10% de femmes dans la fonction publique, c’est le nouveau quota imposé par le gouvernement iranien depuis fin septembre. Objectif : « protéger » les jeunes garçons et, surtout, réduire un peu plus les libertés des Iraniennes.

En Iran, un acquis n’est jamais vraiment acquis. Surtout quand on est une femme voulant travailler dans la fonction publique. Les Iraniennes l’ont une nouvelle fois appris à leurs dépens le 18 septembre dernier. Alors qu’elles participaient à l’examen d’entrée au ministère de l’Education, elles ont cru à une mauvaise blague. Sur les 3 703 postes d’enseignant à pourvoir, seulement 10% étaient destinés aux femmes. Les autres postes étaient tout bonnement réservés aux hommes, qu’ils aient réussi ou non l’examen.

« Ils veulent 100 professeurs d’anglais, 98 plus exactement, et seulement 7 femmes seront recrutées. Aussi, quels que soient mes résultats à cet examen, je n’aurai qu’une chance sur cent d’être acceptée », déplore Forough sur le site américain Al-Monitor. La discrimination est d’autant plus notable à Téhéran, la capitale iranienne : seulement 6 femmes ont pu obtenir un des 190 postes vacants. Une première, dans un pays où la majorité des enseignants sont des femmes.

« Un comportement de jeune fille »

Avec ce nouveau quota, instauré dans le plus grand secret, le gouvernement du président de la République islamique Hassan Rohani, plus modéré que son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, voulait ainsi remédier à l’une de ses « préoccupations » : l’enseignement serait un peu trop « féminisé » à son goût. Exit les femmes et priorité aux hommes, un revirement politique radical pour « protéger » les jeunes garçons.

D’après le gouvernement iranien, avoir des enseignantes dans les écoles développerait chez les jeunes garçons « un comportement féminin et de jeune fille ». Non pas que l’Iran ait peur de voir proliférer une nouvelle vague de transsexuels – les individus transgenres sont officiellement reconnus par le gouvernement depuis la révolution de 1979. Les hommes ne semblent pas, non plus, être plus légitimes que les femmes à exercer dans la fonction publique.

Rétrograder les libertés des femmes

Historiquement, les Iraniennes ont toujours massivement occupé les postes de la sphère éducative. « La plupart des enseignants des écoles élémentaires de garçons, en particulier pour les trois premières années, sont des femmes », rappelle ainsi Shirzad Abdollahi, expert en éducation à Téhéran, dans Al-Monitor. Dans les universités, 60% des étudiants sont d’ailleurs des femmes. Des chiffres qui rendent difficilement crédible l’objectif avancé par le gouvernement, censé préserver une certaine virilité masculine.

Affaiblir les libertés des Iraniennes, tel semble bien être le but latent du gouvernement. Les premières parcelles de ce virage politique ont été visibles en août dernier, avec le licenciement de 47 000 femmes. Le motif : elles seraient plus coûteuses que les hommes pendant leur congé maternité. Leurs salaires sont pourtant plus faibles que ceux des Iraniens. Un point que semble avoir oublié le gouvernement iranien, qui n’a toujours pas ratifié la Convention internationale contre la discrimination des femmes.

Alors peu importe que 40% des diplômées soient actuellement au chômage. Ni que ce soit un taux record. Car en imposant des quotas en fonction des genres, la bonne nouvelle, c’est que les jeunes garçons ne joueront pas à la Barbie.

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