La pop kurde se balade en jupon armé. Arborant une crinière rousse du haut de ses 26 ans, Helly Luv a tourné son dernier clip près de Mossoul, à deux kilomètres des combats entre les combattants kurdes peshmergas et les forces de l’État Islamique.

La guerre, Helena Abdulla alias Helly Luv connaît bien, elle y est née. Fille d’une peshmerga engagée dans la guerre du Golfe, elle a fui le conflit avec sa famille en Finlande où la bière est chère, mais les balles plus rares. Elle y a fait ses gammes avant d’aller traîner ses cordes vocales du côté de Los Angeles pour se faire remarquer, en 2006, par un producteur de disques. En 2013, elle sort son premier single « Risk it All » qui marquera son engagement auprès de ses racines en défendant l’indépendance du Kurdistan dans la langue de 2Pac.

« Revolution », son dernier clip, met en scène les combats à la frontière syrienne. Ici, les civils victimes de la guerre, les soldats engagés dans le combat et le tank mis à sa disposition n’ont rien de figurants hollywoodiens mais sont bel et bien issus du cru. Helly Luv y apparaît en tenue de combattante peshmerga, défiant l’État Islamique le poing levé. Les images sont fortes, loin des clips aseptisés habituels. C’est du concret, de vrais gens luttant au quotidien pour leur survie. Les bâtiments détruits par les obus ainsi que les voitures explosées ne relèvent pas de la mise en scène, mais des combats récents. Le tournage du clip a duré trois mois, certaines journées ayant été écourtées par les attaques des troupes de l’EI, stationnant à quelques kilomètres.

Après la diffusion de son clip, la chanteuse a reçu des menaces de différents groupes islamistes, dont Daech. Les fous de Dieu n’aiment pas être titillés par des sons stridents sortant de lèvres aussi charnues qu’inconnues. Ils ne savent pas ce qu’ils loupent. Ce ne sont pas les premières fulminations d’extrémistes : après « Risk it All », la chanteuse s’était déjà faite sommer d’aller se faire lapider ailleurs.

Certains Kurdes eux-mêmes ne se sentent pas représentés par sa musique, voire la soupçonnent de se faire de l’argent sur leur dos. Pourtant, elle parcourt les routes du Kurdistan et du nord de l’Irak sous une protection renforcée, instrument utile de la propagande kurde contre Daech, pour aller à la rencontre des troupes affrontant l’État Islamique et remonter le moral des civils restés sur place.

La démarche de la jeune Kurde est sincère et engagée. Elle offre un vent rafraîchissant dans le milieu qu’est la pop. Sans esquisser l’ombre d’un téton, a contrario de ses alter ego musicaux, la diva guerrière use de l’autotune de sa voix pour faire valoir un « Chant des partisans » à la kurde dans un but noble. Ou, comme elle dit : « Mon arme n’est pas un fusil, c’est ma voix et ma musique. Elles peuvent porter mon message à des milliers de gens. »