On ne peut pas le nier, les Anglais réalisent de très bonnes séries. Clairement, Plus Belle La Vie ne peut pas rivaliser.  Ce n’est pas pour dénigrer la « culture française », mais sincèrement, les séries et les acteurs britanniques dégagent une classe inégalable. On ne joue pas dans la même cour, c’est indéniable. Les séries produites outre-Manche les autres joyaux de la Couronne. Broadchurch est l’une de ces petites pépites dont les scénaristes britanniques ont le secret et qu’il faut absolument regarder.

Tu aimes jouer aux détectives et poser des questions gênantes à tes proches ? Broadchurch est une série pour toi. Il règne dans cette série une ambiance malsaine qui se révèle captivante. Cependant, rien de glauque, cela reste une série familiale. C’est le double niveau de lecture, le fait de lire entre les lignes qui rend cette série particulièrement passionnante et prenante.

L’intrigue de Broadchurch est d’une simplicité remarquable: Danny Latimer est retrouvé mort sur la plage de la petite bourgade de Broadchurch. Alec Hardy et Ellie Miller, tous deux inspecteurs, sont mobilisés pour résoudre ce meurtre. Cependant, ils doivent faire face aux petits secrets des habitants de la ville et aux relations qui existent entre eux. Point final.

Le plus surprenant dans Broadchurch réside dans l’empathie que le spectateur éprouve pour les personnages. En effet, l’intrigue se concentre essentiellement sur les liens qui existent entre eux. Dans cette petite ville, où tout le monde connait tout le monde, personne n’a de secret pour personne… ou plutôt tout le monde fait en sorte de les garder. C’est donc tout naturellement que même ton voisin ou ton meilleur ami devient suspect principal du meurtre du petit Danny. Ainsi, le cadre de la série est très serré, on ne peut pas se perdre.

La série accroît progressivement le niveau de complexité de l’enquête, donnant petit à petit aux téléspectateurs des indices (même minimes) sur l’identité véritable du tueur. On a des doutes sur tout le monde, aucun personnage n’est épargné.
Le spectateur prend donc la place des inspecteurs, tente de faire le tri dans les investigations afin de dégager un potentiel coupable. La série est tellement bien cadrée qu’il n’est pas possible de se perdre. De plus, le dernier épisode de la saison 1 soulève le voile sur l’identité du tueur, prouvant ou non si les doutes des spectateurs étaient fondés ou non.

Broadchurch est une série complète. Aussi bien du point de vue scénaristique que sur le plan des acteurs qui tiennent tous parfaitement leurs rôles. David Tennant (10ème Docteur dans Doctor Who) campe le rôle de l’inspecteur Alec Hardy. Ce dernier, emprunt à ses propres doutes et devant faire face à ses échecs passés, se démène pour résoudre l’enquête. Cependant, David Tennant aussi transmet à ce personnage une force et une prestance que peu d’acteurs auraient pu incarner.
À ses côtés, Olivia Coleman qui joue le rôle du lieutenant Ellie Miller. Proche de la famille de Danny Latimer, elle est très impliquée dans son travail et s’évertue elle aussi à trouver le coupable du meurtre. Olivia Coleman est époustouflante dans son rôle et ces sentiments correspondent assez fidèlement à ceux du spectateur. Elle est le personnage auquel le public peut se référer.
Il est aussi nécessaire de mentionner le nom de Jodie Whittaker qui campe avec brio le personnage de Beth Latimer, la mère du jeune garçon décédé. Elle parvient à faire ressentir sa détresse et son angoisse dans un simple regard et parviendra à soutirer une petite larme même au plus insensible d’entre vous.
Enfin, Arthur Darvill (Rory dans Doctor Who) est très convainquant dans le rôle du révérend Paul Coates, qui se veut intouchable et lavé de tout soupçon grâce à son statut d’homme d’Eglise.

arthur-darvill-broadchurch-2

Avouez, on irait à l’Eglise plus souvent si tous les Révérends ressemblaient à ça.

Concernant les autres acteurs, ils font tous du très bon boulot. Cependant, il serait peut-être nécessaire d’émettre quelques réserves concernant Andrew Buchan (Ephra Stein dans The Honourable Woman) qui incarne Mark Latimer, le mari de Beth, qui est plutôt difficile à cerner. Mais ce n’est vraiment qu’une formalité qui n’importe que très peu.

Les plans et les choix de réalisation donnent au final un rendu très télégénique et créent un magnifique contraste entre l’horreur que vit cette communauté et la beauté des paysages montrés à l’écran… Il réside dans l’ensemble de la série une véritable esthétique qui la transcende.

Broadchurch est un carton pur et simple en Angleterre. L’histoire de cette petite ville côtière a captivé et tenu en haleine près de neuf millions de téléspectateurs Outre-Manche. En France, la série s’est aussi révélé un succès avec environ sept millions de téléspectateurs qui ont suivi l’enquête d’Alec et Miller lors des diffusions sur France 2. Cela montre les attentes des téléspectateurs et les séries qui fonctionnent vraiment. Dans Broadchurch, il n’y a pas de fausses notes, de banalités, de choses inutiles… Tout est structuré, essentiel, pertinent: c’est ce qui fait en général la qualité des séries britanniques.

La série a d’ailleurs une adaptation américaine, intitulée Gracepoint, David Tennant reprenant son rôle. Diffusée début octobre, il n’est absolument pas obligatoire de la visionner. Les plans sont pour la plupart identiques, l’histoire ne diffère en rien avec l’originale et les acteurs sont moins convaincants. De plus, les producteurs ont demandé à David Tennant de troquer son accent écossais au profit d’un accent américain de base… Beaucoup de déception en somme. Gracepoint n’est qu’une pâle copie, prouvant que les productions britanniques sont inégalables.

Broadchurch est donc une vraie réussite. De plus, malgré une « vraie fin », une seconde saison a été commandé par ITV le tournage a d’ailleurs déjà commencé et elle devrait être diffusée en Angleterre début 2015. David Tennant va à nouveau endosser son trench coat d’inspecteur. Ô joie !