Avec près de 300 millions de personnes l’utilisant quotidiennement, Instagram prend progressivement sa place parmi les réseaux sociaux les plus utilisés : Facebook, Twitter et Youtube. Initialement conçu pour le partage de photographies, il est devenu le centre d’intérêt de nombreuses marques et médias. Histoire d’une plateforme originale qui rapportera près de 3,2 milliards de dollars en 2016 à Facebook qui l’a racheté en avril 2012.

Interrogé par le magazine Elle, Kevin Systrom, fondateur d’Instagram, explique avoir créé le réseau social à l’âge de 26 ans, pour le vendre dix-huit mois plus tard à Facebook au maigre prix d’un milliard de dollars. Conçue uniquement pour le mobile, l’application fut l’une des premières à prophétiser l’ère du smartphone comme outil majeur d’information et de connectivité. « Un soir, j’ai pressé le bouton, et le monde n’a plus jamais été le même. Jamais je n’ai vu quelque chose marcher aussi instantanément » se souvient Kevin Systrom. En une semaine l’application comptabilise 200 000 utilisateurs, en un an près de 13 millions. Contrairement aux centaines de réseaux sociaux qui meurent dans l’œuf chaque année, Instagram est une vraie réussite.

70 millions de clichés publiés quotidiennement : entre voyeurisme et culte de la personnalité

« Je poste beaucoup de photos de mon chien » avoue Kevin Systrom à Elle magazine. Des photos personnelles d’animaux de compagnie, d’enfants, de vêtements, de voyages, de nourriture, d’objets de design. Des clichés qui envahissent la toile : 70 millions publiés quotidiennement par les utilisateurs de ce réseau social. Le but ? Obtenir le plus de likes et de followers pour les Instagramers les plus célèbres. Sinon, partager son quotidien ou sa passion avec des millions d’utilisateurs. Depuis la dernière mise à jour il est possible de publier à la fois des clichés, mais aussi des vidéos et des mini-clip via l’application « Boomerang ». La vidéo très courte semble se répéter des centaines de fois, interrompant et recommençant sans cesse l’action lancée par le protagoniste.

Plus qu’une envie de se montrer, c’est pour la plupart des utilisateurs, une manière d’entretenir un jardin secret semi-public dans lequel s’affichent les plus beaux moments de leur vie. De nombreux services se sont greffés à l’application, comme la possibilité d’imprimer ses photos en format polaroids. Un acte pas si anodin qui est le signe de l’implication de ses internautes. Avec la possibilité de taguer des amis, de leur envoyer par message privé un cliché, l’application Instagram s’est transformée en lieu d’échange et de rencontre, un vecteur d’information plus que de divertissement parfois.

ce que partagent les instagrameurs
 

S’informer. Si le terme n’a pas encore été utilisé jusque-là, c’est notamment à cause de la réputation de divertissement qui colle à la peau de ce réseau social. Pourtant, de nombreux reporters et journalistes se servent aujourd’hui d’Instagram pour collecter des données. Pas que pour la presse people qui se nourrit abondamment du profil de Kim Kardashian. Instagram est devenu une vitrine pour de nombreux artistes et producteurs, notamment pour les créateurs de séries ou de films. Sur chacun de leurs comptes Instagram il est possible de suivre l’enregistrement d’albums, d’accéder à des extraits inédits d’une websérie, de voir le back-stage du tournage de chacun des épisodes de Vikings ou de Westworld. En plus de livrer des informations inédites et personnelles, dont raffolent la plupart des médias, ces profils, de plus en plus nombreux, sont un moyen de construire un lien de proximité avec leur communauté.

L’actrice principale de la série Vikings poste régulièrement des photos making-off 

Des moments habituellement secrets et intimes que vivent les acteurs/actrices sont mis en ligne. Ils parviennent à fidéliser le lectorat et attirer ceux qui n’étaient, au premier regard, pas intéressés. Le lien qui se crée entre l’internaute et l’instagrammer est alors une relation de voyeurisme plutôt assumée qui permet de construire des dialogues intéressants et de susciter la curiosité. En entrant dans l’intimité d’une célébrité elle échange son aura mystique contre une proximité et une confidence inégalée avec ses admirateurs. La barrière de la notoriété semble s’affiner, mais elle conserve ses galions dorés en offrant davantage aux personnalités les moyens de briller par leurs tenues, leurs soirées ou leurs propos sur ce genre de réseaux. Une sorte de culte de la personnalité, nourri par des « égoportraits » intimes qui ne devraient, parfois, ne pas sortir de leur téléphone. Proximité, d’accord, mais avec toujours une once de rêve et de narcissisme qui creuse la différence entre les utilisateurs « normaux » et les autres.

