« Tu fais une connerie. Elle va te casser le cœur, puis c’est mes couilles que tu viendras briser. »

Cyril est un mec bien. Le genre de salopard à vous sortir des saillies véridiques que vous ferez semblant de ne pas croire. C’est votre pote, celui qui vous emmènera à l’hosto au risque de louper la finale de l’Euro. Le même qui se barrera juste à temps pour mater le coup d’envoi dans un bar quand on vous posera une sonde urinaire. Un ami, un vrai. On en a tous un comme ça.

Attention ami lecteur, on va te servir quelques banalités, mais on va le faire avec la forme. Sois prévenu. On va tenter quelques blagues pour consoler les esprits chagrins et distiller quelques conseils comme un bon whisky sans promesse de réussir sa fermentation. Pour la beauté du geste, pour tenter bordel. Allez viens camarade, on sera bien.

Voici le guide de la rupture (et comment se débarrasser de ce sentiment de merde qui vous colle aux os).

Étape 1 : la descente

T’as les pieds dans le ciment. Envie de rien, si ce n’est d’un coup de fil assassin. Encore que, à quoi bon ? Tu traînes, glandes à penser. Parfois tu te défonces pour faire quelque chose, mais l’œuvre achevée, te revoilà à mirer les décombres de ta relation. Bienvenue dans la descente. Y coller des mots ne servira à rien d’autre que gratter les croûtes de ta tristesse. Accélérons le pas vers la prochaine étape.

Astuce danger : harceler est rarement une bonne idée. Ne devenez pas une sale race, vous pouvez être mieux que ça.

Oui, on repasse au vouvoiement. Adaptez-vous.

Étape 2 : fixer les règles

Allez-vous le/la supprimer de Facebook ? Foutre Dieu, tout le monde le conseille, personne n’en a les couilles ou les ovaires. Bloquer son numéro ? Souvent une bonne idée, jamais appliquée non plus. Si on ne peut se résigner, autant négocier et faire valoir des règles de bienséance.

En voici deux, à vous d’affiner les vôtres.

Limitez les messages. Évident ? Pas tellement. Si vous recevez encore des messages après minuit, voire des cœurs jetés à la va-vite, quelque chose déconne sec. Les insomnies que vous passerez à vous dire qu’il y a encore un espoir ou à vous déchirer l’âme à regretter le prouveront.

Partager les potes ? En France, terre de couards et de faux culs, beaucoup joueront la Suisse en bouffant aux deux râteliers. Tracer une ligne s’avère tout de même nécessaire : l’autre doit être intouchable par vos amis, un tel acte se verra châtier par du miel sur les couilles et des fourmis rouges.

Le conseil de Cyril : « Si un ami veut toucher à une ex, il doit être traité avec le plus grand respect. Soit une balle dans la tête. « 

Étape 3 : entourez-vous bordel

Il est temps de battre le rappel des troupes. Pas pour qu’elles vous consolent, personne n’aime consoler un pote, ça troue le cœur de voir quelqu’un qu’on estime se lamenter. Appelez la meute pour qu’elle vous sorte la tête du rectum et vous fasse péter un sourire sur la gueule.
Allez balancer vos hanches en boîte, boire un café ou un ti-punch en racontant des conneries, faire un laser-game ou une putain d’escape room. Qu’importe, faut passer vos neurones au détergent et barder votre palpitant d’un kevlar d’amitié. Personnellement, je ne saurais que trop vous conseiller de partir tirer la bourre dans une autre ville chez des amis, c’est efficace.

Si vous sortez vous retourner la tête au divin breuvage, ayez la pudeur de confier votre smartphone à un camarade de boisson. Vous vous sentirez nu, mais ce n’est rien comparé aux quelques messages aussi avinés qu’indécent que vous enverrez.

Problème : une fois seul chez vous, le manque va revenir comme un sale coup de pompe dans les valseuses. Dégainez votre smartphone et entamez un concours de poésie porno ou autre réjouissante conversation avec un ou plusieurs compagnons de fortune, ça vous occupera l’esprit jusqu’à l’étape 4.

L’astuce de Cyril : « Plus je bois, plus j’ai envie de dire à mes ex de s’épiler.« 

Étape 4 : se reconstruire l’ego

Va falloir me faire confiance pour la suite. Ou plutôt non. Faites confiance à Sarah. Son conseil ? Installez Tinder, faites un compte AdopteUnMec ou Badoo si vous voulez draguer des cougars/sugar daddys. L’idée n’est pas de choper, même si ça vous viderait aussi bien l’esprit que les couilles, mais bien d’être vu et de plaire.
Entre deux blancs-becs guidés dans leurs palabres par leur membre pseudo-virile, il y en aura quelques-uns qui trouveront les bons mots et décrocheront un sourire. Entre deux comptes robots cherchant à vous attirer dans les abysses d’un autre site de rencontre, il y aura cette petite brune mignonne qui se prêtera au jeu du flirt pixellisé.

Astuce danger : normalement arrivé ici, vous avez envie de recontacter la personne précédemment, ou encore – Diantre encore ? Merde. – aimé. C’est une mauvaise idée. Tous vos potes vous diront que c’est une connerie. Problème: ce genre d’argument échoue lamentablement contre votre cervelet en manque. C’est comme la clope, on se dit juste une dernière. Juste une. S’il vous plaît, ne le faîtes pas. Entendez cette faible supplique numérique et respectez-vous.

L’accroche Tinder de Cyril : « Ô Femme, Je te donnerai chaque centimètre de mon amour. « 

Testée et désapprouvée.

Étape 5 : Le Grand Ménage

Prenez un carton, une boîte à chaussure ou autre cercueil, et foutez-y les cadavres de votre relation : photos, sous-vêtements, brosse à dents, martinet, poire à lavement et autres réminiscences de vos jours ensoleillés. Passons au numérique, vous pouvez supprimer toutes vos conversations – Facebook, SMS, Skype, liste non-exhaustive – vidéos et photographies ensembles, ou les balancer sur une clé USB, puis avec les autres vestiges.

Plusieurs options s’offrent à vous :

Y bouter le feu.

Renvoyer les effets personnels par la poste ou en diligent un ami.

Si gicler vos souvenirs pique trop – et ça se comprend – filez le carton à une personne de confiance. Vous saurez où il est, mais n’aurez plus la tentation d’y chercher vos souvenirs.

Cette dernière option a nos préférences, nous sommes en rade d’essence et trop sec pour payer un timbre.

Le conseil de Cyril : « Une pelle, de la chaux, un long trench-coat et quelqu’un qui se débat dans le coffre. « 

Étape 6 : repartir tenter sa chance

L’homme est un animal sociable, et quoi qu’en dise Marc Dorcel, on n’est pas conçu pour rester se branler la nouille sur YouJizz. Alors oui, vous allez vous prendre des tôles dans la gueule, mais ça vaudra le coup, parce qu’un peu plus loin il y a celui ou celle pour qui ça vaudra la peine de se défoncer, de devenir meilleur, de tenter des trucs cools.

Ça prendra deux semaines, ou trois cuites, ou six mois, mais ça viendra. Promis camarade, parole de barman.

Bon, ce n’est pas tout, mais ça m’a déprimé tout ça. Je vais me faire un ty punch à votre santé et appeler quelques copains pour aller tutoyer les anges.

Une dernière astuce pour la route, épancher sa tristesse au gré d’un clavier vous aidera peut-être à vous reconstruire. Qui sait ? Pas moi, foutre pas moi.

Moran Kerinec