Rendez-vous au cœur de Brest rue de Siam, où trône le Blind Piper l’un des meilleurs pubs du bout du monde. Aujourd’hui, nous rencontrons Jean Floch, rappeur armoricain exilé à Paris connu pour ses punchlines entre génie pur et alcoolisme profond. Les pressions sont servis, l’interview peut débuter : 

OpenBar Mag : Salut Jean Floc’h !  Tu t’es fait connaître par ton clip « Bienvenue chez les Bretons » en featuring avec Grandpamini, est-ce que tu peux nous raconter les temps forts de ton début de carrière ?

Jean Floc’h : Avant avec Juan (Grandpamini), on était au théâtre ensemble à Paname, on a fait un clip « Mr Liu » et « Bienvenue chez les Bretons » c’était la version un peu plus travaillée, sachant qu’on est pas des zicos à la base, mais des comédiens, même si Juan est Dj dans des soirées. On a écrit cette chanson-là et c’est comme ça a commencé. Ça a buzzé en une semaine avec plus de 350 000 vues, suivi de six mois où ça a été un peu le bordel, un peu la folie. La presse s’est emparé du truc et nous on a fait des concerts bien bargeots à Brest et à Morlaix.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta rencontre avec Grandpamini ?

Nous avons fait trois ans d’écoles de théâtre sur Paris il y a dix ans. On s’est rencontré comme ça, lui en deuxième année, moi en première. Nous avons commencé à écrire des chansons de rap sur des conneries inspirées des Svinkels, de TTC, et de Seth Gueko. Après nous sommes partis dans d’autres projets et on s’est remis sur la musique vers 2010.

En pur « Produit Breton », tes textes sont inspirés par la Bretagne avec de nombreuses références à Brest ta ville natale, et Landerneau où tu as grandi, pourquoi tu as choisis ce thème plutôt que d’autres plus génériques au rap ?

Nous avons fait «  Mr Liu  » en se basant sur les clichés des restaurants asiats, et j’avais dit putain, c’est bon de faire des chansons clichés, il faut qu’on en fasse une sur la Bretagne ! A part Manau qui avait fait  » Dans la vallée  » il y a dix ans, je trouvais que c’était pas représentatif de l’esprit festif breton, et on fait tout pour que les gens se marrent de la première à la dernière ligne.

Tu te portes aussi vers d’autres horizons plus internationaux comme la Russie avec « Bienvenue chez les Russes » et l’Angleterre avec « Frogs VS Rosbeef » .

Quand j’ai une idée en tête, parfois ça part. J’avais dit à mon pote qui est réalisateur « ça serait cool de faire un truc sur les russkofs, c’est des alcoolos comme nous, ils aiment bien teaser de la vodka » . Nous sommes partis cinq jours là-bas pour le nouvel an, on a juste filmé, j’ai même pas écris la chanson. C’est en rentrant que j’ai eu l′inspiration, j’avais déjà une instru, j’ai mixé les deux et ça a marché.

« Frog VS rosbeef » c’est un pote anglais, Peetachu qui vit à Paname et qui n’est pas du tout dans le son à la base. Mais je savais qu’il avait un potentiel,  comme il clash tout le temps les français comme nous on clash les anglais. Je lui ai dit « vas-y, faut qu’on fasse une chanson où on se défonce au second degré, bon enfant quoi  » . Nous avons écrit les répliques les plus dégueulasses , les clichés abusifs l’un sur l’autre. Comme on est tout les deux légitimes pour en parler, tu n′as pas un mauvais état d′esprit, c’est un clash rigolo. Ce n’est vraiment pas dans l’idée de faire une chanson à chaque fois que je voyage, c’est juste ça se passe, y’a un délire français, y’a un délire anglais, y’a un délire russkof, y’a un délire breton, mais pas de lien en faite, c’est au feeling.

Comment organises-tu l’écriture de tes textes ? Est-ce que tu as tes rituels ou il ne te suffis que d’un moment d’inspiration et d’un crayon ?

Des fois j’ai des potes qui m’envoient une instru, parfois je ne trouve rien à écrire pendant six mois, comme « PMU » , j’avais la musique, mais je ne savais pas quoi écrire dessus. Ça ne ressemble pas à du rap, c’est plutôt du punk-rock, et encore… Un jour j’étais vénère, je sortais du bar et je suis rentré chez moi à moitié pas bien. Je commence à me faire un cocktail, et j’ai eu un coup d’inspiration : l’instru me parlais. Je me suis dit « putain, je vais faire une chanson pour clasher les bars de connasses et parler des vrais rades, ceux qu’on aime bien  » . Et c’est parti comme ça.

Mais il y a des fois où j’écris des chansons sans aucune instru parce que j’ai un thème : tiens, il faut faire une chanson sur la branlette comme « New Porn » , je parle là-dessus et je vais commencer à raconter comment c’était quand j’étais gamin. Après tu adaptes ton brouillon à la musique, tu enlèves du texte, des petits bouts de mots pour rendre le tout homogène. Il n’y a pas de règle en faite.

En parlant de l’inspiration, quels sont les artistes qui t’inspirent, musicalement et dans l’écriture ?

