Dans la même lignée qu’Artips ou de ces applications qui proposent un poème par jour, Charles Swanski offre des Rencontres Poétiques entre peintres, photographes, écrivains et autres poètes le temps d’un duo lyrique et visuel.

Des origines de la Rencontre Poétique

La page est épurée, carrée, colorée. Un peu comme les costumes que porte son créateur, sous un pseudonyme qu’a choisi S. pour créer son site Internet. Ici, on couple poètes classiques et peintres modernistes, on voue un culte à l’esthétique de l’anachronisme, le tout sans discrimination. « Je n’ai pas inventé le concept de la rencontre entre l’art et la poésie, mais j’ai toujours trouvé que la poésie était le seul moyen de parler du miracle d’une oeuvre art ! D’ailleurs la peinture a acquis ses lettres de noblesses en se revendiquant de la poésie », détaille-t-il. Il m’explique alors qu’en effet, les artistes de la Renaissance ont revendiqué l’Ut pictura poesis, une expression latine qui signifie littéralement « est comme la poésie, la peinture », tirée d’un vers de l’Art Poétique d’Horace. L’idée était de défendre que derrière l’image se cache un poème. À la Renaissance, c’était l’un des arguments des artistes-peintres, alors considérés comme des artisans, pour se réclamer les égaux des poètes.

On réalise par la même occasion que les moteurs de la création sont intemporels et universels : amour, mort, contemplation, désir, deuil… Les œuvres se font écho sans se paraphraser, elles se répondent mais ne répètent jamais. Où trouver son inspiration, quand on doit publier très régulièrement ? « Je puise les idées dans les lectures, dans mes errances aux musées mais aussi énormément sur les réseaux sociaux. J’aime l’idée que les réseaux sociaux soient des espaces anarchiques (ou presque) où toutes les images et les textes se rencontrent et se court-circuitent. » Swanski procède d’abord en faisant une petite sélection par des captures d’écran et des copier-coller et dessine ensuite ses propres chemins. Je me demande d’où lui vient cette idée de site Internet. D’une simple volonté de vouloir partager de la culture, gratuitement, à tous ? « J’aime l’idée de l’économie du partage sur Internet, la philosophie du Logiciel Libre et de l’Art libre. C’est une philosophie que j’essaierai de garder au maximum dans la suite du projet. »

Rencontres (poétiques) en ligne près de chez vous

Swanski est ce qu’on peut appeler un esthète. Lui qui a étudié l’histoire de l’art le dit lui-même : il a toujours été fasciné par ce rapport entre la poésie et l’art. L’autre chose qui le passionne, c’est la vie des images et des représentations sur Internet et la traduction de ces voyages en art. « Le numérique nous permet d’abord d’accéder à toutes les œuvres d’art mais surtout il bouleverse radicalement notre rapport à l’image et à l’art », explique-t-il. « J’ai l’impression que sur les réseaux sociaux, l’art est parfois désacralisé pour devenir un simple élément décoratif ou un simple signe de représentation sociale. Quand je me suis mis à Facebook, un peu tardivement, il y a 2 ans, je me suis amusé à publier des images d’œuvres d’art, parfois archiconnues, auxquelles j’ajoutais un texte souvent poétique comme pour les regonfler d’un souffle nouveau.» Il fait alors en fonction de son humeur : ça peut être méditatif, mélancolique, amoureux mais aussi complètement second degré et ironique. « J’aime bien l’idée de pouvoir faire totalement vriller des images qu’on nous impose comme des chefs d’œuvres, et de les détourner comme Duchamp en affublant la Joconde d’une moustache et du merveilleux sous-titre : « LHOOQ ». Après, c’est un phénomène assez commun sur Internet, j’ai juste choisi de le faire quotidiennement en offrant un espace d’expression à mes délires et aux délires des autres. »

Un projet participatif

En effet, le projet est contributif: quiconque le souhaite peut lui soumettre ses idées. Ils sont à ce jour près de 100 participants pour 10 000 abonnés. « La vraie richesse de ce projet, c’est le collectif qu’il réunit désormais ! », ajoute-t-il. Il reste pourtant le seul capitaine à bord depuis la création du site il y a 1 an et demi. « Heureusement, j’ai quelques fidèles matelots qui m’assistent. Je vais essayer de faire évoluer les choses pour confier plus de responsabilité à d’autres. C’est regrettable que le projet dépende entièrement de mon calendrier, surtout pour les périodes, comme en ce moment, où j’ai moins de temps à lui consacrer. » Même s’il y a de nombreux participants, ce n’est pas assez pour que le projet s’autoalimente ou pour pouvoir vivre de cette activité. « C’est aussi ça qui me donne la possibilité de définir en totale liberté le contenu, dit-il, le rythme et les projets à venir ! Par contre, pour le bien du projet et les évolutions qu’il pourra connaître il est nécessaire que le projet trouve des sources de financement, soit de manière participative, soit par des mécènes, soit par un activité commerciale propre. »

Il ajoute que de plus en plus d’artistes le contactent pour exposer leurs œuvres, publier leurs textes ou pour faire découvrir leur musique. « J’adore cette dynamique qui me permet de rencontrer des artistes formidables. D’ailleurs, j’en profite pour inviter tous les artistes à me proposer des Rencontres Poétiques qui présenteraient leur propre travail. »

L’utilisation des réseaux sociaux est le meilleur moyen pour espérer toucher un maximum de gens, mais cela implique aussi de se plier aux règles de ces différentes plateformes. Droits d’auteur, censure, cela ne complique-t-il pas un peu la tâche quand on désire partager des œuvres d’art publiquement ? « Je ne me donne pas de limites consciemment mais j’en ai certainement beaucoup inconsciemment. Les lois anti-tétons qui gouvernent Facebook et Instagram m’ont valu quelques censures de publications mais c’est principalement l’autocensure qui sévit sur les réseaux sociaux. Plus encore qu’ailleurs, il est difficile de résister à l’envie de plaire ! »

Et ensuite ?

Quand on évoque ses projets et s’il considère une évolution éventuelle du site, Swanski répond : « Ce ne sont pas les idées et les projets qui manquent ! Pour l’instant, il me manque seulement le temps de les réaliser mais j’ai effectivement deux projets de collections de livres : l’une sera publiée en tirage limité et comprendra des œuvres d’artistes contemporains (inédites) et l’autre proposera une sélection des Rencontres poétiques existantes par thème. J’envisage également des projets curatoriaux pour des galeries à Paris et à Shanghai. Pour ce qui est du site, il devrait bientôt accueillir une galerie en ligne. »

Mais au fait, pourquoi un pseudonyme ? Question à laquelle je me vois répondre par une jolie citation, celle d’Oscar Wilde : « C’est lorsqu’il parle en son nom que l’homme est le moins lui-même, donnez-lui un masque et il vous dira la verité».

Vous pouvez retrouver La Rencontre Poétique sur son site ou sur Instagram.

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