Madame Bovary, Les Misérables, Le Père Goriot, Bel Ami… Tous les ans, les professeurs de français semblent recycler les mêmes œuvres à faire étudier aux élèves.

Il serait temps de dépoussiérer les étagères et d’élever les esprits des jeunes éphèbes avec autre chose que des histoires dont on oublie qu’elles n’ont pas été écrites que pour l’épreuve de dissertation du bac. Les ouvrages présentés ci-dessous sont parfois étudiés dans certains cursus ou établissements, mais se font malheureusement souvent trop rares. Les grandes vacances approchent, le temps est venu de renouveler le programme pour partir sur de nouvelles bases en 2017. Voici quelques idées de livres sur lesquels il faudrait songer à se pencher en classe.

La Ferme des animaux, George Orwell, 1945

Le résumé: Avec ce chef d’œuvre, Orwell (1984) signe une fable satirique qui critique le régime soviétique du début du siècle dernier, notamment le stalinisme. Le livre commence avec les animaux de la ferme qui, motivés par les grands discours du vieux cochon Sage l’Ancien, décident de se révolter contre leur maître. Selon eux, ce dernier est un véritable tyran. Les cochons prennent alors la tête du mouvement de révolte et les hommes sont déclarés les premiers ennemis, tandis que les animaux à pattes ou à ailes sont déclarés égaux. Mais plus le temps passe, plus les cochons prennent le pouvoir, asservissant les animaux et usant de leur intelligence pour servir leurs intérêts propres. Un dictateur émerge : Napoléon, un des deux cochons, exécute les traîtres, chasse son principal rival et établit un vrai culte de la personnalité. C’est limite s’il n’utilise pas le 49-3.

Pourquoi étudier cette œuvre ? Parce que bien qu’écrit en référence à la révolution russe de 1917, ce roman ne s’inscrit pas uniquement dans son époque. On y retrouve des codes dictatoriaux encore bien présents aujourd’hui. Cette fable parvient à décrire les dérives totalitaires avec beaucoup de justesse, et permet à ses lecteurs d’avoir un regard critique sur la montée des extrêmes dans un groupe ordonné.

La phrase à retenir : « Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres. »

Pour les plus flemmards : En 1954, une super adaptation en dessin animé a été réalisée.

L’Île des esclaves, Marivaux, 1725

Le résumé : Iphicrate et son valet Arlequin font naufrage et débarquent dans l’île des esclaves, une société fondée il y a une centaine d’années par des serviteurs révoltés. Sur cette îlot, les maîtres deviennent des valets et les valets des maîtres. Ainsi, Iphicrate et son laquais Arlequin, Euphrosine et sa soubrette Cléanthis échangent leur condition, leurs vêtements et aussi leurs noms.

Pourquoi étudier cette œuvre ? Pour se rendre compte des inégalités d’un ordre social fondé sur le seul hasard de la naissance et découvrir que l’empathie l’emporte parfois sur la vengeance. Comparer cette œuvre à notre société actuelle de dominants/dominés ne peut être qu’intéressant.

La phrase à retenir : « Vous avez été leurs maîtres, et vous avez mal agi ; ils sont devenus les vôtres et ils vous pardonnent ; faites vos réflexions là-dessus. La différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur nous.» (Arlequin)

Pour les plus flemmards : On retrouve la pièce sur YouTube.

Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, 1847

Le résumé : Les Hauts de Hurlevent sont des terres situées au sommet d’une colline balayée par les vents du nord. La famille Earnshaw y vit paisiblement jusqu’à ce qu’en 1771, M. Earnshaw rapporte à la maison un jeune bohémien de six ans, Heathcliff. Dès le début, Hindley, le fils de Earnshaw, éprouve une profonde haine pour cet intrus. À la mort de son vieux bienfaiteur, Heathcliff doit subir la rancœur de Hindley, devenu maître du domaine. À côté, Catherine, la sœur de Hindley, et Heathcliff s’aiment tendrement et leurs sentiments deviennent plus profonds encore à l’adolescence. Ils fuient souvent à travers la lande pour rêver à des jours meilleurs, chacun étant doté d’un fort caractère.

Pourquoi étudier cette œuvre ? Parce que c’est le seul et unique roman d’Emily Brontë, et qu’on se demande encore comment une jeune fille qui a passé la quasi-totalité de sa vie dans un presbytère avant de mourir à 30 ans a pu capter avec autant de justesse la violence et la passion amoureuse qui peuvent unir deux êtres. En revanche, mieux vaut prévoir un arbre généalogique sous peine de comprendre trop tard que ça fait 20 pages qu’on ne parle plus de la mère mais de la fille, qui ont le même prénom, fille dont le cousin porte en prénom de nom de famille de sa mère et le nom de famille de son père en nom de famille. Je vous ai perdus ?

La phrase à retenir : « Aussi ne saura-t-il jamais comme je l’aime; et cela, non parce qu’il est beau, Nelly, mais parce qu’il est plus moi-même que je ne le suis. De quoi que soient faites nos âmes, la sienne et la mienne sont pareilles. »

Pour les plus flemmards : Il y a eu plusieurs films adaptés de ce roman mais comme on l’entend souvent : « le livre est juste TELLEMENT mieux que le film ».

Le Horla, Guy de Maupassant, 1886

Le résumé : Dans son journal intime, un homme décrit ses angoisses et ses diverses peurs. Il sent, tout autour de lui, la présence d’un être invisible qu’il nomme le Horla. Il sombre progressivement dans la folie en cherchant à échapper à cet être surnaturel. Cette folie le conduira à de nombreuses actions, toutes plus démentes les unes que les autres, comme foutre le feu à sa propre maison avec les domestiques à l’intérieur.

Pourquoi étudier cette œuvre ? Parce que c’est une référence de la littérature fantastique. Si vous avez aimé Shining, vous apprécierez sans doute cette nouvelle. Même si vous n’avez pas aimé, d’ailleurs. Le Horla nous montre à quel point l’homme, censé être la créature en haut de l’échelle des êtres, peut facilement être détrôné par une créature supérieure à lui, même invisible.

La phrase à retenir : « Comme notre tête est faible et s’effare, et s’égare vite, dès qu’un petit fait incompréhensible nous frappe ! »

Pour les plus flemmards : Ça fait moins de 100 pages.

Des œuvres écrites par des femmes

Il suffisait d’y penser ! Il semble qu’on ait oublié que des femmes, françaises qui plus est – les œuvres au programme du bac littéraire sont uniquement made in France – auraient écrit des livres, et pas uniquement des daubes. Non mais c’est dingue ça. Allez, au hasard : on pourrait penser à Marguerite Duras, Madame de La Fayette, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labbé, Colette, la Comtesse de Ségur…

Pourquoi étudier ces auteures ? Pour lire à travers un regard différent.

La phrase à retenir : « Un moment présent, même terrible, n’est pas toujours vainqueur d’un passé délicieux. » Colette

Pour les plus flemmards : Aucune excuse.