Travel bug : n.c., masc., désigne de façon métaphorique un ver (style ver intestinal) qui a établi son campement dans votre lobe frontal, et vous fait croire que partager sa chambre avec douze inconnus dans une auberge de jeunesse c’est la vie, la vraie. Potentiellement dangereux, il prend généralement ses quartiers après avoir visionné L’auberge espagnole ou Into the wild.

Félicitations ! Vous êtes l’heureux hôte du travel bug. Vous aussi, vous avez passé trop de temps allongé sur le canapé à regarder des films d’aventure et vous passez des nuits à rêver de bus sans air conditionné, de sac à dos trop lourd et surtout de pouvoir frimer devant vos potes à la rentrée avec les tampons sur votre passeport. N’attendez plus, on vous a concocté une liste non exhaustive des raisons pour lesquelles la vie de nomade, c’est encore plus chouette qu’il n’y paraît. 

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Le lac d’Ohrid, entre Macédoine et Albanie.

Si votre rêve n’est pas censé se terminer dans un bus à des milliers de kilomètres de toute civilisation, armez-vous du nécessaire.

1 : un passeport en règle, c’est un bon début. En tant que siffleurs de vin rouge, on a la chance d’avoir l’un des plus « forts » passeports, pas besoin donc de payer des visas pour voyager en Europe et dans une poignée d’autres pays. Gardez quand même un œil sur la limite de temps qui existe en Albanie ou en Turquie par exemple : vous ne pouvez rester sur le territoire qu’un total de 90 jours sur une période de 180 jours. Même si vous êtes encarté au PCF, faites vite du site diplomatie.gouv votre meilleur ami.

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Les Alpes albanaises : si j’avais écouté les infos j’aurais pas vu. Il faut aussi savoir prendre ses distances et s’en remettre aux probabilités. Honnêtement, quelles étaient les chances pour que le méchant qui a tué deux personnes de sang-froid dans le coin une semaine avant s’évade de prison et refasse le coup ? On est d’accord.

2 : un minimum d’argent. On imagine souvent qu’on finira sur la paille en voyageant, c’est faux. Prenez un peu plus de temps pour trouver un billet d’avion, préférez les transports en commun même sur des voyages de 24 heures, baladez-vous dans les marchés locaux et préparez votre nourriture vous-même. Si vous prévoyez de voyager longtemps, certaines auberges ont besoin d’un coup de main et le staff sera ravi de vous héberger gracieusement contre quelques heures à faire des lits et préparer le petit-déjeuner. Le deal comprend souvent un repas offert par jour et vous laisse économiser pour votre prochaine biture.
Attention aux vols, ça arrive et pas seulement au cousin malchanceux de votre voisin. Préférez une option monde de plus en plus proposée par les banques pour conserver votre carte et payer sans frais, plutôt que de vous balader avec des billets qui dépassent de vos poches. Laissez votre passeport dans votre chambre d’auberge, que vous aurez choisie au préalable parce qu’ils proposent des casiers verrouillés (et le petit-déjeuner illimité).

La glace qui vous rendra SEKSY. On émet des doutes sur la théorie, mais dans la pratique ça n'a coûté que 0,15€ pour deux boules.

La glace qui vous rendra SEKSY. On émet quelques doutes sur la théorie, mais dans la pratique ça n’a coûté que 0,15€ pour deux boules.

3 : le voyage fancy, c’est pour les backpackers qui aiment montrer qu’ils ont la plus grosse. Vous n’avez pas besoin d’un selfie stick ou du dernier modèle de GoPro. Quelques t-shirts, deux pantalons légers et un pull feront l’affaire. Le jean est lourd, inconfortable et impossible à laver à la main : vous oubliez. Les sous-vêtements ont quatre côtés, malgré ce que le lobby des strings nous a dit : devant, derrière, on retourne, devant, derrière. Pensez pratique. Une petite dose de lessive à la main coincée entre deux paires de chaussettes vous emmènera très loin et vous évitera les machines à laver des auberges pour lesquelles on vous charge entre 5 et 10€ en moyenne.

4 : pas besoin d’alourdir votre sac avec un guide du routard, ils sont souvent désuets et proposent des hébergements hors de prix. S’ils regorgent de bons plans, vous aurez plus à gagner en vous adressant à vos copains de chambre ou aux locaux pour les coins sympas. Ou les ruelles vides. Armez-vous d’un téléphone qui fonctionne (merci captain obvious) et téléchargez plutôt des cartes sur des applications comme maps.me.

Vous êtes paré pour le décollage, on se charge de démonter quelques mythes 

Une fois revenu sain et sauf d’un voyage en solitaire, c’est facile de dire que c’est facile. Ça ne l’est pas, à moins que vous fassiez partie des Jackass et que vous maîtrisiez les 7 000 et plus langues et dialectes du monde.
Si vous vous débrouillez en anglais, sachez que le serveur à qui vous demanderez un plat sans viande a sûrement séché les cours au lycée. Si vous savez mettre des et des o à la fin des mots et serez ultra détendu en Espagne ou en Italie, sachez que vous perdrez tous vos repères dans des pays où ils utilisent le cyrillique. Sérieusement, qui a inventé cet alphabet ? Au bout d’une semaine, vous maîtriserez la langue des signes et saurez décrypter les expressions faciales mieux que personne : froncement de sourcils = pas content.

