Doctor Who est LA série anglaise de science-fiction par excellence. Un monument du petit écran anglophone qui a fêté hier ses 51 balais, et surtout, une suites d’épisodes what the fuck qui nous enseignent les réjouissants effets de la mescaline. Des rhinocéros de l’espace qui téléportent un hôpital sur la Lune ? Check. Sauver la vie d’Hitler ? Check. Une société qui vous vole votre âme via une connexion wifi ? SFR Check. République ? Check.

Le Docteur est un voyageur infatigable, le seigneur du temps originaire de Gallifray et trimbalant ses miches à travers l’espace et le temps dans une cabine bleu devenue culte. Un mec qui a fait sauter sa planète et son peuple tout en incarnant le sauveur de nombreux mondes, capable de régénérer son corps à chaque mort avec une limite théorique de 13 incarnations.

Rompant avec l’improbable compromit entre l’insultante insolence des gamineries et la sagesse d’une créature millénaire qui a tout vu, tout vécu de Matt Smith, le docteur de Capaldi se résume en un mot : un salopard. Un véritable enfoiré qui apporte de la fraîcheur par rapport à ses prédécesseurs. Et qui ose demander à sa compagne Clara « Suis-je un homme bon ? » Réfléchissons garçon. Tu agresses un clochard dès le premier épisode, tu te fous des dommages collatéraux, et n’accordes aucune importance à la mort de tes alliés éphémères. Basiquement, tu es un gros connard amoral.

Il n’empêche que son accent écossais et ses envolées à la limite du psychotisme fonctionnent. Fini le nœud pap’, dites bonjours à la finesse des Doc Martens. Si David Tennant, 10em en titre, représentait  le docteur par excellence de la nouvelle génération, à la fois drôle, charismatique et figure tragique, un témoin impuissant de la violence de l’histoire, Capaldi est cette violence, doté d’un sang froid à toute épreuve et se demandant si, après toutes ces années de luttes, il n’est pas devenue l’un de ces monstres qu’il combattait.

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Missy, sa Némésis de la saison, joué par la pétillante Michelle Gomez est un joyeux mélange à mi-chemin entre Mary Poppins et Joseph Staline. Si on peut se sentir lésé quand sa véritable identité est révélée, il est vrai qu’elle instaure un personnage ambiguë, au jeu inquiétant. Sa relation d’amour vache vis à vis du Docteur et l’impossible choix qu’elle lui soumet lors du final nous fait pardonner à Steven Moffat de ne pas avoir ressuscité une River Song rongée par la rancœur d’avoir été abandonnée.

Le personnage de Clara interprété par Jenna Colman quant à lui se fatigue, la fantasque « Impossible Girl » n’a plus d’intérêt maintenant que son secret est révélé. Si elle complétait avec brio le 11em Docteur,  on ne peut que se réjouir de son départ. En particulier depuis son idylle amoureuse et quasi-futile avec le Danny Pink de Samuel Andernson qui, heureusement, n’aura pas survécu à la saison.

Les nombreux compagnons épisodiques du Docteur sont eux riches en couleur et permettent de créer un renouvellement de la galerie de personnage. Il ne fait aucun doute que nous reverrons leurs bouilles dans la prochaine saison. En particulier Psi et Saibra présents dans le très bon Time Heist.

Les épisodes de cette nouvelle saison sont en demi-teinte. Un épisode sur deux donne envie de nous enfiler cacheton sur cacheton jusqu’à passer dire coucou à Kurt Kobain. Certains à l’instar de Listen dispose d’un scénario et d’une mise en scène dantesques, d’autres font preuve d’une réalisation bancale (Into The Dalek), quand ce n’est pas une excellente idée qui s’essouffle en fin de course (Mommy on the Orient Express).

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Néanmoins, des mystères ponctuent la série. L’introduction de la race des Désossés n’est pas sans rappeler celle des Anges Pleureurs et promet encore de nombreuses rencontres. Même si il n’a fallu que 10 secondes au Docteur pour leur meuler la gueule. Quand à Gus de L’Orient Express, son identité demeure encore inconnue, et franchement… Non, sérieux, il a fallu 3 saisons à Steven Moffat pour expliquer l’origine d’une simple fissure. On peut toujours se toucher en attendant l’identité de ce mystérieux salopard.

Le principal soucis de cette saison est sans conteste l’écriture de Moffat. Si ce dernier excellait avec un docteur jovial, le coté sombre du nouveau venu est parfois malhabile scénaristiquement parlant. Pourtant, il nous offre un final dans les larmes et les mensonges, aussi sombre que la nouvelle personnalité du Docteur.

Et maintenant ? Jenna Colman reviendra une dernière fois dans l’épisode de Noël, où seront aussi présent Nick Frost en Santa Claus, Nathan MacMullen et Michel Troughton, le fils du second Docteur Patrick Troughton. On attend avec impatience de voir qui interprétera le prochain compagnon du Docteur. En attendant, une théorie intéressante tourne autour de Clara. Mademoiselle pourrait être enceinte, ce qui expliquerait un des mystères de Listen.