Fauve. Si vous n’en avez jamais entendu parler, c’est que vous étiez bourrés les huit derniers mois. Même le dernier des ermites sociopathes a eu l’occasion d’écouter une de leurs chansons. Du Spoken Word, qu’ils appellent ça. Un style particulier, et surtout rafraîchissant. Mélange de slam et de rock, ce groupe parisien émerge peu à peu de la masse depuis début 2013. Trois ans qu’ils tournaient pourtant.

Fauve, c’est un collectif ouvert, enfin, c’est comme ça qu’ils se définissent. Ces mecs ne sont pas qu’un groupe comme tant d’autres, c’est un rassemblement de personnalités voulant mettre en commun leurs pensées, leurs styles, leurs visions de l’art. Ils sont une vingtaine, dont seulement quatre membres sur scène, et un dernier à la projection.

Car Fauve ne se limite pas à la musique. Ces gars-là mettent sur le même plan musique, texte, visuels et web. Tout ça mixé ensemble pour donner des shows autant portés sur leurs vidéos que leurs chansons.

Fauve, c’est une énergie qui fait plaisir. Une façon de voir la vie à travers des textes qui peuvent rappeler le quotidien, le vécu de chacun. Où s’entrecroisent citadins apathiques, amoureux, naïfs et déchirés. C’est une peinture par les mots du ressenti de notre époque. Et c’est par là qu’ils nous touchent, car il n’est pas que le leur. On peut facilement s’identifier à travers eux, car ils nous dépeignent ce que nous vivons tous à différentes étapes de nos vies, du lycéen paumé aux jeunes travailleurs désabusés.

Ils sont désespérément optimistes, qu’ils se disent. Et ça se sent. Car même en dépit de toutes les galères quotidiennes que Fauve nous raconte, derrière tout ça il y a un espoir. Et dieu sait à quel point c’est mièvre d’y croire, en cet espoir apporté par l’amour, le vrai, par ceux qui nous soutiennent, par l’amitié. Des thèmes rabâchés par la variété française contemporaine sur cent chansons plus emmerdantes les unes que les autres. La différence, c’est leur façon d’exprimer leurs vies. Une prose sincère, de mecs qui ont vécu, et qui témoignent. Des mecs qui ont vraiment connu les galères quotidiennement et qui les expriment sans prise de tête. Et c’est là leur véritable force, ce qui nous touche au cœur. C’est virulent, c’est vivant, c’est jouissif.

On peut critiquer Fauve, et à raison, on peut les taxer d’hypocrites, ces presques trentenaires, ces parisiens avec un taff. Ils osent se clamer poètes maudits ? C’est leur problème. Ou bien on peut tenter d’y croire, et écouter ce qu’ils ont à nous dire.

Alors pour leur premier album, l’attente était forte, il se devait d’être à la hauteur de tout ce qu’ils nous avaient donné.

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Et c’est chose faite. Sortie sous leur propre label Fauvecorp, sans marketing ni partenariat. Un livret peaufiné, avec autocollant, badge, bracelet. Il manquait le poster les mecs. Mais l’emballage, c’est du vent. Ce qu’on voulait, s’était retrouver la rythmique, la scansion, l’intensité qu’ils sont parvenu à introduire dans les mots. Et ça, on l’a eu.

Vieux Frères, c’est une histoire. Celle d’un homme, celle des membres de Fauve, de gars abimés qui se reconstruisent grâce au groupe. C’est aussi l’histoire d’une prise de conscience, d’un nouveau départ. Chaque morceaux raconte un passage de ce renouveau, et là encore on retrouve au détour de certaines chansons des morceaux de vie que l’on connaît, par où nous sommes passé. C’est ce qui nous touche et qui fait la beauté de ce style particulier.

La construction de l’album est elle-même très bien foutue. Les 5 premiers titres nous font plonger dans un monde plein de rancœur, envers les autres, envers la société. Un désabusement narcissique. Un malaise social, celui d’une bande de potes inadapté au quotidien. Ce passage de nos vies où on se retrouve rongé par nos regrets, nos actes manqués, nos galères amoureuses. Mais à l’écoute de la 6eme piste, De ceux, on perçoit un tournant dans l’écriture. A la moitié de la chanson et de l’album, le ton change, il représente le changement qui s’est opéré, en écho au parcours du collectif. A l’abandon répond l’amitié dans Vieux Frères, qui raconte les débuts de Fauve, l’écriture et la réussite de leurs textes. Et comment ils se sont sauvés grâce à eux.

Aux peines de cœur répond la Lettre à Zoé, passage éphémère dans l’enfance où l’on redécouvre tout ce qui est beau, pure et sincère. Un véritable virage pour le groupe quand on se penche sur leurs discographie.

Leur épopée se clôt sur Loterie dont je vous réserve la surprise. Foncez, pour final, c’est de l’or. On y trouve le message que veux transmettre Fauve à tous ceux qui l’écoutes.

Vieux frères reste dans la droite lignée de tout ce que le groupe nous a offert au cours des derniers mois, des textes forts, profonds, agréables et touchants. On sent un véritable esprit derrière ça, un idéal à atteindre, reprenant encore et encore les mêmes thématiques qui ont permis l’ascension du groupe. L’espoir, risible et persistant qui peut tout surmonter. Musicalement, on reste dans le même ton. Toutefois, deux exceptions dénotent : le featuring avec Georgio sur Voyous associe le spoken word au rap, et le mélange est assez réussi. De même à l’écoute d’Infirmière où se glissent subtilement quelques mouvements de valses doux à l’oreille. Toutes les autres pistes sont sympas, avec quelques beaux passages mais sans pour autant faire preuves d’une originalité folle. Pour un premier album, c’est une réussie sans être transcendant. Presque convenu. Et pourtant… Ça touche. Parce que Fauve n’est pas une album, c’est une thérapie par la musique d’un groupe d’amis. Ils le reconnaissent volontiers, c’est presque un acte égoïste qui les ont poussé à écrire et jouer ensemble : celui de se reconstruire. Et la beauté de a chose, celui de nous en faire profiter.

Et maintenant ? Ils nous ont offert l’histoire de Fauve, celle du groupe jusqu’à aujourd’hui. Mais parviendront-ils à refaire un coup comme celui-là ? Que peuvent-ils encore écrire ? Rendez-vous en décembre prochain si vous voulez le savoir avec Vieux Frères Partie 2.

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