Partout où le globe-trotteur posera son pied, il apercevra un drapeau breton !
Philippe Argouarch est co-fondateur de l’amicale des Bretons of California. Il nous parle ici de son association et nous raconte les raisons qui poussent les chapeaux ronds à partir de leur terre dont ils sont si fiers. Les Bigoudens et les Américains ont d’autres points communs que les hautes tours au-dessus de la tête. Rencontre… des cultures.

Open Bar : Bonjour Philippe. Vous êtes l’ex-président des Bretons de Californie. Quels étaient les objectifs de cette association ?

Philippe Argouarch : C’était de mettre en contact les Bretons de la Silicon Valley. Jean-pierre Gueguen, co-fondateur de l’association avec moi, a fait venir des artistes bretons comme Cécile Corbel (ndlr : une harpiste d’expression bretonne et japonaise). Les Bretons de Californie ont aussi été là pour réceptionner à San Francisco la navigatrice Anne Quemeré ( ndlr : transatlantiques à l’aviron et en kiteboat ; traversée Atlantique Nord à l’aviron ; traversée du Pacifique en kiteboat). Une année, en 1998 je crois, on a reçu des douzaines d’étudiants de Rennes venus faire des stages. Chaque membre de l’amicale était parrain d’un étudiant pour l’aider à se loger, etc. L’expérience n’a pas été renouvelée par les promoteurs à Rennes car beaucoup de stagiaires ont été embauchés illico après et ne sont jamais revenus !

On organisait aussi des réunions principalement à la crêperie bretonne dans le quartier de Mission à San Francisco. Chaque réunion était complètement différente. Une de ces réunions fut pathétique et émouvante. Des membres d’une ancienne association de Bretons californiens qui avait été formée après la guerre et qui était en sommeil est venue a une réunion. Ils n’avaient pas réussi a passer le flambeau à leurs enfants, aussi ils nous ont remis leurs Gwenn ha Du (ndlr : le fameux drapeau breton noir et blanc) qui servait aux enterrements, leur logo, les papiers officiels de l’asso, etc.

Puis ce fut au tour de Bretons of California ?

Malheureusement, l’association Bretons of California n’a pas survécu à la crise de la bulle internet en 2000-2001. Je suis retourné en France comme Laurence Mahéo, vice-présidente de l’association et d’autres à l’époque. J’ai continué à maintenir le site de l’asso Bretons.org de Paris où j’ai travaillé pendant quelques années puis Jean-Paul Saliou a créé un compte meet-up pour créer des rencontres bretonnes en Californie. Tous les documents de l’asso des Bretons of California sont restés entre les mains de son dernier président Jean-Pierre Gueguen qui lui vit toujours à Palo Alto.

Qu’est-ce que les assos de diasporas régionales apportent à leurs membres ?

Il s’agit de se réunir, de parler du pays et d’échanger sur ses activités professionnelles, voire d’organiser des sorties ensemble selon les affinités et les loisirs partagés.

bretons philippe argouarch

Philippe Argouarch

Il y a beaucoup de bretons en Californie ?

L’estimation du Consulat estimait le nombre de Français à 70 000 en 2000. Selon mon estimation personnelle, il est raisonnable de dire que 10%, soit 7 000 Bretons, étaient et sont toujours en Californie. L’asso ne rassemblait qu’une centaine de personnes, peut-être 150. Beaucoup de Bretons vivaient à Los Angeles, à 1000 kms au Sud. Ils ne pouvaient pas venir à nos réunions.

Le 1er octobre 2015, le festival finistérien des Vieilles Charrues a fêté ses 25 ans sur la scène du Summer Stage de Central Park pour le plus grand plaisir des expatriés armoricains. Il existe des associations d’entreprises bretonnes. On voit des drapeaux bretons un peu partout dans le monde… D’où vient cette fierté régionale et quelles sont les particularités de cette diaspora ?

Ces manifestations et organisations sont un moyen de reconnaissance pour retrouver d’autres Bretons et pour montrer que les Bretons s’expatrient partout. La manie de faire flotter des Gwenn ha Du un peu partout n’est que la volonté d’affirmer ses origines notamment dans des pays où on est plus souvent libre de le faire. Ça permet aussi de rallier des compatriotes éventuels et ça donne l’occasion d’expliquer aux étrangers ce que représente ce drapeau breton inconnu pour la plupart !

Existe-t-il d’autres associations territoriales françaises en Californie ?

Non, mais on doit citer l’association Basque, surtout Basques Espagnols, basée à San Francisco. Elle rassemble tous les ans plus de 5000 personne lors d’un pique-nique. Les Basques à l’étranger sont bien plus structurés que les Bretons.

