« Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? »

Vous avez peut-être reconnu cet extrait du poème « A une passante » de Charles Baudelaire, lequel décrit la rencontre foudroyante mais éphémère entre la belle et la bête. Bête ? Oui, parce que si Baubau n’était pas resté figé par ces forces invisibles qui vous sanglent au tabouret lors d’un coup de foudre, peut-être se serait-il lancé au-devant de cette « fugitive beauté », et aurait cherché à la séduire. Car écrire un bijou de la littérature française, c’est un bon projet ! Mais pouvoir le lire et le relire à la femme de ses rêves sur le coin de l’oreiller, c’est encore mieux.

En totale opposition à la séduction « Meetic », cette mythique rencontre baudelairienne, inspirée ou non de faits réels, nous montre à quel point draguer une inconnue dans la rue est difficile. Mais tellement enivrant ! Ce guide technique du Street Pick up, ou l’art d’aborder une nana dans la rue, vous permettra ainsi d’oser accoster et de savoir séduire en gentilhomme… la fugitive beauté.

1. Préparons-nous au combat.

« Quand je te vois, je ne sais plus où donner de la bite. »
Cette prose écrite sur « Paye ta shnek » , Tumblr compilant les punchlines des loosers de la drague, illustre à merveille ce qu’il faut éviter de dire à une charmante passante. Le Street Pick Up peut en effet vite devenir du harcèlement de rue. Pour certains , il y a peu de différence entre « Paye ta shnek » et « Je te paye un verre ». A ces mêmes types qui confondent encore « aborder » et « agresser », préparez-vous tout d’abord mentalement au respect d’autrui, avant d’engager toute poursuite de lecture.

2. Matons, et préparons-nous à l’abordage.

Pour gagner la bataille, il faut tout d’abord se connaître, puis connaître son ennemi. D’une pierre deux coups, levons donc le voile sur l’ennemi numéro 1 du dragueur, la timidité : La timidité est un sentiment d’insécurité dans un contexte social, soit la peur intrinsèque de se prendre un râteau, une claque, un coup à l’estime, voire un sac à main. La peur du regard des badauds risqueraient tout autant de nous faire flancher ; mais retenons bien une chose : excepté l’œil meurtrier du petit ami de la damoiselle, personne ne nous regardera ! Dans le cas contraire, ces regards ne pourront être qu’admiratifs. Ruminer nos défauts nous empêche de penser à nos nombreuses qualités. Notre confiance en nous-même se retrouve dans notre représentation extérieure, et nous auto-persuader de notre manque de qualité nous en retirera toute trace. N’essayons tout de même pas OB_ SPU timiditéde ressembler à l’archétype du dragueur sulfureux au sourire Email Diamant, débordant de confiance en soi ; les professionnels en séduction nous conseillent plutôt d’être originaux, tout en restant nous-mêmes. La timidité n’est pas une fatalité en soit ! L’entraînement, la motivation, le courage, et le plaisir de draguer forment l’artillerie du guerrier de l’amour : la meilleur défense, c’est bien l’attaque.

L’alcool pour se désinhiber ?… Se prendre une murge peut en effet nous aider à faire le premier pas, mais il faut alors réussir à aligner les suivants sans prendre la démarche d’un zombie affamé. En effet, il est vain de tenter de rattraper une passante prenant ses jambes à son cou ; seul le vent colporteur de notre fétide haleine tord-boyautique parviendrait alors à lui caresser le visage. L’alcool pour se rendre intéressant ?… Spirituel ne doit pas être confondu avec spiritueux : Baudelaire penchait pour la bibine, ok ; il fut un célèbre poète, ok ; mais faire un rapprochement irréfléchi nous ferait omettre qu’il a aussi écrit le miséreux proverbe « Sois charmante et tais-toi ! ».

Toutefois, rester positif fonctionne à merveille. Lorsque l’on sourit de manière volontaire, sans avoir une quelconque raison de le faire, nous devenons alors inconsciemment plus heureux ; le bonheur créer le sourire, et le sourire : le bonheur. C’est cet état d’esprit qui nous aidera inconsciemment à oublier notre peur de l’inconnu(e), et à nous relâcher face à l’interlocutrice. De plus, se prendre un râteau lorsque l’on sait qu’on a eu le courage de se lancer, il n’y a que de la fierté à en rapporter.

Peut-être même chercherons-nous LA bonne excuse pour ne pas approcher la passante. Dois-je préciser que « De toute façon, je la retrouverai sur Facebook » est récusable ? Cessons de perdre du temps, et prenons plutôt notre courage et nos gonades à deux mains. Notre chère passante s’éloigne déjà, et ne réalisera pas soudainement un moonwalk digne de ce nom pour venir s’asseoir à vos côtés.

Il faut donc penser bien, mais aussi penser moins. A élaborer des stratégies rocambolesques, la passante a déjà eu le temps de conjuguer son substantif… autrement dit passer. Et il est pour vous déjà trop tard. Ainsi, la difficulté de cette drague qui demande un effort sur soi est de ne pas se laisser envahir par les émotions, et de se lancer. Il n’y a rien à perdre.

3. Levons le fanion, et « à l’abordage » !

Mais ne levons pas les voiles ! Nous sommes maintenant debout, droits et fiers ; ce n’est pas le moment de fuir ! Pris de vertige, nous sommes à présent attirés par le vide qui nous sépare de la fugitive beauté.

(Le processus décrit par la suite est une mise en situation dite modèle. Adaptation et improvisation restent très importants en Street Pick Up.)

