On était bien. On était cool. On rêvait d’un monde meilleur en descendant des bières entre Avengers. Et Tony Stark a ouvert sa grande caisse à outils pour fabriquer des robots nazis.

De leur QG de Manhattan aux rives africaines du Wakanda, des rues coréennes aux forêts enneigées d’Europe de l’est, les vengeurs vont se heurter à Ultron, dernière création de Stark Industrie qui a pour but d’exterminer la race humaine. Face à la menace, la troupe des bouffeurs de vilains se fortifie : les super-héros, c’est comme la vermine, ça prolifère. Le robot, dératiseur de son état, va leur faire manger chaud.

Au rendez-vous se retrouveront tous les personnages de la licence : Hulk, Oeil de Faucon, Natasha Romanov, Captain Fuck Yeah America, Iron Man, Iron Patriot/War Machine, Le Faucon/Sam Wilson, Thor, Maria Hill… Une belle bande de névrosés divers auxquels viendront s’ajouter les petits nouveaux Vif-Argent, un Speedy Gonzales irritant, sa jumelle Wanda la sorcière rouge et La Vision dont on vous réserve la surprise.

L’univers de Marvel s’est assombri, se complexifiant face à l’étendue de sa filmographie. Si l’humour de Stark et les secrets familiaux de Clint Barton forment une mince couche de maquillage recouvrant le visage tuméfié du groupe, le ton est définitivement plus grave. Leur actions ont des conséquences : la fureur de Hulk détruit des villes, les robots de Stark ont une allure fascisante et Thor ressemble toujours à une publicité ambulante pour Head&Shoulders.

Les personnages se densifient, faisant la part belle aux années sombres de la Veuve Noir et du trou noir scénaristique de Robin des Bois Clint Barton. Sa personnalité s’épaissit, on lui découvre des secrets au sein d’une petite cabane de bûcheron, creusant un sillon dans son histoire et ses motivations.

Robert Downey Jr transpire toujours la classe en Tony Stark. Délaissant à peine ses remarques piquantes pour laisser apparaître une personnalité plus perturbée, il n’hésite pas à mettre en péril la liberté au profit de la sécurité. Se faire pirater le disque dur par une sorcière mutante aura été le coup de trop pour le pauvre Tony.

Anéanti face à la mièvrerie de son deuxième film solo Dark World, Thor retrouve des couleurs et un scénario adapté, ouvrant la porte au troisième volet de son histoire personnelle. Il va être temps pour lui de se bouger la rate et de retourner à Asgard remettre de l’ordre chez les barbares divins.

Quant à Ultron, ce dernier chantonne gaiement la rengaine de Pinocchio. Ces salauds de chez Marvel prennent un plaisir malsain à saloper nos tendres années d’innocence. On en vient pourtant à douter de la malfaisance des desseins de la créature robotique qui frôle l’humanité. Oscillant de la tendresse à la manipulation, de la compassion à la rage pure, il est la parfaite Némésis des vengeurs. Reflétant et complétant le groupe, lui aussi est en proie à des émotions le rendant faillible. Sans parler d’un rapport œdipien troublant envers son géniteur, cherchant à lui faire l’amour par le fessier sans son consentement.

Toujours côté romance, Scarlett Johansson dragouille méchamment le géant vert. On souhaite beaucoup de bonheur à leur gamin si elle survit à la nuit de noces.

Age Of Ultron est une fresque immense, le nombre toujours croissant de personnages rend difficile toute partition équitable des rôles. Pourtant, Joss Whedon, dieu des fanas de comics, réussit à dépasser sans faillir son premier volet, complexifiant les enjeux et floutant la ligne distinguant les héros des salauds. Offrant au passage une belle performance sur grand écran qui rendra tous ses spectateurs heureux comme un rom au salon de la caravane.

Il est fini le temps des rires et des chants. Sur l’île de Manhattan, ce ne sera plus jamais le printemps. Mais au fond des bois, de nouveaux vengeurs vont se lever, annonçant l’apogée du cycle Captain America/Iron Man lors de l’affrontement de Civil War. Du milliardaire siphonné ou du boy-scout patriote, les paris sont ouverts sur qui remportera la partie.