Mariage pour tous en Irlande : oui je le veux !

Le 22 mai, les Irlandais se sont rendus dans les pubs, non pas pour boire “as usual” mais pour déposer leurs votes. Oui ou non pour le mariage gay, telle est la question. Alors que les Français ont eu énormément de mal à se décider, les Irlandais se sont prononcés à 62,1 % pour. Le Premier ministre Enda Kenny s’est d’ailleurs prononcé en faveur du mariage homosexuel afin d’envoyer un message fort au reste du monde : les Irlandais peuvent devenir des pionniers, même s’il s’agit d’autoriser l’union entre deux personnes du même sexe.

C’est du jamais vu ! Ce sujet a été au cœur de l’actualité. Les campagnes publicitaires sont accrochées à tous les lampadaires aux yeux de tous. Le taux de participation à ce référendum dépasse tous les records : 60 % de participation au vote, taux plus élevé que la moyenne habituelle des référendums. L’engouement autour du mariage pour tous a suscité des échos sans précédent. Dans ce mouvement des foules, c’est toute la nation qui s’est remise en question. L’Église catholique irlandaise semble avoir perdu son emprise sur ses habitants du fait d’une baisse de la foi chrétienne.

Ce vote « enfonce un clou supplémentaire dans le cercueil du catholicisme irlandais », qui depuis un certain temps commence à vaciller. Les églises sont-elles à ce point désertées ? Deviennent-elles davantage des lieux touristiques que des lieux de culte ? Si 84 % des Irlandais se définissent encore comme catholiques, les paroisses se vident de plus en plus. Les récents scandales de pédophilie ont profondément changé la donne. La Saint-Patrick, grande fête chrétienne, est davantage devenue une occasion supplémentaire de se rassembler dans les rues pour partager une bonne pinte, plutôt que de faire profession de foi.

Alors que l’Irlande dit “oui” au mariage gay, la société irlandaise est en pleine évolution. L’un des pays les plus catholiques du monde est en train de changer en profondeur. Ce n’est que depuis peu que l’homosexualité n’est plus un crime. Pouvons-nous réellement parler de crime alors que ce n’est qu’en 1993 que ce désir, cet amour ou cette orientation sexuelle pour le même sexe a été autorisé en Irlande ?

Les partisans du non, majoritairement membres d’un groupe défendant les valeurs catholiques intitulé “Mothers and Fathers Matters”, ont su faire preuve de fair-play en acceptant leur défaite. Leur représentant, David Quinn, a admis avoir perdu, sans rancune. L’Église catholique irlandaise a aussi retourné sa veste : l’archevêque de Dublin a dit avoir “ouvert les yeux” et s’est même rallié au bonheur que “les gays et lesbiennes doivent ressentir”. Une remise à niveau de l’Église commence : l’archevêque a reconnu qu’il était nécessaire, pour les membres de l’Église et lui-même, de mieux comprendre les implications du mariage homosexuel.

Le mariage gay a été majoritairement accepté en Irlande, qui rejoint l’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, l’Islande, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède et la Norvège. Que ce soit aux États-Unis, en Irlande ou en Turquie, le changement arrive. Dans le cas des « rouquins », les mœurs ne sont plus un réel problème. Le mariage pour tous n’est plus un sujet tabou. Le 22 mai, ce sont tous les Irlandais qui ont conduit le “oui” à son apogée.

Les pays européens devraient prendre exemple sur l’Irlande. Un article du Monde a récemment défini la patrie de la Guinness comme la Championne d’Europe de la croissance : après avoir essuyé la crise économique, l’Irlande a gagné en compétitivité. Très bonne élève auprès de Bruxelles et du Fonds Monétaire International, elle a multiplié les politiques d’austérité, au grand dam de l’économie irlandaise. Elle s’est néanmoins redressée et a bel et bien réussi à réduire ses dépenses budgétaires. Ses atouts tels que la bière, le tourisme, la simplicité et la beauté ont été les moteurs du redressement de l’Irlande, en plus des investissements dans les nouvelles technologies.

Une dernière question demeure : le mariage gay a été autorisé, mais qu’en est-il de l’avortement ? Ce sujet demeure sensible en Irlande. L’avortement reste interdit, sauf en cas de risque réel et substantiel pour la femme. Le viol et l’inceste ne sont pas compris dans cette marge de risque : un enfant conçu lors d’un viol devra forcément subir ou vivre avec un héritage paternel néfaste. Des milliers d’Irlandaises traversent la mer pour se faire avorter au Royaume-Uni. Les Irlandais ont encore du chemin à parcourir en ce qui concerne la liberté des mœurs. Un énorme pas a été franchi, mais il en faudra encore bien d’autres avant que l’Irlande ne représente un réel exemple d’avant-gardisme.