Chaque école a ses petits rituels pour latter les bleu-bites qui ont l’impudence d’avoir réussi les concours.

Nous n’aborderons pas ici les week-ends d’intégration et leurs jeux d’alcool dépourvus d’imagination. Les pratiques destinées à humilier les jeunots non habitués à la douce boisson et à saouler des petites nouvelles pour en abuser sont affligeantes. L’alcool n’est en rien un facteur de réussite pour un bon bizutage, juste l’atout des moches et des enfoirés pour pécho en profitant d’une pseudo autorité. Même moi qui ai la décence morale d’une huître, je vous vomis à la gueule les mecs.

Mais trêve de piques assassines envers les consanguins, on a réuni pour vous un condensé des meilleures techniques pour martyriser des âmes faibles. Alors inspirez-vous-en pour leur mettre la misère, c’est cadeau et ça fait du bien.

I Le mur

Fleuron de la torture psychologique, les salauds qui en ont pondu le concept ont fini dans des geôles mexicaines, enfin j’espère, sinon je ne foutrai plus jamais les pieds dehors. Elle nécessite un minimum d’organisation et de mise en scène.

Il vous faut :

1. Une promo de première année bien docile à la sauce mouton de Panurge.

2. Un pote sado-maso ou sachant jouer la comédie.

3. Une camionnette à la Michel Fourniret (surnommé l’Ogre des Ardennes, un homme charmant) maquillée en bagnole du SAMU. Voire mieux, des potes qui travaillent vraiment au SAMU. Nombre d’amitiés se forment à l’occasion de comas éthyliques.

4. Un mur.

Alignez la nouvelle promo face au mur, avec infiltré parmi eux, votre complice. Insultez-les, rabaissez-les plus bas que terre en leur faisant bien comprendre à quel point ce sont des raclures de fœtus avortés.

Votre infiltré devra alors se révolter a grands coups de « Nan mais vous vous prenez pour qui bande de branleurs ? », « Je refuse de me faire insulter comme ça ! » ou encore le classique « Mais allez niquer vos mères ! ». Avec grand plaisir. En bons héritiers des Lumières, de Voltaire, de Rousseau, et de cette tapette de Montesquieu, adoptez un comportement respectueux en lui déboîtant les dents devant les jeunots. Pour de faux, c’est quand même votre pote. Rajoutez-en avec un faux appel aux urgences pour que vos complices dans la camionnette évacuent le corps. Si vos bizuts font mine de se retourner ou d’aider la sale race que vous venez de démonter, remettez-les à leur place en rappelant les douces paroles de Darwin : « C’est la sélection naturelle, il n’avait qu’à pas ouvrir son claque-merde ».

Effet garanti : vous aurez gagné leur respect et une potentielle convocation devant un juge.

Bizutage façon 39

Affiche racoleuse pour la soirée de bizutage erasmus franco-allemande promotion 39.

II Le parachutage

Vous avez déjà fait une course d’orientation ? Certains sociopathes en école d’ingénieurs ont développé le concept. On donne rendez-vous aux louveteaux le dimanche soir, on les ballade dans un coffre et/ou un bandeau sur les yeux, et on les balance à 30 kilomètres de la ville, en pleine nature. S’ils ne sont pas en cours le lendemain matin, ils ont échoué et serviront de jouets humains pour le reste de l’année. Bien sûr, ils n’ont ni le droit de faire du stop, ni d’emporter leur portable ou de demander de l’aide aux autochtones. Des patrouilles de tortionnaires aguerris seront là pour veiller au grain et les empêcher tout de même de se barrer dans la mauvaise direction. En parlant d’autochtones, il fut un temps, dans une vaste région montagnarde du sud que nous ne pouvons pas citer, où ces derniers étaient quelque peu agressifs et avaient la fâcheuse manie de sortir le fusil avant de vérifier si ce sont des voleurs de poules ou de frêles étudiants. Le charme hospitalier du sud, c’est des conneries.

On notera la performance de l’équipe qui, ayant trouvé des chevaux, ont voulu les dresser. On imagine aisément la tronche du paysan qui a surpris deux clochards dans son champ, tapant la discussion à ses canassons.

III La vente de pilot

Les écoles de marine marchande n’ont jamais oublié la belle époque de nos colonies, du chocolat Banania servi sur les côtes de Mauritanie et de l’injustement interdite traite négrière. Fiers de leur héritage, ils organisent chaque année un rituel païen où ils vendent littéralement les fesses de leurs recrues. Généralement organisé en boîte, dans une salle des fêtes sordide ou dans un lupanar, les marins font passer chaque nouvelle tête de pipe sur une scène en décrivant brièvement, mais avec décence et sobriété, le bestiau.

Extrait : « Messieurs, voici Jacques, 21 ans et une fière allure avec 23 centimètres au garrot ! ».

Des poètes ces moussaillons. Une enchère de chaire humaine où chaque deuxième année peut participer pour acquérir son nègre. Les biftons iront renflouer les caisses du bureau étudiant afin de financer les événements de l’année. C’est-à-dire de grosses murges, bien sales, bien grasses, avec foison de pinard et de rhum.

Il n’existe que deux règles entre le parrain et son poulain.

1. Le pilot obéit à son maître. Si ce dernier lui demande de venir faire la cuisine en tenue d’Adam, il le fait. S’il lui demande de manger sous la table les restes qu’on lui donne, il le fait et en redemande volontiers.

2. Le pilot n’aura jamais à payer un seul coup dans les bars. Son parrain fera chauffer la CB pour lui remplir le gosier.

Une relation symbiotique étonnante mais édifiante entre deux créatures

IV Le défilé de chansons grivoises

Il en est de certaines écoles qui aiment montrer leur joie de vivre, l’amour des bonnes rimes et pour qui la tradition orale prime par-dessus tout. Afin de perpétrer la beauté de la langue française, il est parfois nécessaire d’enseigner certaines ballades grivoises à l’instar de « La Pine en Rose ». C’est dans cet état d’esprit que certaines promotions obligent les premières années chaque jour et pendant un mois, à venir une heure plus tôt dans leur local du BDE pour leur transmettre leur savoir. Humiliation garantie en cas de retard. À la fin cet intense entraînement, cette chorale bon enfant doit défiler au sein de sa ville en chantant de bon cœur tout son répertoire. On se rappellera avec émotion cet instant où, alors que le cortège entamait la célèbre « Ah la salope ! », un chérubin pointa du doigt une jeunotte sur les épaules d’un camarade et cria à sa génitrice « Regarde maman ! C’est la salope ! ». Ah, souvenirs souvenirs…

Et voilà en seulement quatre exemples comment bien intégrer vos nouvelles têtes de pines, et leur faire comprendre qui est le patron sans la moindre goutte d’alcool. Une pratique rabaissante pour la condition humaine, mais qui soudera une promotion mieux que du béton.

Vous avez vous-même subi un bizutage ? Les commentaires sont là pour faire partager votre savoir !

 

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