T’es vraiment trop con.

Tu t’es dit quoi? « Chouette ! J’vais faire une coloc’ avec mes meilleurs potes, ça va être l’enfer! »

Bien fait pour ta gueule. Tu l’as voulu, tu l’as eu l’enfer. Il est 14h, Adrien ton pote d’enfance est totalement torché. Bien sûr, ça serait cool si on été pas lundi. Aux motifs en forme de cœurs, c’est ton caleçon, celui que tu cherchais depuis deux semaines qu’il porte. Mat trombine sa copine dans la salle de bain, ou vomit. Peut-être même les deux mais ça, il s’en fout : il ne nettoie jamais la douche.

Toi t’es là, serein, sans fringue. Le frigo est vide. Bah oui, y’a plus de bière, et l’ultime tomate n’a pas bougé depuis 4 mois. Marrant, tu pensais pas que du vert, elle pourrait tourner au bleu.

Et tu penses. Et penses encore. Tu cherches comment ce bordel  a pu arriver. Comment tout arranger ? Comment faire régner l’ordre et la discipline dans ce foutoir ?

Ne cherche plus.

Les enfants, voilà le mode d’emploi de la coloc’! made in Open Bar.

Rule One

Les bons colocs, tu choisiras: mélanger un alcoolique et un bosseur, ça finira en clash. Ouais, ça paraît con à se rappeler, mais je ne compte plus les histoires de meilleurs potes qui se sont déchirés car incapables de vivre ensemble. Choisissez  quelqu’un avec qui  vous pouvez établir des PUTAINS DE RÈGLES de conduite: caleçon sur la porte de chambre-> viens pas me réveiller avec la carafe d’eau, j’ai une gonz dans le plumard. (Y’en a un qui se reconnaîtra dans cette histoire).

Être meilleur ami avec un tel connard ne veut pas dire que vous pouvez vivre ensemble. Sérieux.

L’hygiène de vie de tout un chacun n’est pas toujours conciliable. Si votre coloc pisse dans la douche, mettez-lui le nez dedans, comme avec un chiot mal dressé. Effet garanti. Arrangez-vous pour les horaires de la salle de bain. S’il est trop long, jouez un peu sur l’eau chaude avec le robinet de la cuisine.

Sachez vous entendre sur les moments destinés à la débauche et ceux dédiés au repos. Nous n’avons pas tous le même rythme de vie, c’est un fait. Enchaîner soirées sur soirées n’est pas au goût de tous, alors laissez votre pote souffler de temps en temps pour qu’il finisse sa thèse. Qui sait, lui aura peut-être son année.

Rule Two

Contre le voisin tu te ligueras: le voisin est un animal nuisible assez proche de l’homme. Très proche. Trop proche.  Soi-disant que c’est la 4ème fête à la coloc cette semaine, il se permet de frapper à la porte, de laisser des petits mots assassins ou de tenter de vous virer. Il vous fera expérimenter les missions commando, rentrer chez vous avec les 3 packs sans vous faire choper, rampant devant sa porte de peur qu’il l’ouvre et vous engueule/raconte sa vie d’octogénaire solitaire/vous demande si vous avez du sel. Remplacer le sel par de la mort au rat et donnez-en à ce crevard. Il n’avait qu’à faire les courses.

Ce vil persifleur pourrira votre vie auprès de tous les habitants de l’immeuble, y compris la petite blonde du 5ème qui vous regardera maintenant comme un dépravé. Bien ouaij mec.

Vous pouvez tenter d’avoir une conversation cordiale avec lui, mais le seul moment où cela arrivera, il sera 5h du mat, et vous lui expliquerez pourquoi c’est un connard sociopathe et antisocial. Testé et désapprouvé, votre proprio vous appelle le lendemain pour vous virer. La gueule de bois aidant c’est vraiment à proscrire. Alors soyez gentil avec lui, dites-lui bonjour avec le sourire, un « et bonne journée surtout ! » alors que vous avez pissé dans sa boîte aux lettres. C’est un sacré plaisir.

Mais trêve de grivoiserie, ménagez un peu ce pauvre homme. Ou femme. Ou bodybuilder (là, vous êtes mal barré, qu’on soit clair).

Il faut savoir vivre en harmonie avec ses congénères, « l’homme est un animal sociable » disait Platon avant de s’enfiler de la cigüe.  Ce qui est un double record de connerie.

