La prépa c’est la joie, on se fait des couettes et on se roule dans des champs de coquelicots.

Non vraiment, on va pas vous la faire à l’envers. Avez-vous déjà vu un documentaire sur ces studieux esclaves ? D’un point de vue extérieur, ça ressemble à l’enfer. De l’intérieur, c’est Bagdad sous ecstasy.

Dès le premier cours, les profs vous mettent directement dans l’ambiance : un jour, vous serez l’élite de la nation. En attendant vous avez le potentiel d’une couseuse de Nike thaïlandaise prête à tapiner pour une pause déjeuner.

Mes amis, bienvenue au Vietnam.

I Un rythme de vie à prendre

Vous qui vous décidez à vivre une à deux années dans ce huis clos sordide, sachez que vous passerez des soirées entières à bosser des sujets supra-matériels de philosophes obscurs et des concepts mathématiques créés par des mecs qui ont fini leur vie dans une camisole. Mais ce sera aussi l’occasion de découvrir les joies de la géographie et de son impact sur l’agriculture de la Corrèze. Vous voulez savoir la meilleure ? Vous allez adorer ça. Finir une dissertation après des heures de bachotage et savoir que vous allez dormir du sommeil du juste vous rendra heureux. Bien sûr, vos profs démoliront tout ce que vous aurez écrit le lendemain matin. Mais inlassablement, vous recommencerez.

Les rumeurs d’esprit de compétition en prépa sont des bouffonneries. On ne tire pas sur son camarade, on lui refile une cartouche d’encre en DS et on pique de la bouffe à la cantine si ce con a fait la bringue et dort sur sa table plutôt que de profiter de la courte pause déjeuner. En parlant de ça, merci encore les mecs. Vous êtes des anges.

Dormir quatre heures par nuit deviendra votre quotidien, le café votre meilleur pote et le Guronsan des smarties. On ne le répétera jamais assez : évitez les nuits blanches. Surtout pour réviser avant un DS. C’est comme jeter une capote usagée à la tête de votre dernière conquête, ça ne se fait pas. Vos facultés mentales fondront, et vous aussi, mais sur votre table d’une façon pitoyable.

Profitez au contraire des cours les moins essentiels pour rattraper votre sommeil en retard. La philo ne sert qu’à la sieste. On peut parfois tenter de bluffer au DS, et c’est bien la seule matière où c’est jouable.

On est pas bien là ? À là fraîche, détendu du gland, et on banderas quand on aura envie de bander.

On est pas bien là ? A là fraîche, détendu du gland, et on bandera quand on aura envie de bander.

Les pauses sont un moment plus propice pour débattre de philosophie allemande que pour déguster un café bien mérité. Sérieux les mecs, dix minutes de répit toutes les deux heures, ça se savoure, rabattez vos claque-merdes pour l’amour de Kant.

Oui, Les bouquins coûtent le PIB du Togo et ont tous été écrits par vos profs qui profitent de vous pour vendre ces ramassis de foutaises, mais vous pourrez toujours les revendre à d’autres pauvres poires. Le capitalisme n’est-il pas qu’un immense human centipede qui se mord le croupion ? Profitons-en !

Les DS ressemblent à s’y méprendre au purgatoire. Préférez un bon saucisson pour tenir les six heures. Si vous faites partie des connards qui mangent des chips, on vous cassera les rotules. Parfois, on vous servira des salades de thon. Évitez-les, les taches de gras sur les copies font mauvais genre.

Sympathisez avec vos camarades au plus vite, ne restez pas dans votre bulle à réviser. Pas pour être sociable et sympa, mais parce que ces chères têtes de pipes auront un jour des postes haut placés, et être pote avec eux vous sera profitable. Immoral ? Que nenni : opportuniste.

II Des profs psychos

Les profs sont des sociopathes assermentés et bardés de diplômes. Ils en veulent à votre santé mentale, à votre âme et à vos fesses. La prépa est l’occasion de croiser ce panel d’étranges créatures.

Comme le disait un ancien prof de maths : « Seulement deux ou trois d’entre vous comprendront ce qu’on fera en fin d’année. Vous allez voir, ça va être funky ». Funky : terme inusité depuis 1990. À la page le bonhomme. Mais force est de constater qu’il était dans le vrai.

Certains paraissent insensibles à toute forme de pédagogie. En particulier ce charmant spécimen qui nous racontait ses conquêtes passées. Principalement des élèves. Une autre était capable d’arriver plus pintée qu’une pintade et de réciter la Loi de Say avec majesté, une bassine sur la tête. Un cerveau noyé dans l’alcool, mais un talent appuyé d’une classe indiscutable.

Les khôlles sont l’exemple même de cette pédagogie de comptoir. On passe une heure enfermé avec un prof à lui réciter sa dissertation apprise par cœur, pour en ressortir avec le sentiment d’avoir connu d’anciens nazis moins relou que ce mec. Voire de s’être fait humilier. À l’instar de cette khôlle de maths, où le prof s’étant tiré pour aller chercher son café avait laissé les corrections sur le bureau. Et lui de revenir tout fier, les yeux pétillants devant ton bluff de formule au tableau : « Mais pourquoi tu ne triches pas ? Tu ne réussiras jamais ! » . La prépa est un mindfuck moral permanent.

III Le moral

Le bonheur, c’est quand tu arrives à faire la fête tout seul dans ta tête. En prépa, ça arrive souvent. Trop peut-être. La prépa porte atteinte à votre santé mentale. Beaucoup des nouveaux hypokhâgneux sortent du lycée avec d’excellentes moyennes, et la voir passer de 16 à 4 peut être un choc pour les plus tendres. Pas la peine de se préoccuper de la sodomie des notes, les profs sont payés pour latter votre amour-propre.

Si l’un de vos professeurs a fait de vous sa tête de turc, ne demandez pas des nouvelles de sa délicieuse maman. Faites un Sims de lui et laissez-le mourir enfermé dans la cave. Personne n’en saura jamais rien.

Amis de khâgne, il est recommandé de ne pas vous foutre minables, afin de garder vos capacités cérébrales intactes. Amis de khâgne, on vous ment. L’alcool détruit vos neurones les plus faibles, et rend donc plus rapides vos capacités cognitives. Les faibles meurent pour la survie des plus forts, c’est Darwin qui le dit. Au vu de votre vie sociale quasi inexistante en dehors de la prépa, n’hésitez pas à vous mettre la misère avec vos camarades, vous en aurez besoin.

Ne culpabilisez pas le dimanche. Oui, sortir prendre un café ne fera pas avancer votre copie de philo, mais YOLO, cette jolie blonde que vous abreuvez de votre savoir sur Locke le vaut bien. Puis vous lui expliquerez à cette pouffe que non, c’est pas le même mec que dans Lost. Arrêtez de draguer des belettes à la BU. Sérieux.

La prépa vous rendra endurant aux critiques, aux masses de travail, à la pression. Après avoir vécu ça un, voire deux ans pour les héros, vous en sortirez grandi. Certains vous trouveront arrogant, peut-être le serez vous vraiment, mais c’est une expérience à part, intense. Soyez-en fier, beaucoup ont abandonné l’aventure en cours de route, mais pas vous. Non, vous aurez tenu, et la suite ne pourra pas être pire.

Sauf si vous êtes pris à l’ENS. Là vous allez douiller mes larrons.

2 Réponses

  1. Estelle

    Là, là, làààà tu me dois de la maille pour les droits d’auteur me semble t-il ahah