C’est dans un climat de tension encore palpable, que le procès de la « rixe » de Sisco s’est tenu, jeudi dernier, au tribunal de Bastia. Ce fait divers – comme il peut s’en passer d’autres dans la région – a pris un retentissement national, voire international, effarant ! Si cette affaire médiatique a quelque peu terni la réputation de l’Île de Beauté, je vous rassure, elle n’est pas pour autant devenue une no-go zone. Vous pouvez toujours y passer vos vacances sans craindre de recevoir une flèche de harpon !

C’est sans rentrer dans les détails de cette altercation musclée entre riverains et personnes d’origine maghrébine, qui a fait la une des journaux durant le mois d’août, que je vous propose, avec légèreté et subjectivité, de voyager en Corse. Alors si vous êtes curieux de la (re)découvrir sous un regard différent, si vous êtes friand de bons conseils à suivre pour réussir votre séjour, suivez-moi, je vous amène en terres connues. Benvenuti en Corsica !


Un bout de paradis au caractère bien trempé

La chaleur traverse déjà la lucarne. On est tous collés au hublot de l’avion. On la voit. Enfin. Elle est là, l’Île de Beauté. Fière et belle, dressée au milieu de la mer Méditerranée. Du ciel, on aperçoit ses criques sauvages à l’eau turquoise, ses plages de sable fin, ses villages perchés sur la rocaille, son maquis aride et sa montagne imposante. Après 1h30 de vol, l’arrivée dans un autre monde est imminente.

La Corse, c’est un pays à part entière. Gare à vous si vous la comparez à une autre région du continent. Un Corse est un Corse. Il n’est pas ce Français chauvin, voire hautain. Et, encore moins un Parisien. D’ailleurs, à choisir, c’est dans le camp des Italiens que les locaux se rangeraient.

Derrière ses paysages de cartes postales et son air de Toscane, quand on prend la peine de sortir des sentiers battus, l’île nous livre ses secrets. Pour pénétrer dans l’antre corse, il faut d’abord appliquer la politique du « rien vu, rien entendu ». En d’autres termes, se fondre dans la masse et pas trop se la ramener. Car à votre arrivée, rappelez-vous, vous êtes avant tout un touriste. Un pinzuttu (français) du continent. Alors, pour apprécier l’Île de Beauté, il faut la comprendre. Comprendre que ce bijou terrestre a un passé fort, souvent sombre. Une histoire qui a favorisé l’émergence d’une identité insulaire marquée.

Petit récapitulatif. L’île a longtemps été convoitée. À tour de rôle, Italiens, Anglais et Français se la sont disputée. Ce n’est qu’après plus de quatre siècles d’occupation génoise, durant l’époque moderne, que la Corse a enfin pu savourer le goût de l’autonomie. Elle doit cette liberté à son Che : Pascal Paoli. Figure emblématique, ce dernier offre à la région quatorze années d’indépendance. La victoire fut de courte durée. Pas de bol, en 1769, à Ajaccio, un type sacrément mégalo voit le jour : Napoléon Bonaparte. L’île finira par tomber entre ses griffes.


Les règles d’or à respecter pour passer un bon séjour

La magagne, ce sport national

Règle numéro un : ne pas être susceptible
Règle numéro deux : avoir du répondant

Ah la macagna corse… Ces gentilles moqueries qui vexent bien trop souvent les continentaux, croyez-moi, les corses en sont les pros. On peut comprendre que ces taquineries incessantes peuvent vexer. Cela surtout pour le parisien trop habitué aux sourires crispés et déprimés de la capitale, aux blagues prudes et fades des repas mondains. Quel dommage ! Car si on prend ces railleries au dixième degré, c’est un régal que de pratiquer ce jeu malicieux. 

J1 : le chauffeur de bus donne le la. « Dépêchez-vous mademoiselle ! Allez vite retirer de l’argent, trente euros pour le ticket aller, sinon on part sans vous. » Après avoir tapé un sprint vers le distributeur, essoufflée, je lui tends l’argent. Il me lâche avec un grand sourire : « va pas falloir croire tout ce qu’on vous dit ici ma petite ! » Il me rend le billet et le bus démarre. C’était mon baptême d’arrivée. L’étape élémentaire à passer. Un conseil : ne vous braquez pas à la première magagne, celles qui suivront seront pires !

Une fois vacciné, on se surprend même à user d’un répondant piquant. Dans ma rédac, j’avais quotidiennement le droit à des : « Alors, il arrive quand ce papier de merde ?! », « Ah oui c’est vraiment un article de merde. » Le coup d’envoi est lancé. Je riposte : « En effet, un papier de merde, pour un journal de merde. » Match nul. Le second round ne saurait tarder.

Retenez simplement : une bonne magagne ne doit pas blesser, elle doit piquer juste. Titiller les zones sensibles sans dépasser les bornes. Essayez, c’est un jeu d’enfant.

