Bouli est un artiste et dessinateur engagé dans son art et armé de talent. Retenez bien son nom, car on parie qu’il ira loin.

Open Bar: Salut Bouli, peux-tu commencer par te présenter, ainsi que ton art ?

Bouli: Hey ! Donc moi c’est Bouli, 20 ans, et je suis dessinateur.

Pourquoi donc Bouli ?

Surnom de tendresse maternelle donné à mon enfance, en réaction à un personnage du film d’Yves Robert, un Éléphant trompe énormément, qui se prénomme Bouli, et cela me faisait hurler de rire.

Est-ce que tu peux nous conter ton parcours de vie ?

Ah ah ah… Avec plaisir. Je suis donc le petit gars qui a commencé son parcours comme n’importe quel amoureux du dessin : gratter les pages blanches depuis gamin, s’interroger et s’arracher les cheveux des heures durant, dans l’odeur aigre de l’encre.

Originaire de Quiberon en Bretagne (des bisous à tout le monde au passage), je suis donc passé au lycée Benjamin Franklin à Auray où j’ai fait mon bac Littéraire et Arts Plastiques. Une fois le bac en poche, je suis parti (entre autres) étudier la bande dessinée à L’École Européenne Supérieure de L’ Image d’Angoulême.

Avec Bobby Chiu et Kei Acedera, characters designers pour Tim Burton.

Bouli, avec Bobby Chiu à gauche et Kei Acedera à droite, characters designers pour Tim Burton.

C’est donc à l’occasion du festival international de bande dessinée que j’ai rencontré Monsieur Bobby Chiu, un des principaux character designers (ndlr : personne chargée de créer la charte graphique, d’animation et psychologique des personnages d’un projet) sur Alice aux pays des merveilles de Tim Burton, Men in Black 3… Il m’a alors fait part de son studio au Canada, L’imaginism studio. Ce studio propose à quatre dessinateurs dans le monde de se faire former par des dessinateurs et grands noms de célèbres productions hollywoodiennes (Pixar, Dreamworks, Blue Sky…) pour la période d’un mois.

Voilà comment j’ai atterri à Montréal, pour une formation intensive avec des artistes fabuleux qui forment les rêves des petits et grands sur les écrans noirs des salles de cinéma.

Au contact de Bobby, Kei Acedera (conjointe de Bobby, character designer sur Alice), Thierry Lafontaine (maître artiste à L’Imaginism Studio, character designer sur Men In Black 3), Stephen Silver (le créateur de Kim Possible, un des grands noms de Cartoon Network) et autres maîtres fabuleux… mon dessin et mes aspirations dans ce métier rêvé et convoité ont pu prendre plus de forme, de matière, et se concrétiser.

Suite à cette formation, je devais partir pour L.A dans le but de suivre les cours personnels de Stephen Silver à la Stephen Silver academy. Mais suite à l‘Amour : du Canada, de sa faune, de sa flore, de ses road trips et surtout d’une magnifique québécoise, ma décision fut de rester et de m’installer pour de bon au Canada.

Je suis donc actuellement en train de préparer ma première exposition à Miami (qui aura lieu en Mars) et de créer en compagnie de mon frère d’armes Léo Beaudry mon propre studio d’animation, Lobster Ink studio. Je vais exposer pour les fondations Nina Torres à Miami, dont je suis l’invité parmi 10 artistes internationaux. Et j’ai des gros remerciements à faire à pas mal de personnes mais on en parlera plus tard dans un passage rien que pour eux.

11016054_10202282183736588_1591006261_o

© Bouli

Avec tout ça, tu dois quand même avoir de l’anecdote à révéler ? Allez, raconte-nous tout.

Oui c’est sûr ! Par exemple, la décision de rester ne fut pas facile, car immigrer n’est pas toujours une mince affaire. Ce fut dur… Vraiment. Mais avec persistance et courage, les rêves des individus prennent à mon sens pleine place et se concrétisent par détermination.

Mais j’ai eu notamment dans cette ville artistique de fou qu’est Montréal la chance de rencontrer des artistes incroyables. Je pense notamment à un des héros de ma jeunesse, Régis Loisel (auteur de Peter Pan, la Quête de l’oiseau du temps, Magasin Général), chez qui je vais souvent dessiner avec d’autres dessinateurs autour d’un bon verre dans son atelier.

Ensuite, je peux te parler d’une fois où Stephen Silver a sauvé ma vie artistique. Dans une période de bas (le métier de dessinateur n’est pas toujours simple), j’ai écrit vers 4 heures du matin à Stephen Silver, dans l’espoir un peu fou qu’il prenne le temps de me répondre. J’écrivais autour de mes doutes, angoisses, perspectives de réussite, et là : magie le lendemain… une réponse extraordinaire de soutien.

