Son horizon majestueux, sa couche de pollution, le bruit de ses embouteillages, la voix des müezzins… Le nuage ambiant emprunt de nicotine ne trompe pas, dès la sortie de l’aéroport, vous savez que vous vous trouvez dans la mégalopole turque.

Riche de son passé byzantin et ottoman, la ville aux dizaines de millions d’habitants ne ferme jamais l’œil. Bien que le choix soit rarement vôtre, il fait bon s’y perdre, flâner dans les rues escarpées et jouer au tavla tout en enchaînant quelques çay entouré de vieux moustachus.
La petite difficulté du coin : ce n’est pas UN coin, mais une dizaine de quartiers, bien différents les uns des autres, dispatchés en Europe et en Asie. Poser son sac pour quelques jours ou vivre sur place est un exercice quotidien, apporté naturellement par sept grosses collines. En bref, il y en a pour tous les goûts et seul un octogénaire obèse pourrait trouver quelque chose à y redire.

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« Mon fils, regarde tout ce qu’on peut faire à Istanbul ! » Scène admirée à la Mosquée Bleue depuis la section touristes.

Comment être un bon touriste, mais pas trop ?

Commençons par le commencement : les incontournables Bazar aux épices, Mosquée Bleue, Sainte Sophie, le Palais Topkapı et le Grand Bazar. Voilà, vous avez fait le minimum syndical pour une visite éclair à İstanbul.
Et après, quoi ? Moins réputée, la Citerne Basilique vaut le détour, avec ses poissons bien nourris qui nagent gaiement sous vos pieds. Le tout dans une ambiance un peu glauque mais dont la fraîcheur est indispensable si vous pensiez pouvoir survivre aux bains de touristes asiatiques et êtes sur place en été.

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Près du Grand Bazar.

Vous pouvez aussi tenter une petite sieste alla turka dans le parc Gülhane où personne ne viendra vous embêter, dans le pire des cas pour vous proposer un thé à la pomme. La petite Sainte-Sophie un peu plus loin (de l’autre côté), une mosquée bien mignonne, possède un magnifique jardinet où vous pourrez également vous relaxer autour d’un bon thé (oui, encore). Avec un peu de chance le gardien des lieux sera présent et vous pourrez taper la discut’ tranquillement, assis sur la moquette, pendant qu’il fera semblant de ne pas fumer à l’intérieur d’un lieu sacré.

Moins connus, un peu secrets mais pas trop, des bons plans gratuits parce qu’être un touriste, ça coûte cher :
1. Après une soirée bien arrosée à Taksim (Arsen Lüpen, Araf, Papilion…), disons vers 2 – 3 heures du matin, prenez votre courage à deux mains (ou un taxi), coincez deux-trois moules fourrées au riz sous votre bras et promenez-vous dans une ville quasi-vide en direction de la fameuse Mosquée Bleue. Une fois arrivé, vous trouverez une horde de chiens errants super sympas qui vous suivront partout et vous feront plein de câlins. Vous trouverez aussi accessoirement la porte de la cour de la Mosquée grande ouverte, vous ne vous gênerez donc pas pour pénétrer dans ce sanctuaire et vous asseoir (voire cuver un peu votre vin) sur le marbre de la cour intérieure. Petit aperçu rapide : vous êtes seuls ou presque en pleine nuit à la Mosquée Bleue, avec un peu de patience vous entendrez la première prière résonner entre les arches avec vos nouveaux copains poilus et pleins de puces. Petit plus : s’il ne fait pas trop mauvais, vous avez à la minute près le temps de vous rendre au pont de Galata à la fin de l’appel à la prière et d’admirer le soleil se lever sur l’Europe ET l’Asie. De toutes les façons, il est trop tôt pour rentrer en bus ou en tramway, donc profitez de votre nuit jusqu’à sa fin !
2. Plutôt que de payer l’entrée 15 liras (environ 5 euros dans les bons jours de l’U.E. / les mauvais de la Turquie*) pour un panorama sympa en haut d’une grosse tour en pierre (cf Galata), montez sur les toits d’un immeuble près du Grand Bazar pour admirer la Corne d’Or, l’Europe et l’Asie. Petit bonus : vous aurez l’occasion de faire la queue pour grimper élégamment sur un dôme et faire une série de photos bien clichées, le temps d’admirer les poses que certains peuvent prendre.
Ci-dessous : un touriste turc qui a trouvé un chat et a décidé de se rouler sur le dôme en lui faisant des câlins, c’était pas creepy du tout.
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Côté asiatique, moins touristique et majoritairement fréquenté par les locaux un peu bobos, le quartier d’Üsküdar regorge de belles choses. Après une bon petit footing pour monter à Çamlıca (non, prenez un taxi ou un minibus) et avoir une vue imprenable sur İstanbul, vous pouvez redescendre en vitesse de croisière vers Kuzguncuk. Un empilement de maisons en bois , colorées, modernisées, auxquelles se mêlent des petits cafés et bars branchés au milieu des feuillages. Un must au printemps.
Pas trop loin (mais tout est relatif à İstanbul, surtout les distances) vous pourrez admirer la Mosquée de Şakırın. İmaginée par une femme, c’est la 1001ème mosquée de la ville. Moderne, l’extérieur est très minimaliste et contraste parfaitement avec un intérieur coloré où les matériaux s’entrechoquent joyeusement. Oubliez tout ce que vous pensez savoir sur l’architecture traditionnelle d’une mosquée.

