Fut un temps, les échos du nord provenaient d’esquifs vikings venus bouter le feu à nos curés et violer les bovins que les Normands appellent compagnes. Les traditions se perdent, la musique s’améliore. Le timbre est glaçant, le regard triste et le tempo lent, Aurora n’a pas de casque à corne mais une voix de soie.

Elle gèle le cervelet des tympans attentifs, Aurora Aksnes s’impose peu à peu dans le milieu de la dark pop. Derrière le carré de cheveux blonds se dissimule une Norvégienne qui, du haut de ses dix-huit balais, fracasse le palpitant des cyniques.

La demoiselle semble jeune et expérimentée, pourtant sa voix dénote d’une puissance qui donne la foi. Peignant à coup de cordes vocales des fresques musicales tristes à s’en déchirer l’âme, elle parvient à contrebalancer ses complaintes par des mélodies aussi vives que finement composées. Running With The Wolves et Runaway sentent bon la neige, la lenteur de l’hiver et la beauté des plaines norvégiennes portées à bout de voix. Un instant, on tressaille devant Murder Song (5,4,3,2,1) et son tragique infanticide aux solitaires accords de guitare. On oublie le drame le temps de la ballade joyeusement entêtante d’In Boxes.

La Norvégienne esquive l’embarras des chanteurs doucereux généralement affublés d’une présence scénique inexistante. Aurora ne partage pas ce trouble et assure le show, se portant à dessein à bout de souffle pour son public, appuyée par une gestuelle rappelant les doux aléas de la MDMA. Sa mélancolie transcendée par des rythmes rapides, une ombre de piano et une touche de synthé auxquels font écho quelques percussions discrètes lui donne une aura mystique.

Aurora écrit ses textes pour « ceux qui se sentent tristes ou seuls », arguant que la musique peut « servir de thérapie pour ceux qui n’ont personne à qui parler ». Sortis des lèvres d’une starlette, ces mots pleins de candeur devraient faire sourire les impudents. Nous-mêmes nous serions fendus d’une critique de la jeunette grillée à point, une pomme dans la bouche. Mais pas cette fois. La démarche est sincère, la passion réelle et le talent certain. Rien que pour ces qualités, la Norvégienne vaut la peine qu’on y jette une oreille.

Chaque jour, elle délivre sur son blog des messages auxquels seuls les yeux de ses fidèles inscrits sont conviés. Ses « warriors and weirdos » comme elle les appelle. Littéralement ses « guerriers et ses mecs bizarres ». On sent bien l’esprit nordique, c’est sympathique, y’a des bourrins barbus qui picolent et des gars étranges. Qui ne convoiterait pas un tel public ? Elle y raconte ses rêves sur des post-it et autres feuilles arrachées à ses carnets, agrémentés de dessins, annonçant ses prochaines chansons et passages sur les ondes.

La jeune fille arrive à s’incarner sur la scène internationale de la pop en apportant une fraîcheur toute nordique. Si Aurora squatte déjà les planches européennes d’Oslo à Carhaix, profitant d’un détour par les contrés d’Outre-manche pour faire vibrer les antennes de la BBC, elle n’a pas encore produit un seul album. En attendant d’y poser nos oreilles, on se repasse en boucle ses mélopées mélancoliques.

Retrouvez la chantre du nord sur sa page Facebook, Youtube et son blog.