Le mot « permaculture » ne vous dit sûrement pas grand-chose. Pourtant, c’est un terme que vous risquez fortement d’entendre de plus en plus. Alors pour que vous ne soyez pas largué(e) et que vous puissiez briller à vos soirées mondaines, j’ai posé des questions à Damien Dekarz, permaculteur et YouTubeur, pour en savoir plus sur cette agriculture nouvelle dont on entend trop peu parler.

Bonjour Damien. Parlez-nous de vous : qui êtes-vous et que faites-vous dans la vie ?
Je suis passionné par la nature et la biodiversité depuis ma plus tendre enfance. Aujourd’hui, je suis formateur en permaculture et créateur de jardins écologiques et autonomes. Je suis également cofondateur de l’association
La Graine Indocile, qui milite pour des alternatives autonomes et durables comme l’éco-construction, la phyto-épuration, l’agroécologie, etc. J’ai aussi une chaîne YouTube qui parle de permaculture et d’agroécologie.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la permaculture ?
Il y a autant de façons d’expliquer ce qu’est la permaculture que de personnes qui s’y intéressent. Beaucoup de gens qui découvrent la permaculture imaginent que c’est une technique de jardinage. En fait, c’est quelque chose de beaucoup plus global. Selon moi, c’est l’art de concevoir des systèmes stables et autosuffisants permettant de produire ce dont nous avons besoin, tout en imitant les modèles trouvés dans la nature. Ces systèmes peuvent être des jardins, des habitations, des villages… La permaculture repose sur une éthique en trois points : prendre soin de la Terre, prendre soin des hommes, produire et partager équitablement les ressources. Pour plus d’informations de ma part sur la permaculture, j’ai publié
en vidéo une de mes conférences sur le sujet.

Comment cela se traduit-il techniquement ? Quels outils, quelles techniques sont nécessaires pour faire de la permaculture ?
Il n’y a pas de recette qu’il faut reproduire partout. Quand on pratique la permaculture, avant de concevoir un jardin par exemple, on passe beaucoup de temps à observer l’environnement : on regarde le fonctionnement de la nature autour de nous, on apprend à connaître la faune et la flore sauvage, on étudie le climat… Ensuite, on choisit les méthodes de culture les plus adaptées et les plus écologiques. Par exemple, on évite d’utiliser des engins pour labourer la terre : on laisse faire les vers de terre, les champignons et les bactéries, qui savent mieux que quiconque rendre une terre fertile. De la même manière, si on construit une habitation, on essaie de faire en sorte qu’elle soit chauffée par le soleil, on plante des arbres pour la protéger des vents froids, on fait tout pour qu’elle soit capable de stocker la chaleur, de garder l’eau de pluie pour le jardin, etc. 
 
Qu’est-ce que ces systèmes apportent comme résultats à long terme ?
Très souvent, ils sont très productifs et demandent moins de travail que des systèmes « classiques ». Par exemple, un potager en permaculture produit beaucoup au mètre carré sans labour, sans traitement, avec très peu d’eau. Et ce qui est génial, c’est que ça s’améliore chaque année : on agrade les sols au lieu de les dégrader !
 
Les résultats sont-ils meilleurs avec la permaculture qu’avec une agriculture plus intensive ?
Généralement, les plants sont plus sains et plus nutritifs. De plus, grâce aux différentes associations de cultures, les fermes en permaculture sont moins énergivores et beaucoup plus productives à l’hectare que les exploitations intensives ! Cependant, l’agriculture intensive produit beaucoup par agriculteur car on peut cultiver beaucoup d’hectares avec peu de monde grâce à une grande mécanisation et une énorme débauche d’énergie. Nous sommes face à un choix de société : de nombreuses petites fermes productives, écologiques et autonomes ou quelques immenses exploitations intensives ? 
 
La permaculture est-elle nécessairement bio ?
Bien souvent, les permaculteurs n’aiment pas l’idée de dépenser de l’argent pour avoir un label « Agriculture biologique » (AB) et préfèreraient qu’un label « Agriculture chimique » (AC), qui n’existe pas encore, soit payant pour les agriculteurs non-BIO. Sinon, oui, le permaculteur est presque nécessairement biologique !
 
Combien d’agriculteurs se disent permaculteurs en France aujourd’hui ?
Je ne saurais pas répondre à cette question, mais j’en croise de plus en plus autour de moi et j’entends parler de très nombreux projets en création en France et partout dans le monde. Quand j’ai commencé à vendre des paniers de légumes en 2009, nous étions très peu à nous dire permaculteurs en France. Maintenant, c’est l’explosion du mouvement, et ça c’est chouette !
 
Y a-t-il un label « produit issu de la permaculture » ou un équivalent ? Sinon, est-il prévu qu’un label soit créé ?
Non, il n’y a pas de label en prévision. La grande majorité des permaculteurs préfèrent développer des relations de confiance et de proximité entre producteurs et consommateurs sans label.
 
Quelles sont les perspectives d’avenir d’un permaculteur, étant donnée la situation des agriculteurs en France aujourd’hui ?
Selon moi, la permaculture et l’agroécologie sont l’avenir de notre production alimentaire. La vente directe de produits variés (œufs, fruits, légumes, etc.) fonctionne très bien. Il n’y a pas de problème comme avec les grandes surfaces pour dicter les prix. On est libres de vendre au juste prix et les consom’acteurs sont heureux de leurs achats.
 
Pourquoi cette technique est-elle relativement peu (re)connue ?
La permaculture et l’agroécologie se développent très rapidement à l’heure actuelle. Je pense que dans quelques années, elles seront vraiment très développées ! Il faut quand même dire que ce n’est pas toujours évident de remettre tout un système en question (labours, engrais, pesticides), et il y a des géants de l’agroalimentaire qui font du lobbying pour nous faire croire que l’agriculture intensive et chimique est la seule solution (ce qui est faux). 

Pourquoi
 les gens se préoccupent-ils de plus en plus de leur mode de vie alimentaire selon vous ?
De plus en plus d’études montrent que les problèmes de santé et écologiques sont causés par les pratiques agricoles actuelles. Nous sommes donc très nombreux à préférer faire partie de la solution plutôt que du problème.
 
Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer votre chaîne YouTube ?
Il y a encore trois ans, je vendais mes légumes sur mon terrain. Mais la vente ne me plaisait pas plus que ça, je préférais expliquer aux gens comment produire leurs propres légumes. J’aime bien dire : si on donne un panier de légumes à quelqu’un, on le nourrit pour la semaine, mais si on lui apprend à jardiner, on le nourrit pour la vie ! Donc, je souhaite montrer que c’est simple de faire pousser des fruits et des légumes sans labourer la terre, sans pesticide et avec très peu de travail. Après avoir constaté que ça fonctionnait bien chez moi, j’ai écrit beaucoup d’articles sur le blog de
La Graine Indocile, puis je me suis dit que ça serait plus ludique et démonstratif en vidéo. Voilà pourquoi j’ai créé « Permaculture, agroécologie, etc… » Je suis étonné et content du nombre de visites grandissant sur ma chaîne.