux confrontés à une culture totalement décalée est intéressant et bien réalisé. On sent le travail de recherche effectué derrière et l’utilisation d’anecdotes aussi ridicules que véridiques : le projet de ski pour les enfants de Kaboul mené par une association humanitaire sur la volonté d’une donatrice marteau a vraiment existé. Oui, être riche n’empêche pas d’être con comme un balai. Je vous assure. Le microcosme des étrangers vivant en marge de la société est bien représenté. Parfois saugrenu mais c’est un univers à part et peu connu des métropolitains.

Pour être honnête, on aurait aussi dû vous parler de Pigalle la nuitMafiosa et Engrenages. Trois autres exemples de séries françaises de qualité. Voire meilleures que celles qu’on vous a présenté. On reviendra dessus. Promis.

Vous pensez qu’on a tort ? Qu’il en existe d’autres meilleures ? Laissez un commentaire, qu’on puisse vous prouver qu’on est des gros cons égocentriques ouverts d’esprit.