Qu’est-ce que ces Armoricains sont partis chercher en Californie ?

Du travail et surtout du travail mieux payé. Les Bretons qui partaient au 19e et au 20e siècle partaient pour chercher du boulot et fuir la misère des campagnes. Il en va autrement aujourd’hui, les expatriés partent pour chercher des emplois mieux payés dans des démocraties plus stables. Les ingénieurs et les développeurs sont par exemple payés exactement deux fois plus chers en Californie qu’en France et au vu de revalorisation du dollar en 2016, cet écart a dû s’accentuer. Ils ne fuient plus la misère mais souvent un système politique verrouillé et une économie déclinante ravagée par les délocalisations. Ils ne partent pas forcément où partent les usines mais plutôt dans les pays où on invente les économies du futur : le monde du futur.

« Pour points communs, les Bretons et les Américains sont des bosseurs et ont le goût d’entreprendre. »

Le mélange des cultures bretonne et californienne c’est alchimique ou explosif ?

Il y a des points communs entre la culture américaine et la culture bretonne en général. Ces points communs sont principalement le sens du travail . Ce sont des bosseurs des deux cotés de l’Atlantique. Le deuxième point est le goût d’entreprendre, hérité des deux côtés des cultures paysannes des 19e et 20e siècles. Les paysans ont toujours été des entrepreneurs par définition et des optimistes car pour semer comme pour investir il faut un minimum de confiance dans le futur.

Est-ce difficile de maintenir la tradition au sein des fortes cultures américaine et californienne ?

Très peu d’assos de Bretons de par le monde arrivent à transmettre le flambeau à leurs enfants. Il y a souvent une cassure des générations, les enfants des Bretons expatriés dans des pays anglophones ou non-francophones s’intègrent à leur nouvelle culture via la scolarité et rejoignent rarement l’amicale bretonne des parents. Le cas de Charles Kergaravat, le fils d’émigrés bretons à New-York est une exception.

gueguen argouarch californie

1998 – Devant la crêperie Ti Couz a San Francisco. A gauche Philippe Argouarch, tout à droite Jean-Pierre Gueguen.
© Collection privée Sylvain Louboutin.

Les Bretons partent encore de leur terre natale aujourd’hui ?

J’ai créé le site de l’association Bretons du Monde avec une subvention de la région Bretagne. Cette plateforme permet à ceux qui partent de rentrer en relation avec les Bretons déjà installés dans le pays de destination. En comparant avec ses chiffres de 2009, on y remarque que les départs ont augmenté sérieusement en 2016.

Où partent-ils ?

Une analyse sur l’évolution des destinations reste à faire mais il semblerait que les pays anglo-saxons de l’hémisphère Sud comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande soient des destinations montantes en plus du Canada et les USA qui on toujours été des destinations pour les Bretons.

En parallèle  vous avez monté l’Agence Bretagne Presse (le premier pure player breton) directement depuis la Californie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’avais créé le site web de l’asso Bretons.org où on pouvait s’inscrire et poster des messages dans un BBS (ndlr : un serveur équipé d’un logiciel offrant des services de stockage, d’échange de messages et de fichiers, etc., via un ou plusieurs modems reliés à des lignes téléphoniques). C’était déjà un réseau social en quelque sorte bien avant Facebook. Il y avait plusieurs rubriques notamment une d’histoire intitulée « Archives nationales de Bretagne » avec des documents comme l’édit de 1532 (ndlr : union de la Bretagne à la France). Il y avait aussi le premier dictionnaire Breton-Français-Breton en ligne avec 35 000 mots. Un jour, en Californie, j’ai pris le téléphone et j’ai appelé le professeur Francis Favreau à Rennes, le recteur du département de Breton de Rennes II, et je lui ai demandé la permission de mettre son dico en ligne. Il a dit oui. Un des membres de l’asso SKOLL VREIZH m’a alors envoyé par la poste 12 disquettes ! 

Je recevais aussi des communiqués d’un collectif qui s’appelait la Coordination antirépressive de Bretagne (CARB) qui défendait ce qu’ils appelaient des prisonniers politiques bretons : des gars qui avaient été emprisonnés pour des activités au sein de l’ARB. Ils se plaignaient que l’AFP ne passaient jamais leurs communiqués. Par dérision j’ai créé une rubrique qui s’appelait l’ABP pour Agence Bretagne Presse, c’était en 1998 je crois. En tant que webmaster je me suis rendu compte que cette rubrique était la plus populaire et de loin. C ‘est de là que m’est venue l’idée, une fois rentré en France en 2001, de créer le site web pure player agencebretagnepresse.com devenu abp.bzh en 2016.

Merci beaucoup Philippe, kenavo !

Antonin Cyrille

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