Ah aussi ! Le Canada, c’est très beau (les aurores boréales en Gaspésie…). Les Français font un accent Québécois merdique, j’ai road tripé un peu partout entre le Québec et New York, et la poutine, c’est dégueulasse.

Voilà.

Ça fait du sacré souvenir tout ça ! Et mises à part tes modèles, quelles sont tes sources d’inspiration ?

Disons en citant en une fois :

Le genre humain, la nuque des femmes, le verre de trop, les embruns salés, les montagnes du Nord, la main de l’être aimé, le courage, la fierté, la solitude, faire l’amour, le bruit des forêts, les galets mouillés, un coucher de soleil, les paroles de trop, l’amour amical, les rugissements de la nuit citadine, le jazz, une cigarette oubliée au fond d’un paquet, la vie qui passe… oui au fond… la vie.

Et mon amour, Kate.

Bien ?

On te remerciera même pour ce voyage spirituel ! Et dis-nous, comment se faire connaître et reconnaître dans le monde de l’art ?

Je vais te décevoir, mais je vais te répondre très honnêtement : aucune idée.

Je pense que c’est avant tout du travail, de l’ambition, de l’émotion, parler et communiquer avec les gens qui vous entourent, et des litres de café.

Après, pas de recette mystère, sinon je serais déjà riche… Mais ne t’inquiète pas, je bosse activement pour *rires*

Une journée normale, ça ressemble à quoi chez toi ?

A ne surtout pas être normale. C’est essentiel.

Peux-tu nous expliquer en plus ample détail ce projet d’exposition à Miami ?

Le projet Miami est le résultat d’une chose extraordinaire : ce sont les internautes qui me l’ont offert.

Dans une période de creux financier, je devais trouver 1.000 euros pour payer de nombreux frais relatifs au fait d’exposer en Floride. J’avais à peu près une semaine devant moi, pas un centime en poche pour cela, et pas mal de désespoir.

Via YouTube, je me suis donc armé de papiers et crayons et ai tourné une vidéo de présentation au bord d’une rivière canadienne (parfait inconnu qui a filmé, je te remercie encore). Et là, fabuleux résultat : en près de 48 heures, déjà 850 euros amassés, pour arriver aux 1000 euros fatidiques.

Le principe était simple : 20 originaux à 50 euros.

J’ai donc une liste de personnes à remercier de partout dans le monde, auxquels dois-je préciser : vos dessins vont être bientôt envoyés, mais j’ai eu comme d’habitude quelques galères à surpasser. Mais cela arrive, les enfants, promis. Mais comme je suis sentimental : Titouan Russo, celui qui sans cela rien n’aurait été possible ; Gilles Coulombe, mon ami qui doit croire dur comme fer à ses projets, car il va y arriver ; Quentin Graciet, mon frère de poésie et de rêves en tout genre ; Marin Doll, un futur grand artiste ; Lola Henry, un bail que je ne t’ai pas vu, merci encore ; Erwan Vincent, un futur chirurgien plastique au FBI ; Caroline Pedrono, la rideuse Quiberonnaise ; Quentin Rigollet, qui est vraiment un chouette type ; Marion Guyard, merci pour le sourire et le coup de pouce ; mes budies ingé sons de Montréal ; Erwan Legrain et Olivier Rodon , Charlotte Goffette, cela m’a fait énormément plaisir ; Luc Grasson, un génie et frère comme impossible, et tous les autres clients et amis du monde entier que je ne connais pas assez, Eric Cancouet, Katy Carter, Viviania Bellami, Mario

Également mes parents et ma famille.

La Famille Pillet, et leur gendre et ami Thierry également.

Mince, je ne me souviens pas de tout le monde, mais merci à vous ! Vous êtes merveilleux et parfaits.

A 20 ans, on peut dire que tu en as vécu, et tu t’en donnes les moyens ; une punchline pour terminer en beauté ?

Rire… Cigarette… La Neige tape de toutes ses forces sur le carreau. Regard grave de ce jeune homme un peu trop vieux et un peu trop jeune à la fois. Il regarde la caméra et me dit : « Ne vivez que d’amour, laissez les chiens aboyer, et ne regardez pas en arrière. La Vie est trop courte pour être perdue. »

Un grand merci, sincèrement. Bonne continuation, tu mérites.

C’était Bouli.

Ci-dessous une « galerie dessin » de Bouli, avec déjà des airs de l’exposition pour la fondation Nina Torres à Miami + la photo taille réelle de la Une par Violette Chaga :

© Bouli

© Bouli

 © Bouli


© Bouli

© Bouli

© Bouli

© Bouli

© Bouli

© Bouli

© Bouli

© Violette Chaga

© Violette Chaga

Antonin Cyrille