Si elle marche vite, tant mieux, car les grandes jambes, c’est sexy. Rattrapons-là calmement, et interpelons-là verbalement : « Mademoiselle ? ». Surprise, elle devrait alors s’arrêter, et porter son attention sur nous.OB_num tél SPU

Les coaches en séduction de Minute Sexy conseillent alors d’aborder avec sincérité et détachement. La première impression est très importante. Il faut donc avoir le sourire, se placer tranquillement devant elle, et introduire la conversation d’un simple « excusez-moi » par exemple, sans pour autant se fondre en excuses. Il faut ensuite expliquer la raison de notre venue. Nous pouvons trouver une banale excuse, mais juste lui demander l’heure après lui avoir couru après sur 50m peut paraître douteux. Les coaches et adeptes du Street Pick Up nous conseillent tout simplement de lui avouer la vérité : elle vient de passer devant nous, nous la trouvons charmante, et ne pas venir lui parler aurait été la bêtise de notre vie.

Cette approche n’interdit pas un rejet de la part de la belle promeneuse, mais il sera alors amené avec plus de délicatesse. De plus, tenter de nouvelles approches permet aussi de ne pas rester sur ses acquis. Un premier pas, c’est bien, mais il ne faut pas continuer à cloche-pied.

4. Brisons la coque, et faisons-nous maître à bord.

Afin d’éviter le « blanc », nous devons alors rapidement enchaîner sur un sujet à dialogue. Et quoi de plus naturel et démystificateur que les présentations ? Même les canins se reniflent les fesses. De plus, échanger avec notre interlocutrice une partie de notre identité, c’est briser la glace. Dans l’ordre des choses, nous pourrons même oser lui faire la bise, accompagnée d’un « ravi de faire ta connaissance », rompant ainsi la barrière physique.

Vient ensuite la partie coriace : trouver un sujet ouvert de conversation. Libre à notre imagination ! Usons d’humour, d’imagination, d’observation. « En tout cas tu marches sacrément vite, quelqu’un te suivait ? »

Si la conversation prend sauce, il ne faut pas non plus oublier que la passante était partie d’un point A, se rendait à un point B, et que nous sommes son putain de point C. N’attendons donc pas qu’elle rompe la conversation ; faisons-le nous-mêmes, c’est plus charismatique : « Je m’excuse, je dois y aller, j’ai un rendez-vous ». Cela montre également que nous maîtrisons la « relation ».OB_prendre-son-numéro-2

Après tous ces efforts,n’oublions pas alors de lui demander s’il est possible de partager nos numéros car nous aimerions la revoir. Les coaches en séduction conseillent de privilégier le terme « partager » au vocable « donner », pour partir sur une base de partage.

5. Partageons le butin.

Plus qu’enchaîner sur une discussion, il faut déchaîner les passions. Le coach en séduction Patrick Harris sacralise l’émotion comme clef du succès dans l’échange séducteur. Il parle de deux voies d’accès à cette émotion :

  • La première voie est généralement celle empruntée par les tchatcheurs ; c’est la plus risquée. Il s’agit ici de raconter des histoires extraordinaires, vécues ou inventées par le dragueur. En bref, se la raconter.
  • La deuxième voie est la plus rusée. Il faut parvenir à faire ressentir à la damoiselle des émotions qu’elle-même a auparavant vécues. Il suffit pour cela de provoquer un syndrome de transfert psychanalytique. Ce gros mot désigne un phénomène récurrent dans le milieu psychanalyste : l’énamourement du patient devant son psy. Explications du processus : allongé sur son divan, le patient raconte sa vie au thérapeute et ressasse ainsi des émotions. A force de séances, il va s’installer entre le patient et le psychanalyste ce qu’on appelle « phénomène de transfert ». Autrement dit, le patient a ressenti des émotions en racontant sa vie, et ces émotions vont être alors inconsciemment associées à son récepteur, le psy. En résumé : draguer, c’est principalement s’intéresser et écouter.

6. Evitons de couler notre propre navire.

Toutefois, draguer dans la rue, c’est aussi en accepter sa dure loi. Votre promise, légitimement sur ses gardes, peut vous donner du fil à retordre (« Que c’est un dur métier que d’être belle femme », disait Baubau). Si elle n’a pas toujours de poêle Tefal dans son sac à main, elle aura toujours en sa possession le « Shit test » : lourd contrat de confiance que nous devrons signer d’une griffe adaptée. Le Shit test est par définition l’ensemble des questions pièges et déstabilisantes, posées sciemment ou non, par la personne abordée. Mal y répondre nous éjectera de la sellette, car la première fonction de cette épreuve, c’est de jarreter du connard.

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Baubau?

« T’en as niqué combien en draguant comme ça ? » est une question typique de ce cérémonial en couleurs. Elle est utilisée pour tester notre aisance, notre intelligence sociale et nos intentions. N’y voyez aucun mal, c’est tout simplement une sorte de self defence verbal.

Face au Shit test, voici nos armes : La franchise nous permettra de montrer une totale transparence ; l’humour dosé nous servira à éviter habilement une question ou à alléger l’ambiance ; le rebond nous aidera à retourner une question gênante à sa propriétaire, ou bien réorienter la conversation vers un sujet plus profond et mature.

Le Street Pick Up a donc ses lois, ses incertitudes, ses émotions. Et même si la séduction peut être perçue comme un jeu, n’oublions jamais de respecter les femmes : le Street Pick Up peut très vite être considéré ou devenir du harcèlement de rue. Méditons finalement sur une citation de notre bon vieux coach en séduction C. Baudelaire : « La femme est l’être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves ».

 Antonin Cyrille