Dans notre monde où toute la musique est à portée de main et où les ados star à peine pubères recrutées par Disney Channel se multiplient, quelques chanteurs et groupes continuent à vendre des albums et à connaître le succès. Ils tentent, tant bien que mal, de se diversifier en proposant de nouveaux rythmes, de nouvelles sonorités à chaque nouvel album. Coldplay, groupe dont la renommée planétaire n’est plus à démontrer, a sorti 19 mai dernier, son 6ème (et énième?) album intitulé Ghost Stories. Attendu au tournant par les critiques et leurs fans après Mylo Xyloto, album auditivement jouissif, incluant le célébrissime titre Paradise, Coldplay tente un renouveau artistique avec leur nouvel album.

Je ne vais pas mentir, j’attendais avec impatience Ghost Stories quand il fut annoncé, ma réaction ayant ressemblé plus ou moins à ça : « QUOI!? Coldplay va sortir un nouvel album ?! Oh god yes ! » Puis, en février dernier, Coldplay a posté sur Youtube le clip de Midnight. On y découvre les membres déambulant dans une forêt lugubre. Ils sont accompagnés d’un renard (aussi crédible que celui de What Does The Fox Say?). Tout ça est filmé dans un contraste noir et blanc psychédélique. Dans cette chanson très lente, pleine de mélancolie, Chris Martin nous expose sa tessiture en enchaînant des vocalises rendant l’atmosphère de la chanson encore plus oppressante qu’elle ne l’est déjà. Pour moi, cette première chanson promotionnelle est un énorme échec. On ne s’y retrouve pas, on a l’impression que nos enceintes ou nos écouteurs déconnent et prennent un malin plaisir à dénaturer ce qui aurait dû être une nouvelle perle du groupe. Mais non, cette chanson est purement et simplement un OVNI musical dans l’univers de Colplay. Evidemment, certains diront que c’est un virage artistique à 180°, mais à trop vouloir bien faire, à vouloir faire de l’esthétique à tout prix, on sombre dans une sorte de masturbation intellectuelle où la voix de Chris Martin nous donne des acouphènes. Cependant, on peut dire que Midnight est un retour aux sources, rappelant parfois des titres comme Trouble… même si ce n’était pas forcément ce qui était attendu par les fans. Et c’est ainsi que commence la nouvelle aventure « coldplayienne » que l’on peut comparer à un trip sous LSD.

L’album commence avec Always in my Head où un unisson de voix nous accueillent, créant une résonance presque digne d’une église. L’ambiance est posée puis immédiatement brisée par un rythme répétitif qui pourrait se montrer dérangeant, mais qui se rélève prenant. Même si l’on peut être sceptique sur l’introduction musicale, la voix de Chris Martin met de suite tout le monde d’accord. Souple et voluptueuse, elle met de la chaleur et de la profondeur sur des sons de beat-box. On enchaîne avec Magic, la 2nde chanson promotionnelle de l’album. Passons sur le clip, tourné à la façon d’un bon vieux film de Méliès, Magic est d’une simplicité qui ferait presque mouche. Des paroles répétées, un rythme simple, des montées dans les aiguës, un petit coté mystérieux, du bon Coldplay. De quoi faire une bonne chanson pour les ondes, un tube quoi, mais certainement pas le meilleur titre de l’album. Et soudain, rupture totale. Ink s’ouvre sur une boîte à rythmes accompagnée d’accords de guitare, bientôt rejoints par la douce voix de Chris Martin. Sur le papier cet assemblage pourrait donner quelque chose de très correct. Mais l’ensemble donne une structure musicale qui est, au final, assez vide et qui n’est pas très entraînante, ni convaincante, malgré les efforts du chanteur pour mettre de la contenance grâce à sa voix. De plus, les paroles cul-cul la praline sont si banales que la chanson n’est même pas assez bonne pour être écoutée après une rupture amoureuse…

Après le premier désastre qu’est Ink, on s’attend à remonter la pente. Mais non, on s’enfonce encore un peu plus avec True Love qui ferait tomber n’importe qui dans une profonde dépression. Des dissonances et des vocalises sur-aiguës qui mènent à un rendu digne d’un univers parallèle. Second échec musical… qui n’est pas enrayé par la suite. Jamais deux sans trois comme on dit. En effet, alors que True Love s’achève, Midnight se lance. Vous savez déjà ce que je pense de ce titre (Une vraie daube).

Et là, la première bonne surprise depuis Always in my Head. On découvre une intro-voix féminine suivie d’une reprise de Chris Martin, dans un timbre de voix plutôt grave. Les basses prononcées, une alternance entre les tons, une instru plutôt sympathique. Another’s Arms sauve donc la mise. Nous sommes en bonne position pour apprécier la chanson suivante.

Oceans est certainement mon coup de cœur de l’album. Cette chanson est d’une pureté et d’une simplicité sans nom. Quelques accords de guitare et la voix du chanteur dans laquelle on se perd avec délice. L’harmonie qui s’en dégage nous donne envie de fermer les yeux, de nous couper du Monde et de nous enfermer dans une bulle. Sans fioriture ni artifice, Oceans nous réserve bien des surprises, provoquant des émotions par vague et nous submerge d’un bonheur simple.

On se dit alors que l’album va se terminer en apothéose, qu’on n’a plus rien à craindre… Sauf que Coldplay a décidé de faire une collaboration avec Avicii. Oui, oui, Avicii, le DJ. Le titre s’appelle A Sky Full Of Stars et est digne d’une chanson pour boîte de nuit techno… sauf qu’on se demande bien qui veut danser en soirée sur du Coldplay. L’album qui était jusque là plutôt doux prend une claque dance totalement inutile. Du grand n’importe quoi qui ne donne qu’une envie : passer à la chanson suivante. Intitulée tout simplement O, elle contraste immédiatement avec les rythmes dance du titre précédent. Des notes de piano nous invitent à nous reconcentrer. On retrouve alors la foi en la musicalité de Coldplay. O nous transporte, confortablement installés dans un cocon doux et chaud, qui nous mène tout doucement vers la fin de cet album.

Il est vrai qu’il y a des « bonus tracks » : Ghost Story, titre éponyme, et All Your Friends, mais je n’ai pas la version Deluxe de l’album et ces titres sont introuvables sur Youtube, Spotify ou encore Deezer. Donc voilà.

Il est donc clair que Ghost Story n’est pas satisfaisant. Malgré quelques perles, on ne s’y retrouve pas. On se perd dans des musiques aux paroles et aux rythmes décevants, même si la voix de Chris Martin, d’une pureté incontestable, tente de sauver la mise. On s’ennuie beaucoup en écoutant Ghost Story, album que Coldplay aurait peut-être pu nous épargner…