Renversant les mots et sinuant dans les nuits parisiennes, Fauve repart pour une deuxième tournée de vers acidulés. Vieux Frère Partie 1 avait su tracer son chemin dans le dédale des rues, des remords à la rédemption. Mais si sa chute se voulait salvatrice, comment enchaîner sur une deuxième partie ?

Fauve l’a compris. Tout n’a pas encore été dit, crié, balancé au bout de la scène. Il faut rentrer de nouveau dans l’arène pour affronter ces autres fauves, ceux de la foule. Ceux qui ressurgissent au fond d’eux-mêmes quand ils pensaient les avoir domptés. Le Spoken Word va secouer les sacs à cernes, Fauve revient.

C’est sur un souffle plus détendu, mais toujours vibrant, que le groupe nous fait découvrir son nouvel album. Juillet (1998) prend à contre-courant la vision crasseuse qu’ils nous dépeignaient de Paris. Quelques notes de synthés et des riffs rapides posent un thème apaisant, presque lumineux : « Ce soir rien ne peut me toucher / je flotte au-dessus du sol / les planètes sont alignées « . Mais le prozac ne fait pas effet longtemps. Aux antipodes de cette première piste se trouve Bermudes, un rappel frénétique que l’angoisse froide et lancinante est toujours là, au coin de la rue, dans le regard des autres.

Plus éclairés donc plus heureux après les épreuves qu’ils ont traversées ? Du foutage de gueule, oui. Azulejos se pose en monologue intime et morose, quand le parpaing de la réalité nous frappe aux gencives et nous y confronte : « La souffrance vaut mieux que la mort, c’est moins définitif aussi« . C’est pas encore la joie dans les chaumières donc, mais le désespoir est loin derrière aujourd’hui.

Grinçant et sec, Paraffine représente cette envie de progresser, coûte que coûte, rime que rime, prolongé par Sous les arcades qui souligne l’ambivalence de l’album. Celui-ci est impulsé d’un ton furieux et impératif qui s’accompagne d’un refrain poignant à reprendre poumons aux bords des lèvres pendant les concerts.

On reprend son souffle à l’écoute de Tallulah aux contours de valse colorée, mais le répit n’est que de courte durée. La frénésie du verbe faisant front aux faux-semblants, T.R.W se confronte à l’illusion de la consommation et de la manipulation dans un dialogue agressif. Oui, en vérité je vous le dis, Fauve n’est qu’un ramassis de hippies.

Hommage au public et aux vieux frères, la basse lente et le claquement de mains de Révérence raisonnent en chœurs, remerciant ceux qui les ont soutenus au cours de leur voyage musical. On les imagine face à la foule les remerciant cérémonieusement avant de repartir dans les loges, juste pour une seconde le temps d’y croire avant de reprendre possession de la scène et terminer sur Les Hautes Lumières. Une dernière piste partagée entre leurs projets prononcés d’un ton solennel et la lumière chaude de Lisbonne. La rancœur désabusée de l’album précédent a finalement laissé sa place à une contemplation sereine.

Sans se renouveler, le collectif a su approfondir sa philosophie, partant plus loin dans le tunnel, épaules contre épaules avec les autres vieux frères. On craignait la saturation, c’est une maturation offerte à nos oreilles. Ils voulaient dépeindre un monde plus lumineux sans se tromper sur l’illusion d’une vie apaisée, poursuivant ainsi une dynamique qui frappe son public aux tripes en lui laissant une certitude : les nuits fauves ne sont pas terminées.