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Vue depuis la forteresse de Kotor, Monténégro.

Vous avez sûrement, et comme ceux qui sont passés avant vous, scruté des photos de plages désertes et de monastères perchés en haut d’une montagne en bavant sur votre clavier. Des vues à couper le souffle certes mais à moins que vous maîtrisiez la téléportation, vous passerez plus de temps dans des minibus bringuebalants sur des routes franchement pas rassurantes plutôt qu’à admirer le paysage (ndlr : il faut cinq kosovars pour changer un pneu dans les montagnes). Profitez donc de ces virées sur les chemins rocailleux pour regarder les photos de mariage du fils de votre voisin aux dents blanches sur son téléphone ! Il ne comprendra sans doute pas si vous trouvez ça joli ou chiant, mais ça passe le temps.

Houston, nous avons un problème.

Houston, nous avons un problème.

Pas facile quand on est une fille

La plus grande difficulté qu’on vous souhaite de rencontrer si vous avez été dotée d’un vagin à la naissance, ou que vous vous identifiez en tant que femme, est de déterminer la très mince ligne entre sécurité et asocialité. Au risque de passer pour un iceberg, choisissez toujours de rester en vie et de préférence en un seul morceau.

Istanbul, Turquie. Une enfant regarde la rive asiatique s'éloigner par la fenêtre d'un vapur. Elle est encore toute innocente et ne sait pas que la vie est pleine de méchants qui veulent la manger.

Istanbul, Turquie. Une enfant regarde la rive asiatique s’éloigner par la fenêtre d’un vapur. Elle est encore toute innocente et ne sait pas que la vie est pleine de méchants qui veulent la manger.

Si un groupe de personnes vous propose une sortie en ville, ne partez avec eux qu’à condition d’être certaine de ne pas devoir rentrer à pieds non accompagnée. Si la tentation de parler avec un groupe de jeunes du coin pendant votre balade est grande, cette personne sortie de nulle part pour vous proposer un briquet n’est peut-être pas votre nouveau meilleur ami. Surtout si elle vous aborde aux alentours d’une gare.

Ne vous arrêtez pas aux clichés, la plupart des endroits dans lesquels vous poserez votre sac à dos rose sont sûrement bien moins dangereux que ce qu’on vous a raconté dans les livres pour enfants. Mais si votre instinct de survie tire la sonnette d’alarme ne serait-ce que pour cinq secondes, rebroussez chemin illico. Aucun commentaire négatif qui serait proféré à votre égard pour votre manque de spontanéité ne doit vous déstabiliser : l’aventure, c’est bien ; vivre, c’est mieux.
Votre voisine de chambre n’aura peut-être pas les mêmes limites que vous et ce n’est pas votre problème. Ce n’est pas parce qu’elle a survécu à la branlette nocturne d’un vieux manager d’auberge sur le canapé d’à côté que vous avez envie de raconter ça à vos parents quand vous rentrerez au bercail.

Malgré tout…

Prizren, Kosovo. Après une randonnée avortée par une camarade malade, trente minutes à tenter d'arrêter une voiture pour redescendre en ville avant la nuit, deux voitures nous on pris en stop et on modifié leur itinéraire pour nous ramener sains et saufs.

Prizren, Kosovo. Après une randonnée avortée par une camarade malade, trente minutes à tenter d’arrêter un quatre-roues pour redescendre en ville avant la nuit, deux voitures nous ont pris en stop et ont modifié leur itinéraire pour nous ramener sains et saufs.

…vous vivrez les plus beaux moments de votre vie. Entreprendre un voyage en solitaire, c’est se donner la possibilité de choisir où et quand vous voudrez partir à tel ou tel endroit. C’est louper le bus pour Sofia et prendre de justesse celui pour Tirana, modifier totalement le peu de plans que vous aviez et passer quatre jours merveilleux avec des gens que vous retrouverez peut-être quelques mois plus tard. Voyager seul(e), c’est apprendre l’importance de partager le glaçon que vous aviez dans le fond de votre bouteille d’eau avec la quinzaine de personnes qui suent à grosses gouttes dans le bus qui vous emmène au Monténégro en plein été. C’est apprendre la débrouille à la dure, les galères et les plans foireux mais tomber sur des personnes qui ne parlent pas votre langue et qui se mettront en quatre pour vous sortir de l’impasse. C’est passer des frontières à pieds, saisir le coucher de soleil après une randonnée, préparer le repas avec vos hôtes, apprendre à dire « merci » dans dix langues différentes.

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Arrivée en Albanie, après avoir traversé la frontière macédonienne et le no man’s land à pieds.

Photographies © Lou Zwingel