* petit tip d’experte : si vous voulez vous sentir un peu riche, rendez vous en Turquie pendant des périodes plus ou moins houleuses. C’est-à-dire des élections, des révolutions, ou la guerre. La lire a tendance à chuter très rapidement, cf les dernières élections où elle a atteint 3,2 pour 1 euro !

Où manger ?

Clairement, on ne va pas tergiverser, il y a de la nourriture PARTOUT. Plutôt des collations, vous trouverez des simits (sortes de bagels/bretzels avec les bons points de chaque, mais en mieux), des épis de maïs grillés ou bouillis, des châtaignes, des jus d’orange ou de grenade selon la saison, des moules fourrées au riz, des intestins de mouton cuits à la broche, du riz aux pois chiches/poulet… Vous croiserez aussi très régulièrement des BÜFE où manger sur le pouce des hamburgers (islak : « hamburger mouillé », reconnu nécessaire en fin de soirée), hot-dog ou sandwich au fromage.

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Un stand de kokoreç, de nuit.

Mais, où vous rendre pour un bon repas ?
On y paie le décor en meme temps que la délicieuse nourriture : Lemonlu Bahçe, un petit coin de paradis dans les alentours de Taksim.
Dans le quartier de Beşiktaş, les amateurs de kebabs et dürüm trouveront leur bonheur, mais si vous êtes plutôt légumes rendez-vous alors au Bhakti cafe : plats vegan et végétariens faits maisons, d’inspiration indienne ou turque. À l’étage, faîtes vos emplettes bobo ou allez méditer le ventre bien rempli sur la terrasse avec les cuisiniers/serveurs/vendeurs.
Quoi qu’il se passe dans votre vie, quoi que vous aimiez, ne passez JAMAİS par İstanbul sans vous arrêter dans la rue entièrement dédiée aux kahvaltı i.e. les meilleurs petits-déjeuners au Monde. Toujours à Beşiktaş. Notre coin préféré, littéralement au coin de la rue, le Cheese Breakfast & Coffee. Si vous vous sentez pousser des ailes ou avez bu trop de Red Bull, vous pouvez faire une promenade de quelques kilomètres en longeant le Bosphore jusqu’au quartier de Bebek et vous arrêter pour une belle récompense au Cafe Nar. Point positif : proche de la forteresse de Rumeli, vous pourrez également en profiter pour une digestion touristique !

Le kahvaltı du cafe Nar.

Rive asiatique à Kadıköy, faîtes un tour au Komşu cafe, un endroit reposant où vous pouvez manger des plats faits maison à volonté et payer à votre bon désir. Sur les murs, vous trouverez des posters explicatifs d’une vision anarchiste et anti-société de consommation propre au quartier et à l’İstanbul post-Gezi.
N’oubliez pas de vous arrêter dans un restaurant où vous pourrez déguster les fameux Rakı Balık. Quelques mezze vous seront servis, suivis de poissons de votre choix, le tout arrosé de quelques verres de rakı rafraîchissant.
Où que vous soyez vous ne serez pas en mal de marchés de légumes et fruits frais, n’hésitez pas à vous concocter vous-mêmes un bon repas ! Si vous aimez les marches d’une envergure conséquente, faîtes donc vos emplettes au Salı Pazarı le mardi et vendredi à Kadıköy, ou le samedi au Organik Pazarı à Sisli.

