Kobané est une Stalingrad moderne. Une ville-symbole sans grande importance stratégique, mais au cœur d’une véritable tragédie.

Voilà déjà trois mois que la campagne aérienne contre l’Etat Islamique fait rage en Irak. Trois semaines que des raids aériens pilonnent les djihadistes présents en Syrie. Pourtant, l’EI ne recule pas et prend peu à peu l’avantage dans la ville de Kobané. Un seul kilomètre sépare celle-ci de la frontière Turco-Syrienne où sont positionnées les troupes, les canons et les chars du président Recep Tayyip Erdogan.

Si celui-ci a plaidé récemment pour une intervention afin de défendre la population kurde que veut exterminer le groupe d’extrémistes sunnites, le scepticisme demeure après une semaine de conflit. Le conflit kurde en Turquie a été la cause de 40.000 morts depuis 1984, regarder leurs voisins se faire évincer du paysage depuis leur balcon, voir ce projet d’état indépendant réduit en cendre serait le moyen d’éradiquer une fois pour toute ce problème de politique intérieur.

S’ils réussissaient à conquérir Kobané, troisième ville kurde du pays, les djihadistes s’assureraient le contrôle sans discontinuité d’une longue bande de territoire à la frontière. Elle symbolise le dernier bastion Kurde de cette partie de la Syrie. Son intérêt est politique : la médiatisation de cette lutte est essentielle pour la propagande et le moral des troupes du Califat islamiste, mieux armées et plus nombreuses que les Unités de protection du peuple, la branche syrienne des rebelles kurdo-turcs du PPK présent sur place.

Bombardement de Kobané par les forces américaines Crédit photo : AFP Aris Messinis

Bombardement de Kobané par les forces américaines
Crédit photo : AFP Aris Messinis

Mais tout n’est pas joué, car même après un mois de conflit, les milices Kurdes luttent toujours rue par rue. Ils peuvent compter sur une meilleure connaissance du terrain et la difficulté de la guérilla urbaine qui invalide la supériorité numérique de leurs adversaires. Sans compter une détermination sans faille, car la chute de Kobané aurait deux significations : sa mise à sac et l’exécution des centaines de civils encore présents sur place, à l’instar des précédentes exactions de L’Etat Islamique dans les autres villes kurdes envahies,  mais aussi l’incapacité et donc la légitimité du PPK à les protéger.

L’avenir des résistants s’assombrie d’heure en heure, car l’EI mobilise des renforts pour écraser les derniers insurgés, possède le centre-ville et cerne déjà trois cotés de la ville. S’ils venaient à en posséder le dernier, les rebelles ne réchapperont pas de cette Alamo syrien.

Du coté de la communauté internationale, les 22 pays-membres de la coalition anti-EI se sont réunis mardi à Washington afin de prendre des mesures à l’encontre du califat. Les Etats-Unis ont conjointement intensifié leurs bombardements en lançant 21 frappes sur les forces djihadistes lors des dernières 48h, ralentissant ainsi l’arrivée des renforts et le réapprovisionnement des troupes sur places. Néanmoins, si ce sommet ne parvient pas à un accord sur la situation de Kobané, le pire est à craindre pour la population civile.