Durant votre scolarité, il vous est bien arrivé de devoir lire d’ancestraux recueils de poèmes classiques comme Verlaine, Hugo, Rimbaud, ou encore ce bon vieux Baudelaire ? Mais durant ces fastidieuses lectures, vous êtes-vous alors demandé à quoi aurait pu ressembler le flow de tous ces auteurs s’ils avaient vécu au 21ème siècle ? Jean-Serge Sallh, jeune auteur d’un recueil de poèmes, en est la réponse.

Open Bar : Salut Jean-Serge, peux-tu commencer par te présenter ?

Jean-Serge : Je suis un étudiant de terminal en modelage âgé de 17 ans. Le modelage c’est ce qui consiste à faire des maquettes de produits avec différents matériaux industriels. Pourquoi je fais ça ? Si je le savais… Je réside à Châtillon, je suis un grand passionné d’art et de littérature depuis peu. Le temps fait bien les choses ! Voilà tout !

Comment te sont venues cette passion de la poésie et cette idée d’écrire un recueil de poèmes ?

Tout bêtement, suite à une rupture amoureuse. Beaucoup écrivent leur peine, moi je versifie. J’ai depuis longtemps eu cette passion pour la poésie, plus précisément pour la rime. A une époque, j’étais intéressé par le RAP (j’en ai fait d’ailleurs), puis avec le temps, j’ai été séduit par l’aspect littéraire et je m’y suis tourné peu à peu : la suite logique des choses.

Ton recueil de poésies se dénomme « Qu’un-z-an » peux-tu nous en expliquer la signification ?

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En lecture partielle et vente sur Edilivre.com.

« Qu’un-z-an », c’est une suite de jeux de mots et de références. Si on enlève le « z », on n’a plus « Qu’un an », ce qui résume le temps de création de mon recueil. Mais aussi, le « z » rappelle le style de Boris Vian, qui est l’un de mes poètes et écrivains préféré. Et encore, ce « z » est utilisé comme un zozotement, ce qui marque la période d’hésitation dont j’ai été victime durant cette année. Enfin, « Qu’un-z-an » est tout simplement l’âge de mes débuts en poésie.

Peu importe la condition et l’âge,
Peu importe les cris et les pages,
Le problème fut, le problème sera,
Il nous faut frères, garder courage, […]

De quelles thématiques traite donc ton recueil, et quelles sont les motivations qui te poussent à écrire sur ces thèmes ?

Ça traite d’amour, de philosophie, de société, d’amitié, du monde, mais surtout de nous. Ces différents thèmes me sont venus avec le temps. C’était par nécessité, ça l’est d’ailleurs encore, comme un ballon pour un footballeur, une raquette pour un tennisman, etc. : il le fallait !

Comment définis-tu ton style d’écriture ? Respectes-tu les règles et le style de la poésie traditionnelle ou t’en détaches-tu ?

Je définirais mon style d’écriture comme instinctif… Je donne une grande importance au sens, à l’ambiance recherchée, au rythme, à la rime, surtout à la rime. J’aime beaucoup le style de poésie traditionnelle mais je n’y apporte pas de rigueur. Le style s’adapte au résultat voulu.

Le dé oppose l’hasard, Ô mon frère d’art !
Cesser de vous croire, me serait nuisible,
Serait un grand risque, Ô mon rival ! […]

Et comment trouves-tu l’inspiration ?

Ça me tombe dessus ! *rires*, au détour d’un café, dans le métro, dans le bus, entre deux baisés… Mon inspiration est constante. Il n’y a pas de sujet précis, ça peut me saisir à tout moment car constamment je crée des vers dans ma tête.

Être poète, est-ce l’être 24h/24 ?

De ce que je vis, oui. J’ai toujours un petit calepin sur moi pour écrire ce qui me passe par la tête, des bouts de poèmes, des phrases qui riment. Alors être poète, c’est 24h24 !

Connais-tu d’autres poètes contemporains ?

Non, à ma grande déception !

T’intéresses-tu plus à Rimbaud, à Grand Corps Malade ou à Booba ?

Je m’intéresse aux 3 ! Rimbaud est l’un des poètes que j’admire : de son histoire, de ses poèmes, il me plait beaucoup. Grand corps malade a cette modernité que j’aime beaucoup : le slam est une approche musicale et belle de la poésie. Enfin Booba, je l’aime bien depuis peu : c’est le côté trash, Rap, de la musique pour se vider le crâne. La relation entre eux, c’est leur approche de la poésie.

Dans la plupart de tes poèmes, on remarque un fort usage du « nous », du « vous ». S’adresser au lecteur est-il important pour toi ? As-tu des messages à faire passer au lecteur ?

