« Dunkerque » est sorti en salle le 19 juillet en France et la critique en fait déjà un sacre retentissant. Il s’agirait même du meilleur démarrage au box-office pour un film sur la Seconde Guerre mondiale depuis 2005. Au programme : un gros casting, un énorme budget (un peu moins de 200 millions de dollars) et finalement beaucoup de bruit pour rien.

Après avoir sorti son space opéra, l’adulé réalisateur américain devait évidemment tourner son petit film de guerre. C’est chose faite avec « Dunkerque ». Le récit – si tant est qu’il y en ait un, mais on y reviendra – se déroule sur les plages de la ville du même nom en 1940. Les troupes britanniques et françaises battent alors en retraite, encerclées par les Allemands. Sur les plages de cette ville du Nord de la France, ils attendent de pouvoir rejoindre la grande Bretagne sous les assauts de la Luftwaffe.

Et ? Et c’est a peu près tout. Voilà ! Circulez ! Y a rien à voir !

Nolan et Spielberg sont sur un bateau…

Toute la promotion du film repose sur cet argument choc : 400 000 soldats pris aux pièges. On imagine aisément le chaos : des hommes à bout de nerfs, en état de choc, qui sucent leur pouce au milieu des cadavres déchiquetés de leurs camarades et des carcasses de canassons en décomposition. La promiscuité, les uniformes, l’arsenal qui repose dans le sable, des officiers débordés et dépassés, le bruit des cris, des bombes, des passages d’avions de chasse, la mer rouge de sang, les carcasses de bateau fumant par dizaines au large… On était en droit de s’attendre à quelque chose d’aussi effroyable et mémorable que la scène d’Omaha Beach dans « Il faut sauver le soldat Ryan » de Steven Spielberg. Bref, du grand cinéma de guerre.

En réalité, cette plage de Dunkerque sent plutôt les vacances hors-saison. On se demande un peu où sont passés les 400 000 hommes (pour donner une idée c’est à peu près l’équivalent de la population d’une ville comme Toulouse…) et leur arsenal. Heureusement d’ailleurs, parce qu’au large on ne voit pas non plus beaucoup de bateaux, et presque aucune épave (alors que des centaines de bâtiments ont été coulés au cours de cette opération dite « dynamo »). Enfin, on distingue mal les figurants des acteurs principaux car aucun d’entre eux ne parle ou très peu (et quand ils le font, on comprend pourquoi). L’ensemble est totalement désincarné, froid, et passé les premiers assauts en piquets des stukas allemands, on va s’ennuyer sec. Joe Wright avait pourtant réussi, en 8 minutes à peine, à rendre magistralement l’ambiance de cette opération Dynamo dans «Atonement». Nolan y échoue pendant plus d’une heure.

… Spielberg tombe à l’eau, qui reste ?

On se rend rapidement compte qu’il n’a en fait pas grand-chose à nous raconter. Le but principal de ces 400 000 hommes se résume effectivement de trouver un moyen de retourner à la maison. Passer d’un point A à un point B en survivant. Malheureusement, entre ces deux points, on retrouve le vide intersidéral de son précédent film. La machine tourne en boucle : frappe de stuka, bateau qui coule, personnage principal qui s’extirpe de l’épave pour rejoindre un autre bateau et rebelotte. Certes, on suit également les aventures d’un pilote de la Royal Air Force qui sauve un peu le film. Quant au petit équipage civil qui part sauver les soldats, on se passera tout simplement de commentaires. Mais dans ce chaos global qu’est la guerre, le récit réussit le tour de force de ne proposer aucune péripétie digne de ce nom.

Au passage, on reconnaîtra à Christopher Nolan au moins un talent : celui de rendre compliqué et incompréhensible même les choses les plus simples. Le réalisateur d’Inception et Memento n’a pas pu s’empêcher de dérouler une trame narrative totalement déconstruite bourrée de flash-backs aussi inutiles qu’illisibles. Ajoutons à cela l’étonnante maladresse dans la mise en scène de certaines séquences et le spectateur se retrouve rapidement désorienté à tous les niveaux.

Zimmer met des tubes dans des ronds, et des cubes dans des carrés

Au bout de quelques minutes, on a donc la désagréable impression d’assister à un mash-up entre Pearl-Harbor et Titanic, et tout ça sans le grand spectacle auquel on aurait pu se raccrocher. Cela en devient d’autant plus exaspérant avec la bande-originale d’Hans Zimmer. Le compositeur tapisse tout le film avec le bruit d’une aiguille d’horloge qui s’accélère dans les moments de rush (vous comprenez, le temps est compté, et donc ça fait tic-tac…) rendant l’ensemble de l’œuvre particulièrement énervante.

Il restera dans le degré 0 de l’illustration tout du long, imitant un bruit de moteur lors d’une poursuite d’avions, balançant des basses écrasantes lorsque l’artillerie pilonne la plage, sans oublier quelques rafales lointaines ici et là tant et si bien qu’on ne sait plus ce qui relève de la musique ou du son diégétique. Puisqu’on vous dit qu’on est complètement perdus !

La guerre, c’est cool !

Même les horreurs de la guerre restent quasiment invisible. Il sera plus fréquent de voir des soldats couverts de fioul plutôt que de sang. Seul quelques petits bonhommes de plomb sans personnalité subissent les foudres de l’aviation allemande ici ou là. Et franchement, on s’en fiche puisqu’on s’est rendu compte dès le départ que les personnages principaux s’en sortiraient indemnes. On n’aura pas un mot non plus pour les quelques milliers de Français qui étaient présents à ces événements, ou alors uniquement pour les dépeindre comme d’éternels lâches indisciplinés et malpoli avec ça.

Ajoutez-y un peu d’héroïsme et de patriotisme britannique à la fin, et Nolan réussira à transformer cette page de la seconde guerre mondiale en mythe de bravoure à l’anglo-saxonne. Alors que, rappelons-le, les Britanniques fuient, couverts par les Français.

On a donc affaire une production hollywoodienne pur jus : une énorme campagne de promotion, un énorme budget, des explosions et un environnement sonore digne d’un album de dubstep suffiront. Au diable la mise en scène, l’incarnation et le langage. Les grands studios américains auraient tort de s’en priver : la critique française a été plus dithyrambique qu’outre-atlantique et le public afflue. Voilà qui aurait probablement donné de nouvelles idées à George Romero s’il n’était pas décédé quelques jours plus tôt.

Laisser un commentaire

Or

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.