Aimer conduire

Règle n°1 : ne pas craindre de croiser cochons sauvages ou troupeaux de chèvres
Règle n°2 : toujours avoir une boîte de Nausicalm dans son sac à main

En Corse, les distances ne se calculent pas en kilomètres, mais en temps. Si la carte du guide du routard vous indique qu’il y a entre Bastia et Ajaccio 150 kilomètres, comptez en voiture le double, voire le triple en période estivale ! Si vous voulez éviter les interminables embouteillages des axes principaux, je vous recommande de partir à la fraîche. Les amateurs de grasses mat’, tant pis pour vous. Et même s’il s’avère que vous êtes matinal, je vous mets en garde : il y aura TOUJOURS un c*n de touriste qui vous ralentira le pas. La plupart du temps, c’est un camping-car ou un cycliste (les pires à doubler). Je ne sais pas si c’est à cause des paysages ou par crainte de tomber de la falaise qu’ils roulent à vitesse d’escargot. Quoi qu’il en soit, prenez votre mal en patience et attendez le moment jouissif où il se garera, enfin, sur un bas-côté.

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Accessible en voiture ou à pied par un chemin de terre (très mal en point), la baie de Tamarone, dans le Cap Corse, offre un cadre de rêve. Faites une halte à la paillote de la plage pour y siroter une bonne Pietra fraîche.

Une fois que vous êtes à l’aise au volant, c’est le pied que de conduire sur ce bitume cabossé qui sillonne l’île. Si la conduite sportive est tentante, restez prudent. Un moment d’égarement suffit pour que vous et votre bagnole adorée vous écrasiez contre les rochers. Les virages sont serrés, la route étroite et souvent défoncée. Alors, avant de prendre un selfie avec ce décor de rêve en toile de fond, attendez de vous garer. La radio qui grésille et les chaînes italiennes (qu’on capte une fois sur deux) ne doivent pas non plus vous déconcentrer. Le bétail fait aussi partie du cadre. Laissez traverser vaches, chèvres et cochons, ils ont l’habitude d’être prioritaires et ne se presseront pas pour vous.

En bref, si vous êtes amené à vous déplacer pour le taff : prévoyez large. Sinon, n’hésitez pas à faire une halte sur la route : criques secrètes et sentiers cachés vous attendent.

(PS : le stop marche encore mieux si vous êtes en mini-short)

Renflouer les caisses avant votre départ

Règle n°1 : n’allez JAMAIS faire vos courses dans les supérettes, au risque de vous ruiner
Règle n° 2 : pour les fumeurs, gardez de la place dans votre valise, les cigarettes sont 25% moins chères que sur le continent !

Voyager sur l’Île de Beauté, ça a un prix. En amont, prévoyez de mettre votre porte-monnaie à la diet’. Le mieux est de partir hors-saison. Primo, on est plus tranquille : les beaufs à glacières, qui pullulent sur les plages au mois d’août, sont rentrés au bercail. Secundo, le prix des locations est plus abordable. Tout dépend du séjour que vous souhaitez vous offrir, mais comptez environ entre 350 et 700 euros pour quatre nuits dans une location Airbnb en pleine saison, et entre 90 et 600 euros pour la chambre d’hôtel. Si vous avez l’esprit plus aventurier, un sac à dos et une tente suffiront. Et, entre nous, c’est la meilleure façon pour découvrir la région et en savourer son authenticité. Chambres d’hôte à prix correct, auberges de jeunesse ou campings… il y a le choix si vous êtes baroudeur (ou près de vos sous) !

Pour remplir le frigo, ça, c’est une autre paire de manches. Mis à part dans les grandes surfaces, les prix grimpent très rapidement. Principalement à cause de l’importation. Beaucoup de produits alimentaires sont près de 9% plus chers que sur le continent ! Et ils flambent en période estivale. Pourtant en matière agricole, il y a de quoi faire sur l’île ! L’été, le soleil fait rougir les tomates, mûrir les melons et les pastèques, brunir les pêches et les abricots. En août, la chasse au sanglier est ouverte. L’automne, les châtaignes tombent à foison. Et toute l’année, la Méditerranée offre ses délices.

La Corse est riche de son patrimoine culinaire. Ce n’est donc pas anodin si les denrées de l’île ont un prix. L’été est l’occasion pour les commerçants de faire du chiffre. Certains produits corses, comme les mandarines, sont traités sur le continent. Évitez alors les boutiques et les restaurants attrapes-touristes, favorisez plutôt les achats directs à la ferme ou au marché. En gros, faîte vivre l’économie locale ! Surtout, surtout, tenez-vous bien loin des Utiles, de véritables gouffres à argent. En étant attentif, il est possible de consommer raisonnablement tout en se faisant plaisir.

Côté garde-robe, serrez les fesses, que vous ayez mangé trop de canistrelis ou que votre paye du mois dernier s’essouffle, car il y a peu de choix sur l’île en matière de gamme intermédiaire. Par contre, niveau haut-de-gamme, il y a de quoi faire ! J’ai même eu de la peine à trouver une paire de tongs bon marché ou un sac de plage à deux balles…

Se mettre à la diet avant de partir

Règle n°1 : ne commandez pas du « blanc doux », on vous servira du muscat pétillant
Règle n° 2 : au restau, posez innocemment votre guide du routard en coin de table, on vous offrira l’apéro

La Corse transportera vos papilles (et votre foie) au septième ciel ! Alors tant pis pour le bikini dernier cri pour madame et les tablettes de chocolat pour monsieur : mangez et picolez ! Passer à côté de tels plaisirs serait un sacrilège.

