Vous êtes trop pauvre ou trop radin pour vous payer un pass aux Vieilles Charrues ou au Hellfest ? Vous avez décidé d’y aller en tant que bénévole pour avoir des entrées gratuites ? De jouer du piston grâce à tonton pour vous dégourdir les oreilles ?

Vous venez de vous faire piner en beauté. Le rôle du bénévole en festival est tout sauf sympa. C’est la jungle mon pote.

Le seul moyen d’y survivre, c’est de s’y préparer.

Autant vous le dire, le bénévolat est ingrat. Non, vous n’arriverez pas à assister au concert de Damian Marley ou de Shaka Ponk en première loge. Vous êtes baisé jusqu’à la moelle.

Alors comment survivre quand votre chef d’équipe est un connard et/ou que vous voulez profiter un maximum de la fête ? Voilà quelques astuces pour vous permettre de cuiter gratis et peut-être, avec de la chance – ou en couchant avec ce mec dégueulasse du staff – d’assister au concert des Arctic Monkeys.

Kids, don’t try this at home. Les rédacteurs sont des professionnels. Ne les imitez pas, ne les copiez pas, et surtout, SURTOUT, oubliez ce que vous croyez savoir des festivals. Si vous n’avez pas la mentalité d’un enfoiré, vous n’y survivrez pas.

1. Le bon taf, tu choperas

Les stands

Beaucoup diront que la buvette est une planque. C’est un mensonge. Vous ne serez peut-être pas affecté à faire picoler des sacs à vin, on peut aussi vous caser à vendre des frites ou des glaces. Même si on aime la bonne bouffe gratuite, c’est moins reluisant. Et si vous devenez maître de l’oasis, vous serez en permanence sollicité par des saoulards puant la pisse, le vomi et autres senteurs fleuries après trois jours de beuverie.

Une fois votre service fini, vous sentirez vous-même le houblon à dix mètres. L’avantage, c’est ce doux sentiment d’être le diable. De regarder de braves hommes se détruire sous vos yeux attendris. Et d’être toujours le premier servi, aux frais de la princesse vu que vos potes sont de l’autre côté du comptoir quand vous êtes en pause.

Le backstage

Le backstage est sympa. Enfin, si vous aimez supporter les délires mégalos des groupes. Vous serez à la limite de la relation symbiotique, que ce soit pour aller choper de la coke pour eux (c’est rare, je le concède) ou refaire leurs loges selon leurs désirs. Comme cet artiste breton dont tout le monde se fout aujourd’hui et qui voulait trois miroirs disposés d’une certaine manière et un canapé rouge – Monsieur a piqué une crise quand il s’est aperçu qu’on s’en cognait et que le canap’ était vert.

Vous serez un esclave en backstage : tour à tour chauffeur, guide touristique, serpillière à insultes et garde-chiourme de certains sociopathes à micro. Mais parfois, vous tomberez aussi sur des groupes sympas qui savent que vous faites un travail de dingue, et qui vous ménageront. Eux aussi triment dur, et avec beaucoup plus de pression. Si vos artistes vous traitent bien, traitez-les encore mieux. Si ce sont des gosses relous, prenez sur vous. Vous pourrez toujours cracher dans leur café, ça détend.

Et le reste

En catering, vous servirez la bouffe. Tout est dit. Gérer la logistique est un taf nécessaire, mais chiant.

L’équipe de montage-démontage est un job fatiguant, mais vous aurez vos entrées gratuites et personne ne viendra remettre en cause votre travail. Vos horaires seront parfois tordus, mais pas plus que dans les autres boulots. C’est physique, mais dites-vous que ça vous permettra de montrer vos muscles noueux à la petite brune de la billetterie. Si vous ne sentez pas le coyote après trois heures de vissage d’écrous sous un soleil de plomb.

Si vous vous destinez à ladite billetterie, c’est que vous êtes totalement demeuré ou que vous voulez vraiment sauter la petite brune mentionnée ci-dessus. Le plan foireux par excellence : c’est répétitif et chiant. Les ploucs vous feront des blagues débiles, tenteront de passer avec des bouteilles que vous, en bon collabo, débusquerez. Sérieux, vous n’apercevrez même pas la scène, ne vous foutez pas en billetterie, c’est miteux.

Un job peu ragoûtant consiste à nettoyer les chiottes. L’horreur, me direz-vous. Point du tout, il suffit de s’agripper à un karcher une fois le matin, une fois le soir, de passer un bon gros coup et vous êtes libre pour la journée. Le bon plan.

Le point commun de tous ces tafs ? Vous serez plongé dans le même monde que tous les autres bénévoles, avec les coups durs, et ça vous créera des souvenirs communs inoubliables à ressasser autour d’un pot avec vos camarades de fortune. Des instants merveilleux.

