Nous vivons des heures sombres et désespérantes. « La France a peur » . Vous la connaissez celle–la ? Sûrement. La suite, moins. « Oui la France a peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois. Parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe » . Nous sommes en 1976. Derrière son prompteur, Roger Gicquel tente d’insuffler de l’espoir à ceux qui le regardent. 

Été 2015, un soir au comptoir du Keltia. « Tu sais, j’ai peur maintenant. Pas pour moi, mais pour mes proches, mes potes, ma famille. Je ne sais pas quoi faire pour changer ça, pour les protéger » . Alex est un mec bien. Un cerveau fonctionnel, un cœur à la bonne place. Mais Alex a tort. Enfin, ça c’est ce que je me dis. J’ai envie de le rassurer, de lui dire qu’il a tort, de tenter d’écrire quelque chose pour lui, pour vous, pour faire vibrer les palpitants et insuffler du courage.

J’échoue.

Nous sommes le 14 novembre 2015, il est 12h54, il fait 52 893 degrés Celsius, il y a 12 999 % d’humidité dans l’air et le baromètre de la France a explosé pour la deuxième fois en un an. Ils ont visé des lieux de divertissement : une salle de spectacle, un stade de foot, des bars et des restaurants un vendredi soir festif. « Ils », c’est L’EI, des salauds emboucanés dans une perversion religieuse à mille mots de leur prophète. 

Pour créer l’effroi, ils veulent casser le bonheur, l’art, la culture, le sport. Ces enfants de putains ont assassinés 129 Français qui voulaient seulement se retourner la tête et aller tutoyer les anges. Pour nous obliger à rester cloîtrés chez nous, à attendre, à nous pisser dessus de frousse. 

Je veux croire que je ne suis pas le seul à ne pas les craindre. Non, la France n’a pas peur. Non, nous ne céderons pas devant votre haine. Non, nous ne faillirons pas aux sirènes des extrêmes, des Ménard, Collard et autres semeurs d’infamie sur lesquels vous comptez pour nous diviser. Vous n’êtes qu’une minorité tyrannique, le cancer de votre religion. 

J’ai vu mes amis se rassurer les un les autres, s’envoyer des mots d’amour, des « je t’aime » aux copains, des cœurs aux collègues, des câlins numériques entre familles. J’ai vu la peur, et j’ai vu vos actions nous souder contre vos sales gueules de terroristes des poubelles. Vous vouliez créer la terreur, vous échouerez. C’est puéril d’écrire ça, hein ? Pourtant j’y crois.

Pour les proches des innocents assassinés, pour nos parents, pour nos potes, pour toi lecteur. Tu n’es pas seul. Nous sommes 66 millions unis, à pouvoir lever bien haut notre majeur pour ne pas céder, ni à la colère, ni à la peur. Pour ne jamais s’incliner devant de pseudo-martyrs. Ne leur laissons plus le pouvoir de marquer nos esprits. Jamais.