Rencontre avec Odezenne, ovni dans le paysage musical français. Je ne vous dirais pas qu’il s’agit d’un mélange de rap, de slam, de pop et de rock, car les membres (Alix, Mattia, et Jacques) détestent qu’une étiquette soit mise sur leur musique ; je vous invite plutôt à découvrir les réponses d’Alix concernant leur prochain album, sa vision de l’art, et les solutions pour organiser des concerts sans passer par des tourneurs.

OpenBar : Après l’EP Rien en 2014, vous vous apprêtez à sortir dans deux semaines (13/11/2015) un nouvel album, Dolziger Str.2. Que signifie ce nom ?

Odezenne (Alix) : Il s’agit de l’adresse de l’appartement dans lequel nous avons habité tous ensemble pendant 7 mois, à Berlin. Tous les morceaux de l’album ont été écrits et pensés là-bas, alors quand nous sommes revenus en France pour les enregistrer, en repensant à tout ce qu’on y avait vécu, le titre de cet album nous a semblé une évidence.  

On peut dire que vous êtes un groupe dont le style est assez difficile à définir, est-ce que vous avez quand même une direction musicale à suivre sur cet album ?

Tu sais on fait ce qu’on peut, ce qui nous vient à l’esprit, on ne se dit pas forcément à l’avance qu’on doit faire tel ou tel type de son. Mais notre volonté sur ce nouvel album c’était de faire quelque chose de mélodique, et de simple, d’atteindre le fondement des choses, par exemple en utilisant moins de formules alambiquées.

La date de sortie (vendredi 13) ne vous fait pas peur ?

(Rires) Non au contraire, on adore ce genre de choses, par exemple il parait qu’être habillé en vert sur scène porte malheur, et je porte toujours quelque chose de vert sur moi, au moins les chaussettes. Par contre, c’est une date qu’on attend impatiemment, parce qu’on a beaucoup travaillé sur cet album et qu’on espère qu’il va plaire.

Vous avez toujours refusé d’être catalogué comme un groupe de rap. Est-ce que pour vous la catégorisation en différents genres musicaux ne devrait pas exister, ou est-ce qu’elle est malgré tout nécessaire mais vous n’y trouvez pas votre place ?

Non pour moi l’enfermement dans une case est quelque chose de néfaste. Quand on dit à quelqu’un d’écouter un morceau en lui disant « c’est du rap » ou « c’est du rock », on conditionne son écoute, il va déjà s’attendre à quelque chose. Mais de plus en plus les frontières entre les genres disparaissent. Je pense qu’il vaut mieux laisser les gens écouter par eux-mêmes, et se faire leur propre avis.

Ce qui relie tous vos morceaux, c’est le fait qu’ils soient tous en français. Est-ce que vous vous verriez chanter dans une autre langue, ou faire des morceaux sans paroles ?

On écrit les paroles en français tout simplement parce que c’est la langue dans laquelle on s’exprime le mieux, mais aussi parce que c’est une belle langue, qu’on adore explorer et on essaie de mélanger ses sonorités. On a sur certains morceaux des gimmicks en anglais, comme le « Bitch, motherfucker » sur Rien, mais on ne parle pas assez bien pour envisager de faire des morceaux complets dans une autre langue que le français. Mais sur le prochain album, on s’est essayé à un morceau sans paroles, uniquement instrumental.

Vous vous apprêtez à sortir un clip ce soir. Vous vous êtes déjà illustrés sur plusieurs clips, que ce soit celui de « Je veux te baiser », qui a beaucoup fait parler de lui, ou celui de « Bouche à lèvres » sorti le mois dernier. C’est important pour vous d’avoir une approche visuelle en plus de l’audio ?

Ce n’est pas forcément quelque chose de nécessaire, mais nous sommes devenus amis avec deux réalisateurs, Romain Winkler qui a fait le clip de Je veux te baiser, et Vladimir Mavounia Kouka qui a réalisé Bouche à lèvres, qui a pris plus de huit mois de travail ; ce sont tous les deux des réalisateurs très talentueux, et on adore travailler avec eux parce que leurs visuels sont simplement exceptionnels.

Est-ce qu’en plus de la musique, vous êtes attirés par d’autres formes d’art ?

Oui on aime beaucoup la littérature, la poésie… Je projette aussi de réaliser moi-même les prochains clips du groupe. Mais je pense que tout ça c’est un peu la même chose, la forme change, mais ça reste des moyens de s’exprimer, qui ont des liens les uns avec les autres.

J’ai vu que vous aviez lancé il y a quelques années « Odezenne à la demande », pour que ce soit vos fans qui choisissent vos villes de passage pour les concerts. Ça marche bien ?

On a eu cette idée en 2011, à une époque où on avait du mal à trouver des concerts, où les salles ne nous acceptaient pas toujours et les promoteurs n’y croyaient pas. On a donc trouvé cette solution, qui a super bien marché puisqu’elle nous a permis de jouer un peu partout en France. Aujourd’hui on n’est plus confronté à ce problème, on a un peu plus de « poids ». Mais si de nouveaux problèmes surgissent, et il y en aura forcément, on essaiera de s’adapter, comme on l’a fait avec ce système.

On se quitte avec le dernier clip d’Odezenne, Vilaine, sorti hier soir !

Retrouvez Odezenne en concert à Rouen le 18 novembre au 106, et partout en France par ici !