Clairement les Svinkels et surtout Gérard Baste que je connais et qui apparaît dans « PMU » , c’est un mec que je respecte beaucoup ; Le pionner du rap alternatif d’alcoolique, ça fait longtemps qu’il est dans le métier. TTC pour le coté cul, et Seth Gueko,  qui est actuellement l’un des meilleurs au niveau de la punchline, c’est un mec super sympa que j’ai rencontré en Thaïlande. Il reste toujours sur du second degré avec quelque chose de bourrin mais on sait que c’est cool… Et Serge Gainsbourg évidemment !

Tu participes aussi au collectif John Flüo, est-ce que tu peux nous en expliquer le principe ?

John Flüo est un collectif de concerts, on est toujours ensemble. Je ne fait jamais un concert tout seul généralement, des fois on a des formules, on est hyper nombreux, d’autres fois on a des formules réduites. Dans ce crew là, il y a Funky Belek, qui gère tout le business et fait des sons complètement ouf, Saiwil Sexy qui lui me produit et écrit des chansons, Grandpamini et Panpan Master qui a fait « Cuir, Cuir et Moustache ». Nous avons aussi fait des soirées avec Frer 200, un groupe de trois mecs de Paname. C’est modulable… Là je vais travailler avec un nouveau groupe, la Prière du Poulet qui eux sont vraiment des zikos. On a déjà fait un concert, ça c’est super bien passé et nous allons bientôt écrire des chansons ensembles.

Tu produits régulièrement de nouveaux clips très travaillés, lequel te tiens le plus à cœur ?

Forcément ça va être « Bienvenue chez les Bretons » , c’est mon bébé. C’était une aventure sur un week-end de Paris à Brest. C’est romancé bien sur : on fait un clip dans un bar clando. Après « PMU » je l’aime bien, c’est peut-être le plus sincère que j’ai fait. *Rire*

Après quatre ans à bourlinguer de concerts en festivals, quel est ton souvenir le plus marquant ?

Je t’en dirais deux : la première date à la Guarida à Brest, forcément comme le clip avait marché on a blindé le bar, ça débordait de gens. C’était vraiment le premier moment à chaud avec énormément de monde. On a aussi fermé le festival des Transmusicals avec 2 800 personnes. C’est puissant : tu as 2 800 connards en face de toi qui sont à fond dedans, et quand tu dis « la Bretagne c’est comme un fist dans l’atlantique » les mecs lèvent le poing en l’air, tu te dis putain, c’est grand. C’est sur que tu n’as pas la proximité, t’es sur scène avec les barrières, loin des gens. Je préfère les concerts en bars, comme la Guarida, pour le coté ambiance et les retours tu as directement. Et tu bois des coups avec les gens juste après le concert, évidemment.

Qu’est-ce que tu ressens à chaque fois que tu montes sur scène affronter la foule ?

Des fois du stress, mais c’est plus quand je ne me sens pas et que la foule n’est pas dedans. Et même si il n’y pas beaucoup de monde tu peux stresser à mort, alors que quand c’est blindé tu ne stresses pas, parce qu’ils sont là pour ça. C’est quand tu sens que les gens ne sont pas là pour la musique que ça pose problème : quand on fait des concerts dans les bars, on arrivent à les choper la plupart du temps, mais si tu tombe sur un bled où les mecs ne sont là que pour boire des coups, c’est un peu dur. Peu importe le nombre au final.

Tu viens juste de sortir ton dernier clip  » PMU » , d’autres projets ou featuring de prévus ?

Comme je t’ai dis avec La Prière du Poulet, c’est vraiment des tarés. Ils ont fait une chanson avec Baste qui s’appelle « Suce-moi la bite » , un très bon morceau. Et ils ont des clips de ouf.  Je m’entend bien avec le chanteur, on est exactement sur la même longueur d’onde. C’est un iranien bien perché qui s’appelle Carlos Bruni, je vais bosser avec lui bientôt.

Comment tu vois ton avenir dans le milieu de la musique ?

J’ai pas de direction particulière, c’est au feeling. Je vais peut-être faire un album concept avec un pote qui serait plus instrumental et qui n’aurait rien à voir avec le rap. Juste faire des clips en featuring avec des amis. C’est surtout pour se faire plaisir, si ça marche tant mieux, ça veut dire qu’il y a des gens qui viendront nous voir.

Si tu en avais l’occasion, avec qui tu aimerait faire un featuring ?

Seth Gueko je kifferais. On en avait parlé en Thaïlande, mais il me fallait tu temps. Il a plus de dix ans de rap et un niveau de ouf. Et Gérard Baste, même si il apparaît déjà dans mon clip, j’aimerais bien.

Pour terminer, quels sont les sons que tu écoutes en boucle en ce moment ?

« Far From Here » de Kendrick Lamar. J’aime bien Booba, tout à l’heure j’écoutais « Billets Verts« , et Kaaris aussi ça me fais bien rigoler ! Mais c’est par période en faite. Ah si ! Un vieux son de Seth Gueko,  les « Fils de Jacques Mess » .

Merci Jean Floc’h, on attend la suite avec impatience !