ASTROBIOLOGIE – Récemment, plusieurs scientifiques de la NASA ont annoncé avoir trouvé la preuve définitive de la présence d’eau liquide sur Mars. « Il y a de l’eau liquide à la surface de Mars. C’est pourquoi nous pensons qu’il s’agisse d’un environnement habitable » explique au Guardian Michael Meyer, qui dirige le programme d’exploration de la planète. Cette découverte relance le débat sur la future mission qui consisterait à emmener des humains sur la planète rouge. Initialement thème de science-fiction, la mission spatiale habitée vers Mars est un des objectifs à long terme fixés à l’astronautique depuis ses débuts.

Pour mettre en œuvre des missions habitables longues et ambitieuses, les premiers arrivants devront faire face à de nombreuses menaces. Les plus cruciales seront leur comportement et leur cohabitation sur une planète encore méconnue. Imaginons que des astrophysiciens soient envoyés en mission à des milliers de kilomètres de la Terre, il vaudrait mieux pour eux de laisser en bas les sujets de discorde. La conquête spatiale n’est qu’à ses balbutiements, mais ces questions liées à l’acclimatation et à la survie se font de plus en plus pressantes. Le projet néerlandais Mars One ambitionne d’installer une colonie humaine sur la planète Mars en 2026. Les scientifiques savent déjà qu’un voyage de sept mois en direction de la planète rouge endommagera l’ADN des astronautes à cause des radiations cosmiques qu’ils subiront après avoir quitté le champ magnétique qui protège la Terre.

Au-delà des radiations, le principal problème est l’autosuffisance alimentaire. Selon une étude menée en octobre 2014 par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT), « la quantité de plantes et de cultures nécessaires produirait trop d’oxygène dans un espace restreint, et finirait probablement par faire suffoquer les colons. » Un système de régulation d’oxygène que les technologies modernes ne sont pas en mesure de garantir. Ces mêmes chercheurs affirment « qu’il n’est définitivement pas impossible de s’installer sur Mars, mais que nous ne sommes actuellement pas suffisamment avancées sur le plan technique pour que la planète soit colonisée. »

Conceptualisation d’un vaisseau spatial envisagé par Inspiration Mars, un groupe privé financé par Dennis Tito.

Conceptualisation d’un vaisseau spatial envisagé par Inspiration Mars, un groupe privé financé par Dennis Tito.

« Pour les colonies spatiales, le facteur humain sera aussi crucial que la dimension scientifique et technique. »

Les effets sur l’âme humaine de la dépression, de la cohabitation prolongée et de la concurrence pour s’emparer des ressources rares sont souvent négligés. Tout le monde aura besoin d’accéder à des réserves limitées d’eau, d’air et de nourriture. Un milieu qui pourrait encourager aussi des procédures de sécurité et des mécanismes de contrôle jamais vus sur Terre. Des questionnements valables non seulement pendant le voyage, mais également sur place, une fois qu’une colonie sera installée et se déploiera dans l’espace. Selon Charles Cockell, professeur d’astrobiologie à l’université d’Édimbourg en Angleterre, le temps est venu de nous renseigner sur les relations humaines qui peuvent s’établir dans ce genre d’environnement extrême. « Pour les colonies spatiales, le facteur humain sera aussi crucial que la dimension scientifique et technique » atteste-t-il. L’espace pourrait être un terreau propice à la naissance de tyrannies. La peur d’un environnement méconnu ne fera que donner plus de pouvoir à ceux qui maîtrisent les conditions de vie sur place. « Le caractère extrême du milieu extraterrestre risque d’entraîner des conditions dictatoriales. Si une colonie se transforme en un petit groupe d’esclaves soumis à un contrôle, cela se répercutera sur leurs travaux scientifiques », affirme Charles Cockell.

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Vivre dans un espace confiné, sans accès à l’air libre ou à un minimum d’intimité, est le meilleur moyen de générer des conflits.

Des simulations de missions spatiales à long terme sur Terre ont déjà été menées à plusieurs reprises. Vivre dans un espace confiné, sans accès à l’air libre ou à un minimum d’intimité, est le meilleur moyen de générer des conflits. Le 31 décembre 1999, dans un faux vaisseau installé en périphérie de Moscou, une femme de l’équipage a dénoncé une agression sexuelle, et une bagarre entre cosmonautes russes alcoolisés. En 2011, pour les six sujets du projet Mars 500, l’expérience s’est mieux déroulée. L’équipage a passé cinq cent vingt jours dans une autre réplique de vaisseau. Mis à part quelques petites jalousies semblables à celles que l’on rencontre dans tous les lieux de travail, les participants y ont vécu peu de conflits.

Mais ces tests n’étaient que des simulations au sol. Évaluer les états physiologiques et psychologiques de ces différents participants aide à comprendre les réactions des astronautes lorsqu’ils sont dans un environnement si confiné. Mais emmener des êtres humains sur Mars est un défi titanesque, d’une tout autre ampleur. Sachant que si jamais la situation dégénérerait, il faudrait au moins sept mois pour qu’arrivent de nouvelles personnes sur le sol martien.

Plus d’articles de Marc-Antoine Pelaez sur son blog.