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Le marché du mardi à Kadiköy (on ne dirait pas comme ça, mais de l’autre côté il y a des fruits et légumes).

Pour les végéts / vegan et les curieux qui n’ont pas envie de viande à tous les repas : vous trouverez facilement des çiğ köfte (boulettes de boulgour épicées dans un wrap avec quelques crudités) à manger sur le pouce. À Kadıköy, vous serez proches du paradis avec un nombre important de restaurants vegan (pizzerias, falafels, collectifs). Aux alentours de Taksim, vous pourrez déguster un hamburger végétarien à Parsifal. À Karaköy, Tahin ne paie pas de mine mais leur falafel dürüm est à tomber. Plus généralement, un bon nombre de mezze sont végétariens ou vegan, ainsi que la « street food » : choisissez un pilav sans poulet (sade : nature ou nohutlu : accompagné de pois chiches), le maïs, les châtaignes, les simit, les börek aux épinards / pomme de terre / fromage, les pide au fromage,…

Concernant les cafés, n’hésitez pas à choisir un minuscule tabouret au bord de la route et commandez un café turc ou un çay pour pas grand-chose. Vous n’avez que l’embarras du choix. Cependant, si vous cherchez quelque chose d’un peu plus chic ou moderne, l’incroyable Walter’s coffee roastery à Kadıköy fera l’affaire. Entièrement inspiré de l’univers Breaking Bad, le café est servi dans des verres mesureurs, la décoration vous fait entrer dans un labo de petit chimiste et vous pouvez même revêtir des combinaisons jaunes accompagnées de masques pour jouer aussi.
À Beşiktaş, au M.O.C., vous trouverez du café australien qui décante dans des instruments de préparation de toutes les formes, des tables en bois poncé et dégusterez la magie au milieu des étagères qui regorgent de livres.

Où se balader ?

Partout. Mais quelques quartiers ne sont faits que pour ça, il faut bien le reconnaître.
Le quartier bobo-chic de Tophane regorge de lofts transformés en cafés/restaurants, grands espaces lumineux ouverts sur la rue. Vous pouvez admirer les graffs dans les rues plafonnées de vignes vierges et vous arrêter au SOUQ le week-end pour faire vos emplettes auprès d’artisans turcs et de friperies.
Côté asiatique, les arbres de Moda s’illuminent en soirée et vous mènent dans une ambiance tamisée jusqu’au parc qui longe le Bosphore. Café sur restaurant sur café, vous n’aurez que l’embarras du choix pour vous reposer et regarder passer les gens.
L’ancien quartier juif de Fener – Balat dans le disctrict de Fatih fera également l’affaire pour une ballade colorée, dans des rues escarpées et des maisons qui tiennent à peine debout.

Le gros plus d’İstanbul, c’est d’être vraiment, mais alors vraiment immense et plein de gens. Les plus belles ballades se font aux abords du Bosphore, au soleil couchant ou levant, dans cette drôle de couleur voilée tout à fait propre à la ville.

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Le Soleil levant au retour de la première prière à la Mosquée Bleue, vu depuis le pont de Galata. A gauche, l’Europe ; à droite, l’Asie.

ndlr : ceci est une liste non exhaustive, elle n’a pas été rédigée par un guide de voyage mais avec le coeur d’une personne qui est tombée amoureuse de cette ville et a eu la chance d’y passer la moitié d’une année. Il est très difficile de décrire, de conseiller, d’appréhender cette ville. Malheureusement, il faudrait un millier de pages pour exprimer toute la beauté et l’immensité de cet endroit, tellement spécial. Il faudrait un millier d’années pour en connaître chaque recoin. Prendre son temps à Istanbul, c’est passer à côté de beaucoup de choses, tant cette ville regorge de secrets. C’est cependant prendre son temps qui nous fait ressentir ce que nous ressentons ici. Ce qui nous fait revenir. 

Photographies © Lou Zwingel