On va la jouer franche : j’aime Orelsan et Gringe. Pas dans le sens où j’aimerais leur faire les fesses, mais dans celui où je pense qu’ils font du bien au paysage musical français. Dieu sait qu’il en a besoin. Bref. Les deux connards dans un abribus sont de retour m’sieurs-dames.

Il y avait de quoi avoir quelques appréhensions en attendant le combo album/film. Faut avouer, voir deux mecs talentueux se casser la gueule sur grand écran et petit disque, ça fait mal au palpitant. Les cinémas du coin ne passant que de la propagande bolcho-socialiste, aujourd’hui faudra se contenter des douces mélodies à base de 8.6 et de cyprine.

Des branlos magistraux

La tachycardie annoncée peut aller se faire foutre, Orelsan et Gringe ont assuré côté platines. À force de s’affiche en maîtres Jedi des glandeurs, les Casseurs Flowters nous feraient presque oublier que ces 18 pistes sont issues d’un travail de forcené mêlant les besoins du film à la création d’un vrai album de qualité.

Y a des relents de désespoir à toutes les sauces, celle de l’échec, des mecs qui haïssent ce qu’ils sont, leur paresse, l’ennui, la solitude qui vient vous frapper la mâchoire comme une droite de Mike Tyson. En boucle, À l’heure où je me coucheLe Mal est fait et J’essaye, j’essaye fracassent la bonne humeur de l’auditeur par un spleen brutal, jusqu’à l’humiliant Quand ton père t’engueule qui nous rappelle les lendemains honteux de bonheur aviné.

Et puis vient Si Facile qui enfonce le clou, cette lettre à ton pote qui a réussi dans le rap mais va bientôt se péter la gueule. Les Casseurs Flowters ont conscience du monde dans lequel ils évoluent, de ce milieu d’excès où ils auraient pu se perdre. Les deux rappeurs tentent de s’en détacher pour rester fixés à leur base : celle des potes.

Ambiance fleur bleue

En parallèle, les deux rappeurs balancent des interludes frénétiques autant que décousus, avec une mention spéciale pour les instrus d’ambiance de Skread. Du bandant Freestyle Radio Phénix aux punchlines délurées de C’est toujours deux connards dans un abribus. Extrait : “J’ai déjà fait passer un suçon pour une tâche de naissance, j’lui ai même fait croire que chlamydia c’était le nom d’une fleur”. Tant de poésie ferait presque passer Rimbaud et Baudelaire pour des brêles. Et puis il y a l’inclassable Xavier. Si quelqu’un trouve un sens à cette chanson, qu’il me contacte. Il vient de gagner un lip-dub de toute l’équipe d’OpenBar.

Les pistes sont sèchent comme un coup de tric. Orelsan et Gringe changent de veste à chaque couplet, passent d’un humour absurde aux grimages d’un duo de clowns tristes portés par une écriture qui s’améliore à chaque album. En témoigne l’apogée atteinte avec Inachevés qu’on vous laisse découvrir ci-dessous. Moi j’arrête là, j’me sens comme maman, ils m’ont tout cassé dedans.