Je vais pas vous la faire à l’envers. Quand on a reçu le CD d’Epsylon, on était pas chaud. Du rock celtique ? Cool, mais atteindre le niveau de Merzhin, Mathmata et les Ramoneurs de Menhir, faut en avoir et savoir dégainer la bombarde. Quelques pistes plus tard, notre doute est confirmé. Ces gars-là le savent. Traitez moi de chauvin, mais la basse en écho au biniou, ça me fait vibrer le palpitant.

Epsylon, c’est la preuve que oui, Nantes a l’esprit breton en dépit de ce que les esprits étroits nous martèlent. Mêler l’essence du rock aux rythmes des Fest-noz, c’est un art aussi subtil que difficile. Eux ont réussi le challenge et rien à redire, ça envoie sec.

L’album démarre avec Le Temps et une intro aux premiers accords rêveurs, qui va crescendo pour exploser dans une fanfare de binious. C’est tout ce qu’il faut pour éveiller l’attention de n’importe quel mélomane celtique. Un texte aux attraits poétiques sur fond d’accordéon, un refrain martelant, Epsylon marque son premier point. Et enchaînent de volet avec L’Exil, une ode onirique intéressante sur le papier mais pas percutante musicalement parlant, contrairement à Dans mes veines et son détour rafraîchissant par ses mélodies orientales. Un changement de rythme agréable à l’oreille, et des paroles où l’on perçoit l’addiction réelle à la scène et l’écriture. Le plaisir de faire ce que l’on aime au point d’en devenir dépendant et de se couper du monde. Puis viens l’une des perles de l’album : on découvre avec La Passe une jolie chansonnette d’amour à l’égard d’une prostituée. L’apologie des passions pécuniaires c’est pas une première, mais ça nous ravit toujours le cœur. Plus subtil que « ma poupée de premier choix« , on fait pas. Et pourtant, la chanson en est presque touchante tant elle vibre d’émotion et de vécu. Une rencontre avec le groupe en backstage s’impose. Enfin, si on arrive à les discerner entre la coke et les putes.

Blague à part, la suivante Un idéal change la donne en retraçant une vraie relation amoureuse , son début et sa chute. Des paroles sensuelles, chargées d’images et de regrets.  Mais elles sont accompagnées d’une mélodie suffisamment vive et joyeuse pour qu’on évite de filer à la pharmacie pour choper du xanax. Un Printemps quant à lui nous séduit par ses riffs lents aux motifs exotiques et songeurs. Enchanteur, ce morceau nous propose un moment de calme au sein d’un album qui jusqu’ici était marqué par un rythme nerveux et endiablé.

Le coup de cœur reviens à  Je Me Souviens, aux accents brûlants de nostalgie qui ravivent l’attrait énergétique de l’album. Porté par les mélodies d’un accordéon au ton parfait, c’est une plongée dans l’univers du groupe, des souvenirs de l’enfance et de tous ses moments de passion. Difficile de ne pas la voir comme un écho de « La Ruelle Des Morts » de Thiefaine, mais l’originalité du groupe réussi à renouveler le propos de la chanson.

On assiste aussi de beaux morceaux de bravoure avec Le Brasier, sur une thème inattendu mais marquant. La remise en question d’un ouvrier de la guerre, se questionnant sur sa responsabilité, son  choix de la lâcheté et son désarroi. Placé sur des riff de biniou, elle touche là où ça fait mal, et elle le fait avec un ton juste.

En dignes héritiers de Soldat  Louis Chaque Seconde, nous rappelle les inspirations du groupe. C’est prenant et la performance scénique doit être magnifique. Malgré les beaux riffs au saxophone, ont commence à sentir la répétition des mêmes accords, sans que ça n’effrite profondément la totalité de l’album.

Le final d’Aux Hommes Debout ! et son hommage solennel marque l’engagement du groupe. Là encore, plus que la musique, c’est le texte qui marque et démontre l’efficacité du groupe.

Alors que dire de ces Nantais ?

Epsylon, c’est la bonne surprise, inattendue. C’est cette mélodie qu’un pote nous fait écouter en soirée et qui nous reste pendant des jours dans la tête avant de se laisser tomber amoureux de ce nouveau groupe. Le petit frère de Merzhin qui a su, lui, rester sur un chemin celtique en touchant à différents styles de musiques. Que lui reprocher ? Peut-être la répétition de ces lignes mélodiques, mais ce serait cracher dans la soupe. La plume est osée, les thèmes variés mais ne tombent pas pour autant dans la facilité et les riffs addictifs. Il se fait rare d’écouter un bon album explosif de vie, que ça soit dans sa passion, ses remords où sa nostalgie, alors ne vous en privez pas !