Il y a quelques jours paraissait dans le quotidien où je bosse le portrait d’une jeune femme qui se défonce pour aider les réfugiés de la « jungle » de Calais. C’était un portrait court, un peu raboté pour rentrer dans l’édition papier, sur une belle initiative. Le genre d’article que j’aime bien pondre quand le temps est doux et la bière amère.

Quelle ne fut pas ma putain de surprise quand, en revenant le lendemain, je me rends compte que la publication Facebook liée à la version web est assaillie d’une centaine de commentaires à connotations racistes et sexuelles débridées. La jeune femme l’a plutôt bien vécu, moi moins. Pas que je m’inquiète pour elle, elle a suffisamment de carrure pour encaisser. En revanche, j’étais en colère d’avoir oublié à quel point les gens sont cons. J’aurais dû surveiller de près la publication pour modérer les micro-phallus en cavale sur le web.

En guise d’apologie, voici un petit guide pour savoir que faire quand on se fait harceler numériquement.

Diagnostiquer le harcèlement numérique

Passons d’abord par le bingo dingo des manches-sans-couilles qui vous agressent à coups de pixels. Le harcèlement est caractérisé par la « fréquence des propos et teneur insultante, obscène ou menaçante ». Des critères assez aisés à constater. Sachez que la loi punit aussi les menaces de mort, de viol et les incitations au suicide, mais nous y reviendrons.

Ces propos doivent être de nature numérique : sur un réseau social, un forum, un jeu vidéo multi-joueurs, des vidéos, des montages d’images, une story Snapchat, etc.

Qu’ils soient exprimés dans un espace public – sur un mur Facebook – ou dans un espace privé – des conversations Messenger – il sont punis dans la même mesure : la chimio juridique pour les cancéreux du verbe électronique.

©Truthout.org

©Truthout.org

S’entourer rapidement

Que ce soit par la diffusion de photos intimes ou par des paroles injurieuses, le harcèlement blesse. Il est capital d’en parler rapidement à des proches qui pourront vous soutenir moralement et vous conseiller. L’homme est un animal social : les amis ne servent pas qu’à picoler et copuler. La famille non plus si vous êtes breton.

Si vous ne souhaitez pas impliquer vos proches pour une raison qui vous concerne, passez un coup de fil à Netecoute.fr au 0800 200 000. C’est gratuit, anonyme, et ils sont habitués à ce genre de situation.

Bloquer l’enfoiré

Deuxième mesure : bloquer le lâche qui vous embrouille de sa verve putride. Ça ne vaut pas un gommage au verre pilé, mais ça vous octroiera une courte accalmie. S’il est persévérant, il créera rapidement un nouveau compte ou trouvera un autre moyen de vous atteindre. Ce temps vous servira surtout à préparer la contre-attaque.

©Worldmanchi

©Worldmanchi

La délation, y a que ça de bon

Contactez directement les gestionnaires des plates-formes sur lesquelles vous subissez un cyberharcèlement en signalant les propos nocifs, demandez le retrait des contenus offensants et dénoncez les comportements déplacés. S’ils sont au courant de votre situation mais n’agissent pas, ils seront tenus pour responsables. Les internautes qui relaient le harcèlement seront eux aussi concernés par des poursuites juridiques, même s’ils ne l’ont pas initié.

En gros : ils vous devront des excuses et du fric en cas de procès. On a fait un joli récapitulatif qui rassemble pognon et peines en fin d’article.

Car oui, on va parler procès et plaintes. J’entends déjà certains commentateurs incontinents demander naïvement « Oui mais une plainte, c’est une réaction disproportionnée, non ? »

Non, bordel de non ce n’est pas disproportionné. Après avoir été harcelées, des personnes fragiles se sont donné la mort. En comparaison, une plainte c’est peu et ça tient les rapaces à l’écart.

Du goudron et des plumes

Pour préparer au mieux cette éventuelle – et très souvent salvatrice – plainte, collectez le plus de preuves possible à l’aide de captures d’écran. Il est possible de faire appel à un huissier de justice pour les réaliser, ces pièces à conviction pourront alors être utilisées lors d’un procès.

Dans le cas où les poursuites pénales vous donneraient de l’urticaire, menacez le malandrin que vous allez porter plainte, photos des propos à l’appui. Ça calmera ses ardeurs. Là encore, vous pouvez utiliser l’infographie ci-dessous et lui claquer la truffe comme une bifle sentant la marée.

Si vous ne connaissez pas l’identité du ou de vos agresseurs 2.0, vous pouvez aussi porter plainte contre X. Les intermédiaires devront apporter leur aide pour permettre à la justice d’identifier le ou les auteurs des actes de harcèlement. En terre de France, la collaboration c’est une vieille tradition.

Pour vous donner un dernier coup de main, voici un lien vers service-public.fr. Vous n’avez qu’à indiquer votre code postal pour être redirigé vers les services compétents à proximité de chez vous.

Et maintenant, parlons bien, parlons peu, parlons pognon.

Si quelqu'un vous harcèle, balancez-lui ça dans la truffe.

Si quelqu’un vous harcèle, balancez-lui ça dans la truffe.

Moran Kerinec

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