Luz discute au-dessus de la tombe de Charb. Il lui raconte son enterrement, les discours et l’Internationale résonnant à Pontoise. Surprise, au fond de la tombe ce n’est pas l’ancien directeur de publication de Charlie Hebdo, mais un autre Luz qui répond.

À chacun sa méthode pour extérioriser un trauma. Le rescapé du 7 janvier en a fait un album, le récit décousu de son expérience. Trois mois à coucher sur le papier son ressenti de la tragédie par étape : surmonter, survivre, avancer. Au creux de cette Catharsis, il mélange de la pointe du fuseau fantasmes et rêves. Quelques tranches de vécu aussi. Les dessins sont hargneux, le trait épais, sombre et poignant.

Il y a cette multitude de bonhommes figés, les yeux démesurément hagards fixés sur le dessinateur et le lecteur. Ils sont représentatifs de l’incompréhension face à la violence. Les pages qui défilent nous confrontent à notre voyeurisme. Des taches de rouge, allégories de ses colères et frustrations, essaiment les pages.

Nous entrons dans la vie quotidienne de Luz, dans son esprit. On épie depuis la lucarne de son crayon les dessous de son parcours de survivant. Ses psychoses le hantent. Là où un gosse voit un chien jouer dans les nuages, lui n’y perçoit qu’un djihadiste en goguette le pourchassant. Absente de ces pages, nulle caricature du prophète ne vient offenser les yeux trop fidèles. Le dessinateur n’en a plus ni l’envie, ni le besoin.

Sa Catharsis tente de comprendre l’horreur, de l’apprivoiser par l’humour. La boule au ventre qui le poursuit depuis le 7 janvier, il lui donne le nom de Ginette pour la réduire à un petit machin aussi mignon que ridicule.

Y a de la joie aussi au coin des cases. Un simple instant de grâce à mater se bidonner un homme en jogging lisant les Idées noires de Franquin. La thérapie par le dessin fonctionne peu à peu. Et puis, il y a cette présence policière. Une protection omniprésente autant qu’oppressante dont il se moque avec tendresse.

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Le caricaturiste a un atout dans son malheur, le soutien inconditionnel de sa compagne Camille. Il se profile un amour fort dépeint avec sensualité. « On a joui ou on a pleuré ? On est triste ou on est heureux ? », la questionne-t-il. La réponse est aussi franche que poétique. « On a pleuré des larmes de foutre, mon amour. »

L’humour de Luz, c’est du désespoir maquillé pour sortir faire la bringue. Toutes les névroses, toutes les emmerdes sont déversées sur le papier. Le regard éberlué des petits bonhommes s’est effacé. L’ancien de Charlie Hebdo peut avancer. Peut-être même, comme il dit, gribouiller un petit bonhomme avec Camille, qui sait ?