En mai prochain, l’élection présidentielle sera à peine terminée qu’il sera déjà temps de se préparer pour l’été. Cependant, prenez garde : l’année dernière, les plages françaises ont essuyé de violentes tempêtes idéologiques. Non, il ne s’agit pas du choc générationnel qu’a provoqué Pokemon Go, et encore moins des agapes judiciaires de Jean Marc Morandini. En 2016, la France s’est transie devant un morceau de tissu, tendrement néologisé « burkini » par la grâce de ses deux parents : la burqa, et le bikini.

Affirmer qu’un simple vêtement ait pu provoquer un tollé national digne de l’affaire Dreyfus relèverait de la mauvaise foi. Ce que cet étrange maillot de bain véhicule, c’est un cortège de symboliques. Il n’est pas étonnant qu’un tel accoutrement déchaine les passions : depuis les débats sur le port du voile jusqu’aux derniers attentats, la France traverse une dure crise de la laïcité, d’autant plus lorsque cette dernière concerne l’islam. Pourtant, légalement, le burkini est réglo : il est légal, en France, de porter des signes religieux ostentatoires dans l’espace public. De plus, contrairement sa cousine la burqa qui couvre le corps de la tête aux orteils, il laisse le visage découvert : aucun risque de déroger à la loi du 11 octobre 2010, qui interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. Eh oui, avec le burkini, « La république se vit à visage découvert » ; même à la plage.

Émancipation féminine ou soumission idéologique ?

En réalité, ce maillot de bain atypique soulève bien plus de problématiques sociales que la seule laïcité : le féminisme, la liberté de conscience, l’islamophobie et l’extrémisme religieux, pour ne citer qu’elles. La cause féminine et la liberté de conscience semblent donner cause à l’interdiction de ce vêtement : il y a plus progressiste qu’un dogme préconisant de cacher les femmes pour les dissimuler au regard des hommes. La thèse inverse voudrait que, au sein d’une foi et d’une pratique vestimentaire religieuse assumées, une femme musulmane ait le droit de profiter des plages bondées et du farniente de St-Tropez comme tout le monde.

Nul doute que le burkini agiterait moins les foules s’il n’était cet aspect « bling-bling » qui le caractérise parfois. Car, au delà d’être un vêtement religieux, il est un véritable accessoire de mode : les magasins « Marks & Spencer » alimentent la polémique en le proposant à la vente, tout en promettant aux acheteuses de rester dans le coup. Le burkini, outil multi-usages ultime, permettant de profiter de la plage, tout en respectant sa foi, tout en restant à la pointe de la mode ? C’est vrai que ça fait beaucoup.

Chacun fait ce qu’il lui plait

Dans un contexte national tendu, entre extrémisme religieux et islamophobie, les discours de hargne s’emmêlent parfois tant qu’il devient impossible de réfléchir convenablement. Il est souvent reproché aux femmes portant le burkini de s’inscrire au sein d’une vision radicale de l’islam. Cependant, si certaines personnes portent le burkini par provocation, elles demeurent une minorité ; et si un citoyen adulte ne sait répondre à la provocation que par l’interdiction et la représailles, alors il ne vaut pas mieux qu’Adrien, 8 ans, qui tape sa soeur par ce qu’elle a cassé son château de sable.

Que n’importe qui porte ce qu’il veut, tant que son accoutrement respecte les autres : et en quoi le burkini représente-il un manque de respect envers son prochain ? Halte aux accusations d’islamisation de la mode et autres théories du grand remplacement : qu’est ce qu’une poignée de femmes plus habillées que la moyenne vont changer à notre quotidien ? Les seuls à blâmer sont les oppresseurs de tous bords. Ceux qui forcent leurs épouses à porter un vêtement contre leur gré. Ceux qui hurlent qu’ « on est plus chez nous ! » au moindre signe synonyme d’une religion autre que la leur au sein de leur pays.

Nonchalance thérapeutique

S’inquiéter d’une tenue relativement ridicule, et qui peut refléter une forme d’extrémisme idéologique, c’est bien. Le faire en s’égosillant contre une supposée islamisation de la culture… voilà qui s’avère tout de suite plus bancale. La culture et la laïcité françaises ne sont pas menacées par le burkini, et si ce dernier peut être sujet à débat, le fait de l’interdire demeure exagéré. Le monde serait probablement un endroit bien plus paisible si les extrémistes de tous bords, qu’ils soient religieux, idéologiques ou pourfendeurs de croyances, étaient un peu plus nihilistes.

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