Influencé par ses voisins italiens et français, le terroir corse est généreux et riche en goût. Sa star : le brocciu (prononcez « broucht »). C’est l’incontournable de la cuisine corse, il est cuisiné à toutes les sauces. Ce fromage frais au petit lait de brebis, ou de chèvre, est un vrai délice ! Gouttez les cannellonis au brocciu, vous en tomberez amoureux. Ce fromage léger se déguste aussi en dessert. Finissez votre repas par le fiadone, spécialité gourmande à base d’œufs, de citron et de fromage.

Évidemment, vous ne pourrez pas passer à côté du grand classico de la gastronomie corse : la charcuterie. Parfumée et corsée (oui, il fallait bien que je fasse au moins une fois ce jeu de mots), elle fera le bonheur des carnivores. Attention en revanche aux vendeurs de saucisson d’âne : ce n’est rien d’autre qu’un attrape-touriste ancestral. Sur l’île, la bête têtue est considérée comme quasi sacrée. En aucun cas il n’est question de la charcuter ! En revanche, lâchez-vous sur le prisuttu, la coppa, le lonzu, et le fameux figatellu (vous surveillerez votre cholestérol à votre retour). En période estivale, en raison de la forte demande, ces délices au parfum d’Italie ne sont pas toujours de fabrication 100% artisanale. Prenez donc le temps de jeter un œil sur leurs étiquettes pour vérifier leur provenance.

Côté viande, là aussi vous serez servi. Accompagnez votre « veau corse », ou votre ragoût de porc avec de la pulentta et un bon vin rouge de Patrimonio. Pour les fans de la mode au « sans gluten », la Corse sera votre paradis ! Le châtaigner, dit « l’arbre à pain », et sa farine sont utilisés en cuisine par les Corses depuis la nuit des temps. Comme il faut toujours finir son repas par un bon petit digestif, quoi de mieux que de se réchauffer la panse avec un – ou plusieurs – verre de liqueur de myrte !

Aller au « villaaage »
Règle numéro un : attention à ce que vous dites, dans un village les murs ont des oreilles
Règle numéro deux : les femmes sont aux fourneaux, les hommes à la pétanque

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En grimpant dans les hauteurs du Cap Corse, vous aurez une vue imprenable sur ses montages, ses villages et ses plages de galets. Côté est, quand le temps est clément, les côtes italiennes et l’île d’Elbe pointent leur nez.

« Tu étais où ? », « j’étais au villaaage ». Cette phrase pend à la bouche de TOUS les locaux. Au début, je me demandais quel pouvait bien être ce fameux villaaage où s’entassaient tous ces gens et qu’il devait être bien grand pour accueillir tant de monde ! Chacun parle en réalité de SON village. Son fief. Et Dieu sait s’il y en a ! Erbalunga, Borgo, Furiani, Nonza, Canari, Rogliano, Sisco… la liste est longue. Tous aussi charmants les uns que les autres, ils sont perchés sur la montagne et surplombent la mer. De vrais bijoux.

Après en avoir visité quelques-uns, je comprends mieux pourquoi il est si bon, pour les locaux travaillant en ville durant l’année, de se retrouver entre amis ou en famille dans leur bourg natal. L’attachement des Corses à ces petits patelins est viscéral. Si vous aussi vous voulez passer un peu de temps à flâner dans leurs étroites ruelles en pierres, préparez-vous à être coupé du monde. Ok, j’exagère un peu. Il n’empêche qu’on n’y capte que dalle ! Et que bien souvent, les seuls commerces du coin sont une épicerie et un bar qui se battent en duel sur la place centrale.

Quoi qu’il en soit, ces hameaux au toit de lauze sont de véritables petits havres de paix. Même si, méfiance. Sous leurs airs paisibles, ils referment dans leurs murs mille et un secrets. Le long des routes qui vous y conduisent, à moité cachés par le maquis, d’imposants tombeaux pointent leur nez. Eux, doivent les connaître ces histoires de familles, ces cachotteries et ces magouilles mafieuses qui hantent l’âme des villages. Les anciens vous conteront à coup sûr des anecdotes des plus croustillantes, mais ils ne s’aventureront pas à vous parler de ces fameux parrains dont les ombres rôdent encore dans les alentours…

Ah oui ! Et, si vous avez l’occasion, n’oubliez pas d’assister à un match de foot : du grand spectacle ! Attention, si vous êtes originaire de la région du camp adversaire, n’oubliez JAMAIS que vous jouez à domicile. Une seule règle d’or à respecter : ne pas divulguer son identité. Au risque de terminer son séjour à l’hosto…

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Près de Bastia, le stade de Furiani lors d’un match du SCB contre le PSG.

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