Rouen. On y a brûlé Jeanne d’Arc sur la place du Vieux-Marché, c’est dire si les locaux savent donner dans le festif. Au coin de ladite place trône le JM’s et, attablée au fond du pub, Chloé patiente. Elle a 20 ans, piercing aux lèvres et t-shirt noir, elle est membre de No Tropics. Un groupe qui souhaite prouver aux sceptiques que les Rouennais savent encore mettre le feu devant une populace ivre de bonne musique.

C’est sa première interview, la première du groupe aussi. Jusqu’ici, ils avaient refusé d’en donner, considérant ne pas encore avoir arpenté suffisamment de scènes pour s’exprimer. Il faut les comprendre, ils sont jeunes : dix mois seulement que le groupe caresse les cordes et tabasse les cymbales. Une modestie silencieuse qui s’érode avec le vécu pour laisser place aux anecdotes et à leur histoire, qu’ils ont décidé de partager avec nous.

Ils sont quatre à faire battre les rythmes tropicaux : Valentin Goubert à la guitare, Adrian Depinay à la batterie, Jonathan « John » Fernandez tâtant la gratte des doigts et le micro des lèvres, et enfin Chloé Cartier jonglant entre synthé et basse.

Leur projet est né en Angleterre, où Valentin commence à écrire ses textes au cœur de Cardiff. Il y a vécu six mois entouré de Gallois. De retour sur le sol des bouffeurs de grenouilles, il y rencontre la future voix du groupe, John, avec qui il élabore ses premiers sons. Un ami commun, Adrian, les rejoint bientôt pour ajouter une touche nécessaire de percussion. Un choix étonnant quand on sait qu’il est aussi le chanteur du groupe Mannequins. Chloé, elle, est entrée dans le groupe après avoir gravité autour : « Je me suis liée d’amitié avec Valentin, je lui donnais déjà des conseils et puis je lui ai proposé de chanter dans le groupe. Mais il avait déjà trouvé un chanteur et m’a alors demandé les chœurs. Je me suis intégrée au projet à l’arrache, en achetant un vieux clavier sur Leboncoin. J’ai rajouté la basse après le concert du 106 Expérience et ses retours. Depuis j’en fais tous les jours ! »

C’est à l’occasion de ce 106 Expérience, un événement organisé tous les mois par la salle de concert rouennaise et réunissant trois jeunes groupes de la région, que No Tropics s’est fait repérer. Depuis, ils y répètent régulièrement leurs riffs aux accents valsant entre surf musique, psyché, lo-fi et rock.

Le nom du groupe s’inscrit dans un esprit de gaieté pour la bassiste : « On trouvait ça assez drôle de faire de la musique tropicale très ensoleillée, alors que finalement on vit en Normandie. On tente d’imaginer les palmiers dans la grisaille normande, le nom vient d’un petit jeu de mots pour créer des tropiques musicaux. » Si de l’avis de la jeune femme, les débuts musicaux se sont faits sous des auspices ensoleillés dotés d’une touche rock au détour de leur premier EP, le groupe s’oriente aujourd’hui vers un style plus garage, faisant vibrer les enceintes à coup de larsen en fin de set et miroiter le mur du son aux oreilles du public. « Est-ce qu’on fait du bruit ou de la musique ? », se demande-t-elle en riant. La question reste en suspens.

Chloé reste humble sur les objectifs du groupe : « Pour l’instant on essaye de faire le maximum de concerts pour s’améliorer, on n’est pas dans une phase où on essaye de transmettre quelque chose. On veut juste que les gens s’éclatent devant le concert, qu’ils dansent et s’amusent. » Un pari réussi quand on les voit sur scène. Leur succès du moment a été le tremplin organisé par les Inrocks et Sosh sous le nom d’InrockLab, réunissant neuf espoirs de la région. Chloé avait envoyé la candidature sans trop y croire. « Je me suis dit qu’on n’allait jamais être pris, j’ai créé la candidature, et nous l’avions complètement oubliée. J’étais morte de rire en voyant le mail annonçant que nous étions sélectionnés ! » Et ils ont su assurer. Si la prestation scénique est encore un brin timide, la faute au court set de vingt minutes, No Tropics a cependant réussi à prouver son talent pour enflammer le public par sa musique.

Quand on en vient à discuter répétitions, elle nous dresse le portrait d’une dynamique sans pression : « Les deux guitaristes composent, il y en a un qui arrive avec une idée, un riff, une mélodie… Il le répète en boucle et nous on essaye de faire nos parties par-dessus. On réfléchit à comment on va structurer la chanson, la faire évoluer… Quelqu’un arrive avec une idée et nous on essaye de tricoter autour. »

Des projets, ils en ont plein les valises : partir faire une petite tournée de quelques jours à travers les rades et les scènes du pays, peut-être même monter jusqu’à Lille si le cœur leur en dit. Ils parcourent déjà les tremplins, celui des InrockLabs, et prochainement celui de Rock In The Barn à Évreux. Une pointe de fierté perce timidement dans la voix de Chloé lorsqu’elle annonce qu’ils feront la première partie de Salut C’est Cool au 106. Leur deuxième EP devrait, lui, sortir en format CD. En attendant, on peut les retrouver sillonnant les bars normands, du Kalif au 3 Pièces Muzik’Club, aux côtés de leurs camarades de gratte SeRvo, Collage et Mannequin.

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