L’état d’urgence ne fait pas bon ménage avec la COP21. La 21ème édition de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques s’ouvrira lundi 30 novembre à Paris et entend rassembler pas moins de 147 chefs d’État. Ils seront accueillis dans la capitale par le président de la République François Hollande, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon et le président de la COP21, ministre des Affaires étrangères et du développement international Laurent Fabius.

Au-delà des dîners officiels à l’Elysée et des tapes dans le dos, de nombreuses tables rondes seront tenues. L’enjeu principal ? Contenir le réchauffement climatique sous la barre des deux degrés, comme l’ont mis en images les spots publicitaires de WWF France et de Ben & Jerry’s. Le franchissement de cette limite exclurait toute possibilité de retour en arrière, privant la planète d’un nombre important d’espèces animales ou de chocolat.

(Chou-)fleur au fusil

Tout ce beau monde va se réunir tandis que le pays lèche encore sa plaie béante, réouverte après les attentats le 13 novembre dernier. Depuis lors, le pays vit sous la cloche de l’état d’urgence, une politique toute particulière qui a été prolongée par le Sénat. Dans ce capharnaüm juridique, on a pensé évincer de potentiels dangers terroristes avec des assignations à résidence à tire-larigot. Dans les faits, ce sont davantage des militants zadistes et écologistes qui sont visés par des mises au ban social qui courent généralement jusqu’à la fin de la COP21. Parmi eux, on peut retrouver M. Joël Domenjoud. Ce dernier est membre de l’équipe juridique de la Coalition climat 21, qui rassemble pas moins de 130 organisations affirmant « que les négociations qui se tiendront dans le cadre de la COP21, si elles sont une étape nécessaire, ne seront pas suffisantes pour sauver le climat, comme nous l’ont montré celles des vingt dernières années ». Un agenda bien rempli pour faire profiter aux citoyens du rayonnement médiatique et politique de la conférence, mais mis à mal par l’état d’urgence. 

Malgré un déploiement massif des forces de l’ordre, Laurent Fabius a déclaré qu’« afin d’éviter tout risque supplémentaire, le gouvernement a décidé de ne pas autoriser les marches pour le climat prévues sur la voie publique à Paris et dans d’autres villes de France les 29 novembre et 12 décembre ». Cette interdiction de la marche citoyenne pour le climat, sommée le mercredi 25 au soir, a été suivie dès le lendemain d’une notification de l’État français au Conseil de l’Europe. Un courrier qui précise ainsi qu’« un certain nombre de mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence […] sont susceptibles de nécessiter une dérogation à certains droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme » et permet au gouvernement d’échapper à toute démarche procédurale à son encontre. Interdisant les rassemblements ce dimanche, le gouvernement a d’ores et déjà contourné l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme qui protège la liberté fondamentale de réunion. Ce dernier stipule en effet que « toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique ».

Pour la Ligue des droits de l’homme, la lecture de l’interdiction de manifester est simple : « l’état d’urgence est un danger pour les libertés publiques », affirment-ils sur leur site Internet. Ils soulignent également que « la lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante ».

Climat en danger ou climat du danger ?

Malgré la peur palpable dans les rues de Paris depuis deux semaines et une bouderie massive des transports en commun, signalée par 10% d’utilisateurs en moins selon les estimations du Centre d’information routière et des opérateurs de transports, une nette mobilisation citoyenne est attendue pour l’ouverture de la COP21. Face à l’interdiction, de nombreuses personnes et personnalités interpellent sur les réseaux sociaux et au travers des médias. Un appel citoyen, non plus uniquement à montrer des convictions écologiques, mais à sortir « braver l’état d’urgence ».

Alors que le Premier ministre Manuel Valls a annoncé que chaque personne qui se rendrait sur les lieux des rassemblements encourait jusqu’à six mois d’emprisonnement et 75 000€ d’amende, on retrouve parmi les dissidents les collectifs 1000 Alternatiba et Attac France qui n’annuleront pas la chaîne humaine boulevard Voltaire. On découvre aussi un événement qui titre Marche Mondiale pour le Climat (appel à la désobéissance) et regroupe aujourd’hui 4 900 participants déclarés sur Facebook.

Bien que le pacte sécuritaire emmené par le président de la République a fait remonter sa côte de popularité, tous ne partagent pas cet avis et dénoncent une francisation du Patriot Act de George W. Bush. Les scissions au sein de la société civile, bien qu’annoncées par les récentes attaques, n’étaient certainement pas attendues autour d’un événement mondial pour endiguer le réchauffement climatique.