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Festival des Vieilles Charrues de 1808. Un grand moment pour les bénévoles de l’époque.

 

2. Les bon potes, tu trouveras

Le barman sera votre meilleur ami. Ce gentleman de la bière vous abreuvera à l’œil s’il vous a à la bonne. Alors on le respecte, dès qu’il a besoin d’un coup de main et même si c’est votre première pause depuis six heures. Vous faites un beau sourire, vous lui proposez votre aide et vous fermez votre grande gueule de pucelle. Quand vous serez à bout, c’est ce mec qui vous réconfortera à coups de pintes. Et quand vous commencerez tôt, c’est aussi lui qui vous servira un bon demi café.

Les mecs de la sécu, autant éviter de vous y frotter. Non pas qu’ils soient des descendants directs de la Gestapo, mais votre instinct de survie doit vous empêcher de fricoter avec des bovins capables de vous démonter la colonne vertébrale pour un malentendu. D’expérience, si un bas-du-front sous amphétamine vous empêche d’aller en backstage, même si vous avez vraiment du taf là-bas, ne négociez pas. Faites un détour et prenez une autre entrée. Et SURTOUT, ne revenez pas lui expliquer pourquoi il y a eu un malentendu dans l’optique de faire la paix avec lui. Ce charmant personnage répliquera avec délicatesse que « la prochaine fois que je vois ta tronche de tapette, je te fais un gros cadeau ». « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent », nous conseillait l’ami Audiard. Ne prenons pas ces paroles à la légère.

Les mecs du backstage sont aussi vos amis. Leur payer un coup à boire ce n’est pas tapiner, c’est nouer les liens d’une belle amitié après une longue journée. Leur bourrer la gueule pour vous faire rentrer en loge, c’est déjà moins bon pour le karma.

Quant aux chefs d’équipes qui zieutent d’un air inquisiteur afin de débusquer les glandeurs, esquivez-les en faisant comme si vous alliez bosser quelque part. Près de la buvette par exemple. S’ils ont besoin d’aide pour déplacer des fûts, vous serez en état ou non de répondre présent.

3. Les bonnes magouilles, tu feras

Sortons notre guide du briscard fourbe et putassier, il est l’heure de profiter. Personne ne devient bénévole en festival par bonté du cœur. On veut des entrées gratuites, être en backstage et gagner des pépettes.

L’entrée gratuite, on l’obtient en bossant. Dur. Pas d’échappatoire mes larrons. En revanche, magouiller pour vous payer des pintes sirupeuses de houblon coupé à la flotte, c’est dans nos cordes !

Débrouillez-vous pour vous charger de transporter/nettoyer les verres consignés qu’on retrouve dans les festivals, et bourrez-en un sac comme si c’était celle qui partage vos nuits. Partagez-les avec quelques comparses et allez les rendre contre de la menue monnaie aux différents stands de consignes. N’abusez pas trop de cette technique : si vous vous faites choper, la sécu vous apprendra le respect de l’ordre en vous déboîtant les molaires.

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Tous ces bras levés, on se croirait en 1940. Quels nostalgiques ces Français.

Si vous travaillez aux différents stands, vous aurez l’opportunité de voir passer entre vos doigts crochus les différents tickets boissons et bouffe qui nous rappellent les tendres souvenirs du rationnement sauce allemande. Le travail non-stop des remplisseurs de chopines vous empêchant d’accéder à la caisse où les jeter, vous les placerez dans vos poches en attendant un coup de mou des alcooliques pour les déposer dans ladite caisse. Ou bien vous les oublierez et vous en rappellerez quand vous serez de l’autre côté du bar. En vrai petit ange, vous ne pensiez pas à mal, mais maintenant que vous êtes là, entouré par vos délicieux camarades de biture, autant passer pour Crésus et vous foutre une race.

Autre avantage : si vous avez ciré les bonnes pompes pour entrer en backstage, vous pourrez toujours faire miroiter à cette charmante brunette une rencontre avec ses idoles. La bienséance étant un de nos principes, ne lui faites pas de chantage émotionnel motivé par vos bas instincts AVANT de la faire passer en coulisses. En bon gentleman, soyez patient si vous voulez trouver votre voie derrière elle (pour les plus naïfs, on parle de levrette ici – écrivons clair ou n’écrivons pas).

Vous l’aurez compris, survivre en festival est un art : s’adapter, être sociable, fourbe et opportuniste. Trouver le job qui vous convient le mieux pour mener à bien vos actes de vilenie. Mais – que Dieu me foudroie, si possible en courant alternatif sinon ça pique – la bière justifie les moyens.

Alors retenez bien ce credo : faites la pute, ça marche.