« Kung Fury », c’est cette vieille VHS de papa où tu pensais trouver du porno, qui déconne toutes les deux minutes et répand ton cervelet sur le tapis du salon. Ce premier court-métrage de David Sandberg est l’ultime madeleine des années 80.

Financé par Kickstarter, « Kung Fury » est un court-métrage de nos amis suédois, qui s’est payé le luxe de s’incruster à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2015, sans y récolter de prix. Disponible sur Youtube et sous-titré en 18 langues, il est la preuve d’une renaissance du cinéma suédois où la qualité va de pair avec l’originalité. Dès son générique, on sent que quelque chose déconne à plein tube avec sa société de production très justement nommée Laser Unicorns.

Flic hardcore de Miami, Kung Fury voit son coéquipier et ami Dragon mourir sous ses yeux lors de l’arrestation lambda d’un ninja rouge. Dès lors, il devient l’élu, le maître absolu du kung-fu. Ce qui ne plaît guère à Hitler, qui tue les membres de sa brigade en tirant à travers un téléphone portable. Kung Fury va donc hacker le temps pour lui foutre ses Doc Martens tellement profond dans le rectum qu’il devra manger avec un chausse-pied jusqu’à la fin de son Reich.

Ça vous semble cohérent ? Vous n’avez rien vu. Le court-métrage est serti de répliques où l’épique se dispute à la débilité profonde. Extraits choisis :

 « On a une borne d’arcade qui est devenue folle, elle tue tout le monde, c’est le chaos. »

« En quelle année sommes-nous ? » « C’est l’ère viking. » « Ça explique les raptor-lasers. »

Et ce n’est que la surface du bousin. En une demi-heure, le film se permet de violenter toutes les vingt secondes ce qu’il vous reste de matière grise.

Comme disait Le Pen, soyons clairs. Ce film est une lobotomie visuelle d’écran vert, un maelström scénaristique et une réussite musicale qui fait du bien. Sa courte durée permet de n’être jamais totalement perdu malgré l’apocalypse ambiante et l’alcoolisme du mec qui a écrit les dialogues.

Sous des dehors de bordel biblique, le scénario est extrêmement bien construit. Sans perdre une seconde de pellicule, le héros poursuit toutes les phases d’un scénario classique en évitant l’écueil des longueurs par une originalité à la limite du je-m’en-foutisme de la logique et du bon sens. La musique fleure bon le pochon de LSD ingurgité au fond d’une boîte sur fond de Thriller. Les scènes d’action sont impressionnantes de vivacité, doublées d’effets spéciaux bluffants qui se fondent dans le décor à l’aide d’un grain volontairement dégueulasse. Celui-ci a le charme d’un mauvais filtre Instagram qui donne du cachet à l’univers eighties.

« Kung Fury » est un concentré de clichés du flic hard-boiled des films d’action hongkongais des années 80 poussés à leur paroxysme. Avec un cancer à la gorge, vu sa voix. Parlons-en des clichés : ils s’enchaînent les uns après les autres sans lasser le spectateur, exploités jusqu’à l’absurde. Quant aux références aux années où la coupe mulet pétait la classe, elles sont légions et offrent un decorum rafraîchissant. Qui se souvient du Power Glove de NES ? Ce placement de produit a 26 ans de retard.

David Sandberg est le scénariste, le réalisateur et l’acteur principal de ce court-métrage. Accessoirement, il doit aussi être accro au crack. Ce jeune et futur grand homme a même attiré quelques stars dans son délire, dont le scénariste du nanardesque MacGruber, Jorma Taccone, qui joue Hitler et David putain de Hasselhoff, qui se fend pour l’occasion d’un clip suintant les années 80 par tous les pores de son ampli.

Vous avez une demi-heure à tirer ? Matez « Kung Fury ». Vous êtes bourrés avec un pote et cherchez quelque chose à partager ? Matez « Kung Fury ». Vous vous escrimez à écrire une critique du hamburger insipide qu’est « Ant-Man » ? Matez « Kung Fury ».

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