Rule Three

Le frigo, tu partageras. Tant qu’on parle de cohabitation et d’harmonie, venons-en à la pomme de discorde: le frigo. Ou plus concrètement, tout ce qui se digère: bière, café, pizza. Personne, à moins d’être sacrément maso et de fréquenter les clubs spécialisés dans le cuir et les menottes ne peut décemment supporter qu’on lui vole sa dernière part de pizza. Personne. Pas même Mr Esclave. (Et si tu ne connais pas ce brave homme, honte sur toi lecteur.)  Même en partageant toutes les dépenses avec votre coloc, vous ne pourrez jamais vous ôter l’envie de lui infliger les pires outrages, si possible par un chemin que la morale réprouve quand celui-ci termine le café, et vous regarde d’un air innocent en vous demandant si ça vous dérange d’aller faire les courses. Une banane pourrait faire l’affaire, mais ce genre d’insolence mérite bien plus d’imagination. Mais pour cela encore, mieux vaux consulter Mr Esclave, il s’y connaît bien.

Instaurer des règles ne servirait à rien: quand on veut, on prend. Seul le respect de l’autre permet de créer une entente cordiale, où chacun saurait quelle limite ne pas dépasser, et s’y tenir. La bonne blague.

Rule Four 

N’importe qui, tu ne ramèneras pas. Ce qui est sympa en coloc’, c’est qu’on est jamais seuls. Mais parfois… Comment expliquer à votre colocataire que sa copine jouit exprime sa joie de vivre trop fort ? En entrant caméra au poing ? Coquin. Tu feras moins le malin quand tu verras que c’est pas une fille dans le pieu. On en revient à la base de la colocation : le respect.  Si vous ne pouvez pas encadrer le pote de votre coloc’, parlez-lui en. La communication est essentielle. Appuyez vos arguments, que ce soit parce qu’il est juste relou (ça arrive), qu’il vous a piqué votre gonz’ (c’est triste, mais je ne comprends pas ce que vous attendez pour lui démonter les dents) ou que vous ayez une batte dans l’armoire (oui c’est un argument). Bref, faites dégager l’intrus, c’est dans vos bières que ce sagouin tape.

Plus sérieusement, parlez-en. Sachez être diplomate, ce n’est jamais facile de s’entendre dire qu’un de ses meilleurs potes est un connard et que vous ne pouvez plus l’amener chez vous. Alors on y va doucement et on prend sur soi. Vivre avec quelqu’un, c’est faire des sacrifices. Supporter, discuter ou se casser, c’est votre choix.

Rule Five 

Avec ton coloc, tu éviteras de coucher. Se mettre en colocation avec la fille de ses rêves pour la choper n’est pas une bonne idée. Surtout si elle vous considère comme son meilleur pote et qu’elle vous a déjà castré mentalement. Non, vos sentiments ne sont pas réciproques. Arrêtez de vous faire des films, c’est un plan foireux. Vous supporteriez de l’entendre se taper tous les mecs qui passent ? Non, vous vous la mettrez sur l’oreille et achèterez des boules Quies en attendant que ça passe mais ça ne passera pas. Pire, vous lui ferez la gueule, l’ambiance se détériora vite. Et si par un miracle, son cerveau de féministe perçoit votre envie de la sauter, elle pourra s’en servir pour que vous fassiez toutes les tâches ingrates. Bonne poire que vous êtes.

Autre cas de figure, si vous êtes un mec, et que votre coloc tout aussi couillu que vous propose une soirée Brockback Mountain, tirez-vous. Sauf si vous êtes ouvert à la fissure anale. Mais ça vous regarde ça.

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Économiser de l’eau qu’il disait. Le salaud. 

Et si un soir les méfaits de l’alcool vous font commettre l’irréparable, petit polisson, sachez que le lendemain sera bizarre. Les jours suivants aussi. Et que tout ça finira mal : au mieux vous trouverez un autre lieu d’orgie à squatter, au pire vous vous mettrez en couple. Alors pour l’amour de Dieu, NE COUCHEZ PAS AVEC VOTRE COLOC.

Cette vision de la colocation peut paraître pessimiste, sombre et aigrise. Et pourtant, la coloc est une expérience merveilleuse avec la bonne personne. Se lever au milieu de la nuit, croiser l’autre taré dans la cuisine, en caleçon se tartinant du pâté, et décider de se mettre une caisse avec lui à cet instant et ce que l’on pourrait appeler un moment parfait. Ou gay. Ou parfaitement gay. Vous n’oublierez jamais vos années de colocations, de débauches et de délires, alors profitez-en.