Les Russes sont tarés. C’est un fait génétiquement établi, et YouTube déborde de preuves que quelque chose a majestueusement foiré dans leur évolution. Selon Darwin, ils devraient manger leurs nouveau-nés à la naissance. Au lieu de ça, ils les élèvent et parfois leur foutent une caméra entre les paluches.

La dernière bavure sur grand écran est une tentative de réaliser un long-métrage à la GoPro. Un projet ancré du début à la fin à travers le point de vue du héros, ou P.O.V. pour Point Of View comme on le dit dans la langue de Jay Z et dans le porno. Un succès ? Un navet ? Suspense !

Spoiler : navet. Définitivement. Mais l’expérience reste enrichissante, profitons-en pour disséquer l’étron.

Comment rendre intéressant un plan séquence de 96 minutes sans lasser le spectateur ? Facile : on lance le tiercé gagnant baston-sang-boobs. Si vous veniez chercher une pépite cinématographique, c’est rapé. On est chez les Michael Bay déboîtés à la vodka frelatée, pas chez Godard.

Le scénario tient sur une feuille de PQ arrachée au fond des pissotières d’un rave moscovite : les méchants ont enlevé la femme d’Henry, un mec robotiquement amélioré et sans souvenir. Celui-ci va les retrouver pour leur péter la margoulette. C’est maigre.

Histoire d’une bonne idée

Aux origines du projet se ballade un jeune cinéaste russe : Ilya Naishuller. En 2013, il réalise le clip « Bad Motherfucker » des Biting Elbows, un court-métrage intense et agréablement bien maîtrisé. Le producteur Timur Bekmambetov (je parie mon foie que vous aurez oublié son nom avant la fin de l’article) y voit le potentiel d’un long-métrage. Bien mal lui en prit.

Le film se fera tout de même bien remarquer au festival international du film de Toronto. Une bonne nouvelle pour l’équipe, qui en profite pour le fourguer pour la coquette somme de dix millions de dollars et le voir distribuer à travers le monde.

Réalisation d’un étron

D’excellentes idées de réalisation surgissent par à-coup. Et vas-y que je saute d’un immeuble en emportant le spectateur dans ma chute. Viens là qu’on soit pris au milieu d’une explosion. Les courses-poursuites en extérieur sont superbes et certaines astuces de réalisation – et en particulier les sauts sans cut depuis le haut des immeubles – tapent agréablement la rétine.

Mais comme le dirait papi Chirac, « z’êtes mignons mais ça pisse pas bien loin vos saloperies ». La shaky cam permanente (un effet de mouvement équivalent à filer sa caméra dans la poigne parkinsonnienne de grand-tonton) rend trop souvent flous les moments d’action intense dans les décors les plus étroits. On se sent promener sans pouvoir prendre conscience de l’environnement autour d’Henry. Ces atours de jeu vidéo, sans la possibilité de manier soi-même son personnage, peuvent devenir frustrant pour le gamer patenté. Surtout quand on met en concurrence les scénarios de plus en plus travaillés des franchises de jeux vidéo, face auxquels Hardcore Henry fait office de cousin boiteux. 

Alors plus d’une heure de shoot’them up quasi ininterrompu, ça lasse les pupilles. Les possibilités de la GoPro s’épuisent rapidement, et quelques bons plans ne font pas un film. Surtout quand on constate la pauvreté du climax et les dernières scènes d’action sous anxiolytiques. Malheureusement, ce ne sont pas les quelques acteurs foireux qui vont sauver la mise.

Une galerie de personnages faméliques

L’un des bons arguments pour regarder ce film est la présence de Tim Roth. Pour tout vous dire, c’est l’élément déclencheur de notre visionnage. On nous a bien baisé : chrono en main, il apparaît 18 secondes. Le temps de choper son cachet et de foutre le camp fissa.

Henry est d’une vacuité rare, de celles qu’on ne retrouve qu’au sein de la discographie de Cindy Sander. Sans mémoire et muet – ses implants vocaux ayant foiré leur mise à jour – il vaque d’une baston à l’autre en distribuant marrons et plombs. Son rôle est purement fonctionnel : on ressent le même attachement émotionnel pour lui que pour un ramasseur de balles au tennis.

La femme d’Henry et l’antagoniste principal sont des caricatures infectes. Leurs passages devant la caméra est une souffrance pour l’histoire du cinéma. Surjoués, sans fond, ils cumulent toutes les tares possibles. Lui n’affiche que sa facette « AGROU je suis le méchant avec un plan démoniaque je vais contrôler le monde et être le plus puissant des blaireaux » en roulant fort des pupilles. Elle ne s’en sort pas mieux et n’a visiblement été recrutée que pour se complaire dans un rôle de potiche aux relents de « sauvez-moi parce que je suis bonne ». C’est d’une tristesse infinie et un mollard à la gueule d’Eisenstein.

Seul Sharlto Copley (District 9, Elysium) sauve sa peau en multipliant ses personnalités au travers d’androïdes qui le dédoublent. Punk-anar un instant, soldat de sa majesté le suivant, il se débat comme un salopard pour offrir une belle performance et conserver les spectateurs qui ne se sont pas encore barrés.

Voilà, le tour des personnages est fini. Ils sont cinq si on fait preuve de pitié, deux et demi si on joue les fils de catin. Les autres ne passent devant l’écran que pour mourir ou interpréter un figurant aux yeux exorbités.

Un passage forcé par les bas-fonds gore des nanards d’action

Une bonne idée de réalisation ne fait pas toujours un bon film. Si esthétiquement, il n’est pas facile de cracher dans la soupe, la vacuité du film cause sa perte.  Mais l’essai permet d’évaluer les capacités d’un tel projet et de poser des jalons salvateurs pour les prochains cinéastes qui tenteront l’expérience. 

Regardez Avatar de James Cameron, une bonne bifle graphique doublée d’un scénario pas trop mal foutu, juste pour faire joujou avec l’outil parfois utile qu’est la 3D. Et pourtant, la trame est calquée sur l’histoire des indiens d’Amérique, c’est dire s’il ne s’est pas foulé. Si le fond de Hardcore Henry s’était accordé avec la forme, le long-métrage aurait pu être un moment agréable. Échec, c’est un passage forcé par les bas-fonds gore des nanards d’action.