Instagram, vecteur d’idées

Autour de sublimes clichés qu’il est toujours possible de modifier via les innombrables filtres proposés par le réseau social, les langues se délient. Certaines actrices comme Emma Watson se servent de cette plateforme pour sans cesse relancer le dialogue sur le combat féministe. Elle encourage dans sa légende les utilisateurs à commenter, partager et liker ses clichés pour toucher le plus grand nombre. De nombreuses associations comme ELA  utilisent Instagram comme vecteur d’information et de sensibilisation. Le taux d’implication sur cette plateforme est 58 fois plus élevé que sur Facebook, et 120 fois plus que sur Twitter. Lors de sa virée quotidienne sur Instagram, l’utilisateur n’a pas le même comportement que sur les différents réseaux sociaux. Il prend le temps de lire et de comprendre les publications, n’a pas le like frénétique et s’attarde longuement sur ce qui lui paraît intéressant. C’est l’un des atouts de cette plateforme, la manière dont elle engage ses utilisateurs. Cet engagement n’a cessé de s’accroître : il a même quadruplé, subissant une hausse de près de 416% en deux ans.

Un atout qui attire sur le réseau les personnalités et les associations les plus impliquées dans des causes humanitaires que ce soit pour parler d’écologie, de médecine, de recherche, de prévention, de féminisme, de droit des enfants, etc… Leurs publications ont souvent beaucoup plus d’impact que sur Facebook. La légende leur permet d’être plus claires sur leur intention, elle est bien plus développée que sur Twitter, mais sera bien moins diffusée.

Les photos génèrent 36% plus de mentions J’aime que les vidéos

4,2 milliards de likes sont comptabilisés chaque jour sur Instagram, un peu moins que sur Facebook (4,5 milliards). Mais étonnamment ce ne sont pas du tout le même genre de publications qui fonctionnent le mieux sur l’un ou l’autre des réseaux sociaux. Alors que la grande majorité de ces plateformes ont parié sur la vidéo, que ce soit Snapchat Facebook ou Twitter, ce sont toujours les photographies qui ont le plus de succès sur Instagram. Comme l’explique Kevin Systrom, fondateur d’Instagram, à Elle Magazine, « les êtres humains communiquent plus visuellement que verbalement ». Actuellement, les photographies génèrent 36% plus de mentions J’aime que les vidéos sur le réseau social. Et parmi celles qui fonctionnent le plus : les publications identifiées dans un lieu en particulier (79% d’engagement en plus), les clichés comportant des visages (38% d’engagement supplémentaire) ou l’insertion du nom d’autres utilisateurs dans leur légende (56% d’engagement en plus). Tout comme sur Twitter, il est possible et même recommandé d’attacher à ses photos des hashtags en plus des mentions, pour impliquer 12,6% d’utilisateurs en plus.

Des techniques qui ressemblent vivement à celles utilisées dans tous les réseaux sociaux et qui permettent aux utilisateurs, dont le compte est public, d’attirer des visiteurs auxquels ils n’auraient pas accès normalement. Les hashtags recensant toutes les photographies ou vidéos prises sur un thème permettent de créer des communautés plus ou moins étendues et s’inscrivent dans une sorte de fil d’actualité classant les publications des plus récentes aux plus anciennes. Idéal pour partager des passions communes et s’informer sur un sujet qui nous intéresse. Les marques ont donc été les premières à se servir d’Instagram à des fins marketing, surtout depuis que le réseau social a instroduit des panneaux sponsorisés dans le fil d’actualité de l’internaute et crée un profil business. 90% des 100 plus grandes marques du classement Interbrand sont présentes sur Instagram et publient jusqu’à 20 publications par mois.

Aujourd’hui, feinter Instagram serait presque une faute professionnelle. D’abord parce que l’application esthétique et ergonomique est le rendez-vous d’artistes, de journalistes et de médias qui enrichissent au quotidien leur profil de sublimes clichés. Mais aussi parce qu’il est complémentaire à Facebook, Twitter ou Snapchat. C’est un tout autre public, assez jeune mais pas tant (35% ont entre 25 et 34 ans ; 17% entre 35 et 44 ans ; 8% ont 45 ans et plus), qui prend le temps d’analyser ce qu’il va lire, voir et découvrir. Le dicton populaire « une image vaut mieux qu’un long discours » s’applique entièrement à cette application qui a fait le pari de la photographie et du mobile. Un pari risqué, mais qui montre la détermination de ce réseau à se tourner définitivement vers l’avenir.

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