Bienvenue en Asie. Nous sommes en l’an de grâce 1247 et la guerre fait rage au cœur d’une Chine presque entièrement conquise par les Mongoles. Seule une dernière région résiste encore à l’occupation, menée par un empereur mourant. Mais le Kubilaï Khan, petit-fils de Gengis Khan, compte bien lui faire bouffer ses dents avant qu’il ne succombe d’un anévrisme.

C’est en cette période de trouble que débarque Marco Polo, accompagné de son père et de son oncle. Ces derniers le vendent comme une potiche au Khan en échange d’un droit de passage à travers la célèbre Route de la Soie. La famille, c’est sacrée, mais soyons sérieux : on parle pépètes sonnantes et trébuchantes, autant de bonnes raisons de vendre les fesses du gamin à des sociopathes sanguinaires.

La beauté de cette série, c’est qu’on se plante totalement en ne se fiant qu’aux premières impressions qu’elle nous fournit sur le peuple mongole. Netflix et The Weinstein Company nous floutent, prenant à contre-pied toutes les aprioris pour retracer ce moment particulier d’un peuple doté d’une culture forte et incorporant peu à peu les raffinements et coutumes chinoises. En témoigne l’ouverture du Khan aux différentes religions et sa conception particulière d’amour fraternel  qui sont tirées de faits réels. Extrait : « Mon frangin tente de me la glisser ? Je le découpe mafiastyle « . Coté chinois, les magouilles sont elles aussi croustillantes : «  Ma sœur a trop de pouvoir et me met en danger ? Je l’envoie tapiner chez notre pire ennemi » . Personne n’en a rien à branler de la famille, c’est fantastique. Ça baise dans tous les sens, ça complote et ça assassine : on se croirait dans une contrefaçon hongkongaise de Game of Thrones, mais de bonne qualité.

Tournée en Malaisie, au Kazakhstan et en Italie, la série est appuyée par 90 millions du budget qui ont permit la reconstitution de décors forçant le respect. Si on oublie les quelques habitations chinoises en carton-pâte jurant avec le reste, le rendu est aussi somptueux qu’exotique.  Et pour cause : nous avons affaire au réalisateur de Spirite, l’étalon des plaines nominé aux oscars. Un film tout mignon sur un canasson sauvage capturé et martyrisé par l’homme. John Fusco, de son petit nom, est décidément le salaud idéal pour réussir cette série. Allant jusqu’à utiliser du matériel et des méthodes de tournage dignes des blockbusters pour offrir une esthétique poussée à l’extrême. Renforcée par une musique orgasmique, l’ambiance asiatique s’incruste dans chaque détail pour le plaisir des téléspectateurs. Les chorégraphies des combats nous en mettent elles aussi plein les rétines. Et comme ça ne suffit pas, on fait faire du kung-fu en tenu d’Adam à la belle chinoise Olivia Cheng.

Le casting est lui-aussi bien foutu : le Marco Polo interprété par Lorenzo Richelmy  fait du kung-fu, de la poésie et drague comme au collège. Il  cherche un paternel de substitution en la présence du Khan Benedict Wong. À savoir, un gros sociopathe Mongole qui peut décider à tout moment de le condamner à se faire piétiner par ses chevaux. Il va en falloir des années de thérapie pour effacer ça. L’entourage du roi est composé d’un panel d’acteurs aux personnalités et ambitions crédibles, avec mention spéciale pour le chancelier chinois Jia Sidao joué par Chin Chan, pervers et égocentrique à l’excès.

Si la marge de manœuvre historique est très faible, elle est suffisamment bien respectée malgré quelques écarts nécessaires à l’intrigue scénaristique. La série est doté d’enjeux philosophiques et moraux intéressants, le tout sur fond de complots et de luttes de pouvoir. On vous la conseille sans modération : c’est de la bonne.

Marco Polo est déjà renouvelé pour une deuxième saison, où le héros explorera en profondeur l’univers asiatique de la trahison et de la cupidité. Que du bonheur en perspective.