La fête du cochon avait été lancée par le maire FN Fabien Engelmann lors de son élection en 2014. Pourtant cette année pour la quatrième édition la mairie tient à le préciser : tout est bon dans le cochon… sauf la politique.

«C’est juste une fête de village» affirme Gérard. Il est simplement venu boire un verre et «pour écouter la philharmonique d’Hayange» avec un ami. Lui est venu voir sa fille jouer au sein de l’orchestre et ajoute aussitôt que «ça s’arrête là». Isabelle quant à elle est venue de Knutange, elle fait la queue avec son mari pour acheter une «assiette de porcelet avec des pommes de terre rôties». C’est une habituée de l’événement, le cochon étant pour elle une «tradition qu’il faut mettre en valeur» et qui permet à tout le monde de se retrouver dans une ambiance conviviale.

Si l’ambiance est bon enfant elle est tout de même encadrée par un imposant dispositif de sécurité. Deux agents passent les visiteurs au détecteur de métaux tandis qu’un troisième tente de maîtriser son chien, visiblement excité par l’odeur de porc grillé.

À l’intérieur du périmètre des centaines de personnes de tous âges dégustent de la charcuterie et du pâté lorrain. D’autres se trémoussent sur la piste de danse devant laquelle l’orchestre tape le bœuf.

«Nos traditions d’abord»

Une ambiance qui ne convenait apparemment pas à Caroline Loeb, Eve Angeli, Enzo Enzo et Ana Ka. Les Forbans sont venus les remplacer après que les musiciens aient annulé leur venue, ne souhaitant pas être assimilés à un événement qu’ils jugent bien «politique». Le maire Fabien Engelmann est notamment accusé d’utiliser le cochon comme symbole nationaliste et islamophobe. La veille il avait d’ailleurs apporté son soutien au site Riposte Laïque qui fêtait ses dix ans et qui prône le « principe de précaution : pas d’islam en France ni en Europe ». En 2010 les fondateurs de ce site, dont plusieurs ont déjà été condamnés pour incitation à la haine raciale, avait eux-mêmes déjà organisé un apéro saucisson-pinard.

Pourtant, Loïc, accompagné de sa femme et de ses enfants estime qu’il s’agit simplement d’une fête comme une autre : «Ça pourrait aussi bien être la fête de l’autruche, de la poule ou du lapin». Il l’assure, le cochon n’a rien d’un symbole idéologique. Isabelle préfère se concentrer sur son porcelet «parce qu’après on rentre dans des amalgames et on ne s’en sort plus.»

Il fallait parfois 30 min d'attente pour obtenir sa part de cochon - Crédit photo : Lucas Hueber

Il fallait parfois 30 min d’attente pour obtenir sa part de cochon – Crédit photo : Lucas Hueber

Le slogan qui trône en grand au pied de la scène et sur l’affiche, «Nos traditions d’abord !» semble pourtant assez peu consensuel. Mais Jonathan Champion, le directeur de la communication de la ville de Hayange insiste. Pour lui, ces histoires de racisme, c’est une invention de l’opposition «qui n’a rien fait en 17 ans et qui a fait monter ça pour le plus grand plaisir des journalistes parisiens». Il répète à l’envie qu’il s’agit simplement d’organiser une fête de village dans la plus pure tradition des bals populaires d’antan. Et si on ne mange pas de cochon ? «Monsieur le Maire est végétarien. Et pourtant il vient ici et il mange très bien !»

Malgré tout on ne peut s’empêcher de remarquer quelques curiosités entre deux côtelettes : quelques visiteurs arborent des croix celtiques ou même des tee-shirts de la campagne de Donald Trump qui donnent tout de suite une autre saveur à cet innocent cochon. Yann et sa famille semblent d’ailleurs sortis tout droit de la série Vikings. Il exhibe fièrement ses tatouages celtiques et son treillis militaire.

Cochon noir ou cochon blanc

Et contrairement à la plupart des autres visiteurs, il assume pleinement. Pour lui, cette fête est évidemment le réceptacle d’une idéologie, à laquelle il adhère, et qu’il résume en trois mots : «La France aux français !». Selon lui, une certaine tradition du cochon serait menacée : «La preuve : elle a été arrêtée pendant un bout de temps. Là ils l’ont remis en place et je trouve ça bien».

Jonathan Champion, directeur de la communication de la mairie d'Hayange - crédits photo : Lucas Hueber

Jonathan Champion, directeur de la communication de la mairie d’Hayange – crédits photo : Lucas Hueber

Le communicant de la mairie semble gêné lorsqu’on lui en parle : «Je ne suis pas dans la tête des gens» s’excuse-t-il. «Nous ne sommes pas sectaires, on ne demande pas aux gens de nous préciser leurs opinions politiques à l’entrée. Cela n’engage qu’eux». Et il le répète une dernière fois, au cas où : «Il n’y a aucun but politique et idéologique, c’est simplement une fête de rassemblement». Fabien Engelmann et son entourage auraient ainsi pu s’approprier le proverbe suivant s’il n’avait pas été turc : «Cochon noir ou cochon blanc, c’est toujours cochon».

Du moins c’est l’impression qui prédominait jusqu’au discours du maire en fin d’après-midi. Un discours très politique. Fabien Engelmann a beau être végétarien (tout comme les militants anti-spécistes venus perturber la fête) il mord et s’attaque pèle-mêle au voile islamique et à la «pensée unique des bobos». Et il déclare, à rebours de son propre chargé de communication, que cette fête se fait autour «du lien qui nous rassemble : la nation, son identité et ses traditions». Les amateurs de cochon qui assuraient ne pas se préoccuper de politique applaudissent.

Lucas Hueber est sur Flickr

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