Rencontre avec FUTUREKINGS, duo de producteurs Rouennais, qui aiment profondément le Hip-Hop, et cherchent à l’amener vers des sonorités futuristes.

Open Bar : Ça fait combien de temps que vous faites de la musique ensemble ?

FUTUREKINGS : On a d’abord commencé à faire de la musique chacun de notre côté, ensuite on s’est mis à faire de la musique ensemble, mais rien de sérieux, on apprenait à travailler ensemble. Et là, on est sur le projet FUTUREKINGS depuis 6 mois à peu près.

Le nom de votre duo est assez explicite, est-ce que vous pensez vraiment produire la musique du futur, ou est-ce qu’il y a une part de provocation ?

En fait ce nom c’est surtout pour jouer sur le côté show-off du Hip-Hop, c’est-à-dire se mettre en valeur, l’égo-trip et tout ça. A la base on aime énormément le Hip-Hop, même si on a évolué vers des sonorités plus électroniques on reste très marqués par le Hip-Hop et ses codes. Mais on ne se prend pas trop au sérieux, c’est plus un clin d’œil, une référence.

Donc justement, au niveau de votre style de musique, est-ce que vous pouvez m’en dire plus ?

C’est assez compliqué, c’est une sorte de fusion de différents styles, on travaille plus sur des ambiances que sur un style…

Le Future Beat, ça vous parle ?

Oui évidemment, c’est peut-être ce qui nous correspond le plus, même si de nos jours la théorie des genres n’est plus trop d’actualité, dans le sens où on se dit pas « tiens, on va faire tel type de son », on essaye de se détacher des étiquettes et d’avancer un peu à l’instinct. Comme on l’a dit, on produit surtout du Hip-Hop, mais avec des sons plus électroniques, futuristes, influencés aussi par l’Ambient.

Vous ne produisez pas uniquement des morceaux instrumentaux, il y en a plusieurs sur lesquels on peut entendre des voix…

Oui, mais on ne chante pas nous-mêmes. On utilise surtout des samples, c’est un peu de la débrouille, mais on cherche aussi à travailler directement avec des chanteurs. On a aussi des connections avec un rappeur de Rouen, Dave Junior, avec qui on a fait plusieurs morceaux, notamment High Power Flying. C’est vrai que ça nous intéresse plus de travailler avec des vraies voix, plutôt qu’avec des voix enregistrées.

De quel matériel avez-vous besoin pour produire votre musique ?

Si on réduit à l’état de squelette, c’est uniquement un ordinateur, équipé d’Ableton Live. C’est vraiment une machine qui fait tout. On travaille aussi énormément grâce au MIDI, donc des instruments branchés sur l’ordinateur, c’est beaucoup plus pratique que d’être derrière l’écran et de faire juste des clics de souris, et ça permet aussi plus de feeling, c’est très important le feeling. Récemment, on va plus vers du matériel old-school (hardware), on travaille par exemple avec un sampler (SP-404) ou un synthétiseur analogique (Microbrute).

Vous produisez donc de la musique électronique dans la ville de Rouen… Vous ne vous sentez pas trop « isolés », à l’écart de la majorité des groupes qui font plus dans le Pop/Rock ?

C’est vrai qu’on n’est pas dans ce qui se fait le plus, après on n’écoute pas spécialement ce qui se fait dans le coin… Même dans la « musique électronique », les soirées Rouennaise c’est surtout Techno, Electro, Dubstep, ça suit un peu la musique en vogue, et c’est pas vraiment proche de nous. On aimerait aussi donner un essor à cette ville, se produire régulièrement sur scène, mais c’est qu’on est un peu isolés, y’a pas vraiment de noyaux.

Vos sources d’inspiration, j’imagine que vous écoutez surtout des choses qui viennent de d’Angleterre, ou des Etats-Unis…

Si on a commencé à faire de la musique ensemble, c’est qu’on apprécie quand même pas mal les mêmes sons, et si on devait citer une seule inspiration commune dans nos débuts, ça serait sans aucun doute le duo de producteurs Blue Sky Black Death. C’est vraiment ce sur quoi on se rejoint, après bien sûr on écoute chacun énormément des choses différentes, et on s’est influencé l’un l’autre avec des choses que l’autre n’écoutait pas forcément à la base. En ce moment… On écoute surtout des producteurs Japonais.

Et vous ne vous reconnaissez pas du tout dans ce qui se fait en France donc ?

Bah y’a quelques producteurs français qui font des trucs bien dans leur coin, je pense par exemple à my.head, mais ils restent très Underground, y’a pas vraiment de globalité… De toute façon je pense qu’aujourd’hui la notion de scène a un peu disparu, au final tout le monde peut produire sa musique dans sa chambre et la faire écouter partout dans le monde grâce à Internet, la musique a connu une forte globalisation et on se retrouve à avoir des affinités avec des mecs qui viennent de Russie ou des Etats-Unis, Internet occupe une place essentielle pour notre génération.

Sur Internet justement, vous utilisez exclusivement Soundcloud pour partager votre musique, pourquoi ce site-là et pas Facebook et Youtube comme la majorité des groupes ?

On y a pas vraiment réfléchi, on a choisi instinctivement… Youtube pour être dessus c’est quand même mieux d’avoir une vidéo. Pour le moment on en fait pas mais ça serait bien de s’y mettre un jour à la vidéo justement, c’est quelque chose qui nous tient à cœur et qui peut être super intéressant. En plus de la musique, on est quand même beaucoup influencé par notre environnement, et les films ça occupe une place majeure. Jusqu’ici, les morceaux qu’on a publiés sont assez isolés, y’a pas de finalité globale si tu vois ce que je veux dire, mais on va bientôt s’y mettre à fond et la vidéo c’est un aspect qui doit être travaillé, parce qu’elle permet de faire passer énormément de choses aussi.

 Vous en êtes où au niveau des sorties ?

Donc on a plusieurs morceaux en ligne sur Soundcloud, on a aussi un EP de disponible sur Bandcamp, en digital uniquement. Cela nous intéressait pas de le sortir en physique parce qu’il n’a pas été assez travaillé, on l’a fait en trois jours et la qualité n’est pas excellente, c’est plus un repère pour nous. Cela nous permet de voir à quel point on a avancé depuis le début du projet. Alors que sur les projets à venir on voudrait plus prendre notre temps, et sortir quelque chose de vraiment bon, qui nous place sur la carte.

Et est-ce qu’un live est en préparation ?

Pour l’instant, on a juste fait un Dj-set au Shari Vari il y a quelques mois avant que ça ferme, mais c’était à l’arrache, on avait été prévenu la veille. Un vrai Live c’est quelque chose auquel on aspire, mais c’est compliqué à mettre en place. Pour nous le fait d’être deux, il faut trouver quelque chose à faire pour chacun d’entre nous. Et puis on n’est pas des musiciens, ça serait compliqué pour jouer certains instruments, et de toute façon jouer du synthé sur scène ça ne nous intéresse pas.

FUTUREKINGS vous propose de découvrir ce morceau de Lapalux, producteur du label Brainfeeder, dirigé par Flying Lotus. A écouter tout en regardant le clip, dont vous ne pourrez certainement pas détourner le regard !