« Je voudrais croquer vos miches et me manger un pain s’il vous plaît ». Il n’est en effet jamais aisé pour un étranger d’expliquer à la boulangère autochtone les principes du « barrage linguistique », surtout quand elle y est justement confrontée. De même, tourner sept fois la langue dans la bouche ne nous abrite pas d’un « Excuse-toi pute décalée, je voudrais te dessaper » destiné à la mamie traînant sur le trottoir, et à qui l’on pensait adresser un « Excuse-moi peux-tu te décaler, je voudrais te dépasser ».
Corrigez-moi si je dis une bêterie, mais en parlant de grand-mère, toutes les langues n’ont d’ailleurs pas la même, et ça ne facilite pas bien les relations.

Alors, pour vous qui aimez voyager (en touriste, en baroude, en échange universitaire), ou pour vous qui accueillez comme il se doit un étudiant étranger : ce lexique pourra vous servir de traducteur. Mais je vous préviens, on va faire dans la langue de bois.

1. « Je pars en Erasmus » = Je suis persuadé que je vais vivre le remake de « L’Auberge espagnole ».

2. « La barrière de la langue ? T’inquiète, j’emporte mon dictionnaire » = qui pèse dix livres, ne loge pas dans la poche, et crache sa réponse après dix minutes de fouille au corps.

3. « J’ai un niveau de langue A1 ! » = Je ne sais même pas traduire « bilingue », sacré Dieu.

4. « Bonjour mademoiselle, je suis Français » = Hello baby, je suis adepte du French kiss et maîtrise like a boss la French touch.

5. « Enchanté, je suis étudiant en Erasmus » = Enchanté, je bénéficie de la protection internationale et j’ai six mois pour retourner ton pays.

6. « Je ne comprends pas bien ton accent » = Toi, t’as un cheveu sur ta langue maternelle.

7. « Bonjour monsieur le pharmacien, je voudrais un tube de foutre pour mes caries » = Quand il vous enseigne son dialecte, l’autochtone peut vite devenir farceur.

8. « Qu’est-ce que je peux visiter dans ton pays ? » = Vends-moi du rêve ! Mais pas trop cher, j’ai une escarcelle d’étudiant.

9. « I don’t speak English, sorry » = excepté : « I don’t speak English, sorry ».

10. « I don’t understand, sorry, I’m French » = Sorry, je viens de ce fameux pays où le niveau de langue n’est pas fameux.

11. « Ah pardon ! J’ignorais que c’est interdit dans ton pays, car en France, ceci est légal » = J’use à merveille de ton ignorance sur la France pour légitimement profaner ta patrie.

12. « Je pars à l’étranger car je veux fuir la France, son climat, son stress, son pessimisme… »  = …son romantisme, ses croissants du matin…

13. « Oh pardon ! Je viens de te parler en français » = Inquiète-toi, en général, c’est justement pour pas que tu déchiffres.

14. « Oh pardon, je viens de te reparler en français » = Soit ma langue fatigue, soit c’est ta langue qui me fatigue.

15. « Tu t’appelles Ekkegardt ? » = Ok mon copain, j’te baptise : « Eh, toi, l’Allemand ».

16. « Allô maman ? Mauvaise nouvelle, j’ai loupé mes examens… Le barrage de la langue, tu comprends… » = Allô maman ? Bonne nouvelle ! Je me suis démerdé pour rester un mois de plus en Erasmus, je passe en rattrapage.

17. « Amis autochtones, quels sont pour vous les stéréotypes français ? » = Comment vous me trouvez ?

18. « Entschuldigen Sie mich für die Übersetzung » = … Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi-sèches ?

19. « Ravi de te rencontrer, compatriote français » = Dégaine le camembert, je pétris la baguette.

20. « Profesor, votre accent prononcé m’empêcha de comprendre qu’il y avait un devoir maison à rendre ce jour » = J’avais très bien compris, mais jamais tu violeras mon temps libre, t’entends ? Erasmus, ce sont mes vacs, j’ai décaissé dans l’avion pour ça.

21. « Excuse-me, profesor, je ne comprends pas bien la consigne de l’examen » = Je dédaigne comprendre ce que je soupçonne comprendre.

22. « C’est sympa, ce p’tit plat typique » = Mais elle est où la panière, hein ? Comment j’essuie la sauce sans pain ? Je suis Français, t’as biffé ?!

23. « Pouvez-vous m’indiquer la direction s’il vous plaît ? » = Accompagne-moi, par pitié.

24. « Je dois ramener un cadeau à la famille » = Je dois dénicher : du pas cher car j’ai déjà plus de tune ; du réduit car j’ai pas de place dans les valises ; du léger car ces dernières ne doivent pas dépasser 23 kilos ; de l’exotique qui fasse pas tache dans le gris-taupe de la baraque.

Mais faut pas croire. Pendant que vous faites le coq/coqueluche français à l’étranger, d’autres étudiants Erasmus viennent en France vous remplacer :

25. « Tou é trrrré bél » = Je maîtrise au poil ton accent, poulette, mais plus je roule les r, plus je roule de pelles.

Antonin Cyrille