« Je pratique l’art du rap,
et je t’indique à mon contact,
chaque addict prend sa claque,
un Aspégic et on attaque…
Pas de panique on a du tact,
j’ai l’éthique à Nicomaque,
chacun dit que quand je tape,
c’est technique, pas la matraque »

Avec du feat sans limites et des bons makers de beat, Lautrec s’agite avant la sortie de son premier 16 titres le 30/03/15. 16 titres, 16 partitions sur le pupitre, pour un album tirant son appellation d’une citation du célèbre artiste peintre Toulouse-Lautrec : « la cruauté tranquille du quotidien suffit ».

Henri-Toulouse-Lautrec-plage

Henri de Toulouse-Lautrec était nain : il avait peut-être des p’tits pieds, mais des sacrées couilles.

Ouep, « Lautrec », c’est loin d’être la loose son blaze, ça se veut rime et synonyme de Toulouse-Lautrec, peintre qui avait ce truc pour ne pas avoir le trac de faire caca sur la plage…

À cette image, le rappeur n’a pas non plus peur d’envoyer le « steak » – mais avec tact ; il sait se mettre en nage pour inonder la foule et faire des ravages.

Et tandis que le peintre Toulouse-Lautrec avait le cheveu sur la langue, l’autre Lautrec, de sa voix suave, désabusée, de dépravé, et un vocable à faire péter un câble, la manie à t’en faire frissonner le poil de l’oreille. Le rap français est mort ? Ce n’est pas demain la veille.

« Pour tous les rats de la ville
Qui croient que les animaux
Naissent en barquette sous cellophane »

C’est net, il aide à dresser le rap français, et même les oreilles des teckels, car quand on l’écoute, c’est avec zèle. Tel T-L, le MC dépeint et peint nec plus ultrament son entourage, tel quel. On l’aime et il nous scie parce qu’il ne se la joue pas « apôtre », ne fait pas partie des autres, mais des nôtres, parce qu’il est à même de parler de sexe, d’amour, d’amitié, de la société, de la vie, avec poésie, cynisme, humour et simplicité. En résumé, il balance son flow sans que rien ne tombe à l’eau : c’est du travaillé, du ressenti, c’est beau. Et c’est pourquoi ces textes nous rentrent dans le cortex comme le ferait Humex dans le bec d’un mec sous Kleenex.

« Je vous hais,
tous autant que vous êtes,
tous autant que j’vous aime,
je voudrais pour ce temps que je vous ai,
toucher tant vos êtres […] »

1m54 ? La taille de la star du pinceau Toulouse-Lautrec… au garrot. Mais à cet instar, c’est aussi la taille de « la tarte qui détartre » du tsar du micro Lautrec, que tu peux te prendre dans les dents et les tympans en constatant sa vision désillusionnée de la vie…

« Mais vous me faites chier
Avec vos airs de savoir
Où vous serez dans 10 ans
Moi tout ce que je sais
C’est ce que je ressens
Ce qui nous rassemble :
Des larmes. »

Désabusé, peut-être blasé, mais artiste actif dans son altruisme ! Le rappeur partage en masse sur sa page Facebook les ouvrages et adages des artistes de son entourage musical et amical. Parfois duettiste, il sait de même s’entourer : Monkey6Monkey2, Jimmy Jay, Mobster, mr.teddybear, Kleptophone, le grand Guts… tout ça pour la produc’ ; le Bon Nob, Billie Brelok, Géabé, Belra, Rémo, Manu Lickel, Leu… tous ceux-là pour le featuring.

Le chanteur œuvre de plus pour le Quatre Vingt Dix Neuf. C’est du 2015, c’est du tout neuf. Le principe, transposer au monde du rap, du hip hop, les exercices de style de Raymond Queneau : raconter de 99 manières différentes une même histoire, dans le miroir de son style. Bref, une sorte de bœuf, une grande teuf, un son neuf tous les dix jours.

Rappant comme il doit râper, le flow de Lautrec est lancé dans un trek au pas cadencé. Mais ça n’est pas l’armée, au contraire, c’est aéré, sur son son, on peut même se balancer.

Mais c’est sans parler du 16 de la semaine, auquel Lautrec participe. Le principe ? Chaque semaine, en phase avec une thématique, un rappeur se tape un trip, rappe en rythme un couplet de 16 phases, et le partage à la communauté du 16 de la semaine – un rapport avec les 16 titres du premier album du rappeur ? Pour l’heure, c’est bien à l’aise que Lautrec pèse dans le game, dans le haut de gamme, avec ses deux 16 de la semaine au compteur, Dans ma tête et J’en ai rêvé parfois. On s’en voit bien-aise.

Antonin Cyrille