Oui, c’est mon but premier ! Certes, je me livre dans mes poèmes, je parle en partie de ma vie privée, mais je m’adresse toujours au lecteur. Je partage avec lui, l’évoque, l’interpelle ! J’ai des messages à faire passer, j’ai des idées, des points de vue, j’ai des choses à lui dire.

Professionnels ou apprentis poètes, écoutez !
Vos vers candides ou médités,
Traversent les âges et le temps,
Ne cessent d’engendrer innocemment,
Des hommes, des femmes, des enfants, […]

Tu as récemment déclaré : « Je vais me battre pour que la poésie regagne de son intérêt. » Qu’apporte justement la poésie à son lecteur ? Et à toi ?

La poésie n’a plus cet intérêt d’antan, elle est délaissée. Pourtant, j’estime qu’on peut y prendre autant de plaisir qu’en lisant une nouvelle ou un roman. Je trouve ça assez tragique. Alors, je vais tout tenter pour lui redonner cet intérêt d’antan. Qu’apporte la poésie à son lecteur ? Ce qu’apporte un roman ou une nouvelle, ou un simple texte. Ce qu’on y recherche, ce qu’on y comprend. On s’y trouve.

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Tes poèmes sont parfois très implicites, évasifs, mystérieux, y a-t-il une raison particulière à cela?

Je veux laisser place à l’interprétation, à la remise en question du lecteur. Il accède au poème par lui-même, et non de façon voulue. Et ça ne serait pas intéressant de tout dire non plus !

Irritante créature ou Saint-Ange,
Votre peine est la même, seul l’acte change.
Ici-bas Lucifer possède milles faces,
Et l’autre quémandé, ne laisse nulle trace. […]

La poésie, ça fonctionne bien avec les femmes ?

La question fatidique ! Alors là… Je pencherais plus pour un avis favorable. J’ai pu constater une marque d’intérêt plus prononcée lorsque je leur disais que j’écris des poèmes. Tout de suite, elles ont l’image du mec romantique transi ou torturé… *Rires*. Ca attise leur curiosité, ce n’est pas quelque chose de commun.

L’édition d’un recueil de poésies, comment ça fonctionne ? Et où en es-tu dans ces formalités ?

C’est assez simple à vrai dire. Vous envoyez votre manuscrit via internet ou par poste à la maison d’édition en question. Bien évidemment, vous aurez une batterie de questions à répondre au sujet de vous et de votre écrit sur leur site. Vous attendez qu’ils vous répondent, et si la réponse est positive, l’aventure démarre. Pour ma part, j’en ai fini avec tout ça. Mon livre est d’ores et déjà en vente en ligne.

Parallèlement, tu composes musicalement. Une envie de mixer poésie et musique ?

Cette idée me parle, j’y réfléchis activement. Affaire à suivre.

Quels sont tes projets futurs en poésie ? Et dans ta vie ?

Mes projets futurs en poésie sont ceux de continuer d’en produire. C’est ce que j’aime faire alors bon… J’ai aussi cette idée de faire un recueil de pièces de théâtre sous forme de vers. Affaire à suivre de près ! Mais sinon dans ma vie, je voudrais déjà avoir mon bac, puis me diriger dans un cursus artistique. Je pense aussi à trouver une harmonie entre la poésie et l’art pictural.

Et si maintenant, nous lecteur, on te conjurait de nous faire une p’tite dédicace poétique, tu nous la ferais ?

*Rires* Mais bien sûr !

Jeunot,
Danser à s’en briser les reins,
Si proches se baladent les mains,
Sur le foie se gorgeant de liqueur,
Menaçant à tout moment, leur candide cœur,
Pendant qu’ils chantent ce délicieux refrain ! :
« La nuit est à nous ! Vivons sans lendemain… »

Oh yeah ! Au top, merci. Et pour parachever en beauté, Jean-Serge, quel poème souhaiterais-tu nous faire partager ?

Ce poème qui me tient à cœur ! De beaux souvenirs !

L’ami!
Viens me soulager! allons nous descendre des verres! allons brailler dans ces ruelles!
Le cœur sur la main, une bouteille à portée de main, main dans la main,
Buvant sans espérance de lendemain,
libérons-nous dans ces chemins,
Qui nous tendent allègrement les mains!
Que notre foie cesse de nous rappeler ses limites!
Allons mourir entre ces mains!
Seul dieu sur notre vie à main mise,
Pourvu qu’il est que les mains,
Sinon, on serait baisés, l’ami.

Merci beaucoup Jean-Serge. Bonne continuation à toi ; et comme disait le bon vieux Hugo : « Jeunes gens, ayons bon courage, si rude qu’on nous veuille faire le présent, l’avenir sera beau ».

Le recueil de Jean-Serge, « Qu’un-z-an », est en vente sur Edilivre.com.

Antonin Cyrille