Impossible de passer à coté, Alt-J est LA musique planante du moment. Se faire un nom sur la scène internationale en un album n’est pas donné à toutes les cornes de brumes. An Awesome Wave, paru en 2012 a survécu à deux ans de radios sans lasser les junkies qui s’envolent du bout de leur tarpé sur ces longues complaintes. Lundi dernier, le quatuor anglais a remis ça avec This Is All Yours.

Les voici donc de retour pour un second round sous héroïne avec un album marqué par leur voyage spirituel en Nara. Et ce périple commence avec une introduction de chœurs sous vocodeurs aux accents indiens, alternant les tonalités étouffées et claires, quelques peu désynchronisées mais  néanmoins prenantes. L’univers excentriques et doucereux coule lentement d’une richesse certaine, quoique parfois trop calme. L’électro-folk  d’Arrival In Nara pourrait avoir de quoi lasser, mais quand surviennent enfin les cloches de Nara en échos aux prières, on conçoit la progression musical d’Alt-J. Se voilant d’une thématique sociale sur l’égalité des droits entre homosexuels/hétérosexuelles, le texte est bien plus mature et assumé que leur précédent volet. Every Other Freckle poursuit dans le même mouvement en procédant à des envolées joyeuses ponctuées de longs riffs vibrants et efficaces. Un rythme que vient briser Left Hand Free, bien plus vive, qui elle mélange country et  blues-rock du sud-est des Etats-Unis.

Quel dommage que Garden Of England prenne la relève. Là ça commence à déconner sec :  Une minutes de flute pour reposer l’esprit, c’est sympathique quand l’album est violent, mais chez Alt-J, c’est donner de la ganja à Gandhi. La suite n’est guère mieux :  la descente dans les vapes opiacées de Choice Kingdom sur les bord du Styx ne brille elle pas de son originalité. Un retour au source dès le deuxième album ne s’impose pas. Mais cette déception est de courte durée, Hunger of the Pines en bonne comptine Trip-Hop nous fait pardonner les deux incartades précédentes. S’enchaîne alors Warm Foothills, agréable ballade amoureuse où s’entremêlent les voix de deux amants, chacun finissant les phrases de l’autre. Discordant au premier abord, elle s’égalise doucement. Jolie dans l’idée, dans la mélodie et habile dans la pratique, c’est un bon exercice de style. Quand soudain ! Les salauds. Ils ont osé associer John Hurt à leur délires de drogués. Heureusement pour leurs fesses, The Gospel Of John Hurt est terriblement planant, ce voyage musical sauce Trip-hop de Bristol ne déplairait pas au grand homme. Ajoutons à ça la session acoustique de Pusher, preuve s’il en fallait qu’ils peuvent toujours jouer plus calme. Il leur suffit juste d’un petit buvard de LSD pour repousser les limites de la sérénité.

On arrive enfin à Bloodfoot Pt.II, mêlant cors, percussions tribales et chants fracturés qui est quand à lui est tout simplement sublime. Leaving Nara signe finalement la descende d’acide progressive sans bad trip ni sueurs froides, on s’éloigne doucement de Nara sur un chœur de vocodeurs de moins en moins boursouflés.

Deux ans de travail pour un résultat abouti, l’album est un petit space cake auditif à dévorer sans concession. Un long dialogue entre esprits atteignant les sommets d’un trip parfait. Les anglais expérimentent différents styles de musiques talent, et même si leurs prestations scéniques ne sont pas encore au top, Alt-J nous promet encore de futures joyeuses défonces.

Ils auraient quand même pu nous offrir un petit sachet de MDMA avec l’album.