Le Rap. La plupart du temps, la simple évocation de ce mot suffi à faire fuir la majorité des auditeurs, qui l’associent à un univers de pseudos gangsters faisant l’apologie du crime sur une musique autotuné, bref, une bonne merde inaudible.

Mais Grand Siècle va vous permettre de changer votre vision des choses : oui, il existe une alternative en France à Booba, Kaaris, la Fouine et consorts, un rap travaillé, de qualité, à écouter à plusieurs reprises afin d’en saisir toutes les nuances, les sens cachés des textes.

Commençons par présenter les artisans de ce disque : Fuzati et Orgasmic. Pour ceux qui entendent (ou plutôt lisent) leurs noms pour la première fois, ça peut paraître chelou, mais ces types sont présents dans le paysage musical français depuis plus de 15 ans. Ils sont originaires de la banlieue de Paris, mais pour une fois il ne s’agit pas du 93, mais de Versailles, qui n’est pas vraiment connue pour son côté Hip-Hop.
Orgasmic a participé en tant que producteur à TTC (Mais si vous savez, tout le monde connait « Dans Le Club« ), l’un des premiers groupes à apporter des sonorités venues de la musique électronique dans le rap.

En parallèle, les deux compères forment ensemble le Klub des Loosers, actif depuis le début des années 2000, qui a sorti trois albums, dont « Vive la Vie » en 2004, qui reste leur album le plus marquant et le plus poussé.
Ce sont donc deux artistes établis, dont l’album est attendu avec impatience par leur public qui est, aux yeux de leur talent, peut nombreux : seulement 24 000 personnes aiment ça sur Facebook.

Les noms des morceaux ne semblent pas aborder de thème général, mais on se rendra compte au fil de l’écoute de ce thème, qui se trouve dans le titre : Grand Siècle, le 21ème siècle dans lequel nous vivons, qui est décortiqué par la plume acerbe de Fuzati, épaulé par les productions impeccables d’Orgasmic. L’album est varié, comprenant des morceaux rapides, violents verbalement, qui ne vous laisseront surement pas de marbre, et cela commence dès l’ouverture, avec Sinok :

Chaque chanson comporte son lot de phrases chocs, et chaque part de la société est visée, personne n’est épargné par cette critique amère du monde dans lequel nous vivons. Fuzati le regarde de haut, et semble nous annoncer « La vie est nulle, vivement qu’elle prenne fin. » Les paroles sont déprimantes à souhaits, toujours bien trouvées, et inimitables. Il faut plusieurs écoutes pour se rendre compte de la puissance des textes, finement écrits au point d’être jouissifs.

Au niveau des instrumentales, celles-ci sont à la fois classiques mais dotées d’un côté moderne, on sent l’expérience d’Orgasmic dans le domaine des musiques électroniques, qui vient apporter son savoir-faire.

L’album est pleinement décalé par rapport au reste du rap français, que ce soit au niveau des thèmes abordés, de la manière de rapper, ou dans la vision de la vie, il est 100% original, il est impossible de citer un rappeur du même style que Fuzati. Le monde du rap qui d’ailleurs n’est pas apprécié par les deux artistes, en prend pour son grade, et il n’est pas le seul : il n’y a peut-être pas grand chose à sauver dans ce 21ème siècle, mais ce disque est une exception.